Témoignages missionaire

Aux portes de l’hôpital Sainte-Anne

Publié le 14/03/2022




Installé sur l’île Rouge depuis 1986, le père Jean-Yves Lhomme, prêtre MEP, est, avec Mgr José Alfredo Caires de Nobreg, l’initiateur d’un projet d’hôpital pour les pauvres à Mananjary, sur la côte sud-est. Aujourd’hui, malgré un chantier difficile et plusieurs années de retard dû à la pandémie, le projet atteint enfin son but.
P. Jean-Yves Lhomme Madagascar mars 2022

Vue de l’hôpital Sainte-Anne

Une année difficile pour l’ensemble du monde vient de se terminer. Peut-être, cette année, nos vœux revêtiront-ils une force particulière tant la pandémie, à laquelle toute l’humanité est confrontée, semble loin d’être terminée. Sans doute, ressentons-nous davantage de vulnérabilité, une forme de pauvreté à laquelle nous n’échappons pas et qui nous conduit à une réflexion sur notre propre vie, sur notre avenir, celui du monde et opère en nous des changements, voire des bouleversements profonds pour certains d’entre nous. Une véritable lutte s’est engagée bien au-delà du monde médical et scientifique ! Les diverses prises de conscience dans beaucoup de domaines pourraient à la fois nous décourager et nous démobiliser. Je n’y pense même pas ! Bien au contraire, alors que ce fut plutôt difficile depuis deux ans. Difficile de poursuivrele chantier, de faire venir les compétences nécessaires du pays, de recruter le personnel médico-chirurgical, d’accueillir les amis de France qui viennent nous prêter mainforte, obligé de retarder l’ouverture de l’hôpital et beaucoup d’autres choses.

 

Une équipe médicale en place

On peut tout résumer avec ce seul mot : « Difficile ! » Et pourtant ! Oui, nous sommes proches du but. « Enfin ! » me direz-vous. Nous sommes tous impatients !

Nous avons eu trois cas de Covid-19 sur le chantier, au mois de décembre, qui se sont, heureusement, bien terminés. Ils ont été détectés par le docteur Alain Bemasy, le médecin de l’hôpital que j’avais recruté au mois d’août dernier. Le docteur Alain est originaire de l’île Sainte-Marie et a terminé sa carrière dans la fonction publique au mois d’avril 2021 dans la capitale. Il a travaillé plusieurs années en France, également dans la fonction publique et les hôpitaux en particulier. Il a acquis un grand nombre de compétences dans divers domaines comme les urgences, par exemple. Je suis d’autant plus satisfait de ce recrutement qu’il a l’expérience du fonctionnement d’un hôpital hors de Madagascar. En attendant l’obtention du numéro d’agrément de l’hôpital Sainte- Anne délivré par le ministère de la Santé, s’il soigne le personnel présent sur le site et leur famille, il m’est d’une aide précieuse pour la mise en place du matériel dans les différents services, faire les inventaires de ce que l’hôpital possède, de ce qu’il manque encore et que nous sommes en train d’acquérir, définir les différents protocoles de fonctionnement et m’aider à la constitution du dossier de demande d’ouverture pour l’agrément. C’est une tâche longue et compliquée tant les pièces justificatives à fournir sont nombreuses. En ce jour de l’an où j’y travaille, le dossier devrait être bouclé dans quelques jours. Il me reste à répertorier l’ensemble du personnel médico-chirurgical, paramédical nécessaire au fonctionnement, à rassembler les copies de diplômes et titres, les contrats de travail, curriculum vitae, etc. Tout cela a pris plus de temps que prévu car nous ne trouvons pas facilement le personnel qualifié et diplômé dont nous avons besoin. La fonction publique, elle-même, est en manque de personnel. Pour comprendre cette difficulté, il suffit de prendre l’exemple des manipulateurs en radiologie médicale. Pour cette année, l’école, dans la capitale, n’a qu’une vingtaine d’élèves pour l’ensemble du pays. C’est trop peu ! J’ai mis beaucoup de temps à trouver un candidat pour l’hôpital Sainte-Anne. C’est heureusement fait depuis le mois de décembre ! Christian arrivera dans les prochains jours. S’il est originaire du nord du pays et termine actuellement un contrat provisoire dans la capitale, il semble heureux de venir car les conditionsproposées lui conviennent.

 

