Témoignages missionaire

Au service des pauvres à Calcutta

Publié le 21/06/2021




Témoignage du père Laurent Bissara, MEP, responsable d’une ONG à Calcutta.

Le père laurent Bissara avec les jeunes d’Howrah South Point.

 

En face de Calcutta, de l’autre côté du Gange, appelé ici Hooghly, la ville de Howrah, qui compte cinq millions d’habitants, est constituée, pour les deux tiers, de bidonvilles dans un contexte mi-rural, mi-urbain, avec une large population d’aborigènes et de migrants des États voisins. C’est ici que le père Laborde a fondé, en 1976, une œuvre pour les enfants handicapés et les plus pauvres, Howrah South Point.(HSP).

Aujourd’hui, cette ONG, présente dans quatre districts de l’État du Bengale, salarie presque 300 personnes, sert plusieurs milliers d’enfants, accueillis dans nos neuf foyers de réhabilitation et nos onze écoles, et vient en aide à plus de 45 000 bénéficiaires à travers nos services de santé.

Du changement dans la continuité

À l’appel du père Laborde, aujourd’hui disparu, je suis venu prendre sa suite et je suis devenu le father de cette grande communauté qui fonctionne comme une famille. Constituée de ceux qui travaillent ici – parmi nos salariés, beaucoup sans instruction et 10 % sont atteints d’un handicap –, elle regroupe surtout ceux qui sont accueil- lis : enfants des bidonvilles, enfants porteurs d’un handicap physique ou mental, personnes défavorisées sans accès aux soins. Depuis deux ans, j’ai lancé un vaste chantier de réforme et de professionnalisation pour moderniser l’organisation. Gouvernance, finance, monitoring, ressources humaines, comm u n i c a t i o n ,méthodes de travail. Il faut que tout change pour que rien ne change de l’esprit qui nous anime : « Servir les plus pauvres pour devenir plus humains. »

Une compassion active

Mais je suis d’abord appelé à me laisser réformer moi- même et à entrer dans une plus grande confiance dans le Seigneur. Le reste sera donné par surcroît. Tous les jours, les petits de nos centres ou les pauvres, croisés dans les bidonvilles que je sillonne régulièrement, ‘‘ frappent à la porte de mon cœur. Ils m’appellent à une compassion active : sourire à ces enfants atteints de la douloureuse tuberculose de l’épine dorsale ; à l’étude, encourager ceux qui ont un retard de croissance et des difficultés d’apprentissage ; visiter au cœur d’une briqueterie des familles émigrées aux mains d’employeurs peu scrupuleux ; rassurer des mamans venues solliciter une aide alimentaire ; payer les inscriptions scolaires d’enfants dont les familles vivent dans la rue ; partager la souffrance d’une famille après le décès d’un enfant, etc.

L’affection d’une famille

Ici, peu de services sociaux, mais la charité est largement sollicitée. J’écoute toutes ces histoires tissées de violence, d’humiliations, de peurs, d’in- justice, mais aussi de courage et de dignité. Avec nos petits pensionnaires, nous partageons joies profondes et rires quotidiens, et beaucoup d’affection. Tous les jours, nous prions ensemble, hindous, musulmans, chrétiens ; tous les soirs, je bénis les enfants un à un, en les confiant à la Vierge Marie et à saint Joseph. Chaque jour, j’entre plus profondément dans le quotidien de ces vies. Et, d’étrangers que nous étions, nous devenons une seule famille.

P. Laurent Bissara, MEP