Après tant d’efforts, le projet se concrétise

Je savais que la construction de l’hôpital que nous souhaitions et se rapprocher un tant soit peu des normes que nous connaissons, ne serait pas simple. De fait, pendant toutes ces années, je l’ai expérimenté. S’il a fallu beaucoup de patience, nous touchons enfin au but. Je dirai « patients ensemble » puisque, pendant tout ce temps, votre fidélité et votre générosité ne m’ont pas fait défaut et c’est pour cela que j’y suis arrivé. Il reste le pôle mère/enfant à construire (maternité, pédiatrie, gynécologie obstétrique) et puisque nous manquons déjà de place, un magasin de stockage. Ces spécialités seront traitées, en attendant, dans les services de médecine et de chirurgie. Une grande chambre est déjà aménagée en salle d’accouchement. Je pense pouvoir aller, dans les prochains jours, dans la capitale déposer au ministère de la Santé, le dossier de demande d’ouverture de l’hôpital et obtenir sans trop tarder le numéro d’agrément et sa parution au journal officiel. J’ai bon espoir que cela ne tarde pas trop car notre président de la République, Andry Rajoelina, lors de sa venue à Mananjary, à la mi-octobre, pour l’ériger en région et en préfecture fut prévenu par notre nouveau gouverneur qui est aussi notre médecin inspecteur, de l’existence de l’hôpital Sainte-Anne. Il fut très intéressé et a demandé s’il était déjà fonctionnel. Réponse lui fut donnée que je constituaisle dossier de demande d’ouverture. Il doit revenir dans quelques mois à Mananjary dans le cadre de la nouvelle région et, comme il l’affirmait à notre gouverneur, inaugurera également l’hôpital Sainte-Anne. Il est souhaitable que l’inauguration puisse se faire en présence de l’ensemble du personnel et des malades.

Dès l’origine du projet, on m’a souvent interrogé sur la nécessité de la construction d’un réponses,d’un hôpital catholique, donc privé, s’il y avait déjà un hôpital public. S’il peut y avoir plusieurs réponses, il est aisé de dire que les besoins sont immenses et les établissements privés nombreux à travers le pays. L’évêque et les missionnaires sont très sollicités pour répondre à de nombreuses demandes d’aide en particulier pour des interventions chirurgicales.

 

Collaboration entre l’hôpital privé et public

L’Église catholique, dans sa lettre au ministre de la Santé, par la voix de l’évêque de Mananjary, Mgr José Alfredo, souhaite apporter sa contribution et participer aux grandes causes nationales et sanitaires. S’il existe déjà une franche collaboration avec le médecin chef de l’hôpital public qui est aussi chirurgien et nous-mêmes, elle s’accentuera dans le temps. Le docteur Rinah accepte volontiers de venir opérer à l’hôpital Sainte-Anne lorsque notre chirurgien sera absent ou en congé et que nous aurons des urgences. Si c’est nécessaire, nous mettrons à sa disposition nos propres structures. Ce que nous recevons grâce à la mobilisation des amis d’HSA et qui arrive par container, des consommables ou certains matériels que nous possédons déjà, nous le partageons de bon gré avec l’hôpital public. Il ne doit pas y avoir de concurrence entre le public et le privé mais un ensemble de structures sanitaires au service de toute la population. J’ai pris la décision, lors de la constitution du dossier de demande d’ouverture de l’hôpital, d’appliquer la même grille tarifaire que l’hôpital public avec, en sus, la gratuité pour les personnes dites indigentes sur présentation d’un certificat signé du maire de la commune d’où est originaire le malade selon la réglementation en vigueur. Sans parler d’acte fort, il n’en est pas pour autant anodin puisqu’il y a une différence entre le public et le privé en ce domaine précis. Je m’en remets, encore une fois, à l’amitié, à la générosité de tous car, si l’hôpital Sainte- Anne est à but non lucratif, il lui faut néanmoins pouvoir vivre et répondre aux objectifs fixés. C’est vrai que si j’ai une confiance indéfectible en la divine providence, je n’ensuis pas moins réaliste avec la conscience d’une immense responsabilité depuis les origines du projet d’un hôpital pour les pauvres.

 

Une aventure solidaire et humaine

Nous avons souvent employé le mot « Aventure » dans le sens premier du terme, c’est-à-dire d’une chose qui doit arriver. Elle est arrivée ! Vous êtes très nombreux à avoir accepté de vivre, ensemble, cette aventure et, pour le plus grand nombre d’entre vous, sans vous connaître ! N’y a-t-il pas là quelque chose d’extraordinaire ? C’est tout simplement pour cela que nous y sommes parvenus et que nous continuerons,si tel est votre désir, de faire vivre Sainte-Anne, toujours avec les moyens qui sont les nôtres, si modestessoient-ils, car il arrive un moment où c’est le cœur qui importe et nous dicte ce que nous avons et pouvons faire. Alors encore une fois, je n’ai pas les mots pour vous dire ma profonde gratitude car, au-delà de votre générosité, il y a toujours votre présence qui m’a permis, inlassablement, de continuer et de franchir les différentes étapes et parfois les obstacles. Nous allons bientôt rentrer dans l’étape de l’ouverture tout aussi passionnante et qui ne sera pas forcément plus simple !

 

Une nouvelle étape démarre

Depuis la fin du mois de novembre, Guénolé et Marie, un couple de volontaires des Missions Étrangères de Paris, sont arrivés. Guénolé est ingénieur informaticien. S’il met en place, actuellement, des ordinateurs dans les différents services, il sera le comptable et Marie, son épouse, psychologue clinicienne, sera mon adjointe pour la bonne marche de la vie de l’hôpital au quotidien.

Permettez au missionnaire que je suis de partager avec vous cette prière du livre biblique des Nombres, que je viens de lire ce matin. « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! »

 

P. Jean-Yves Lhomme, MEP

 

 

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CRÉDITS

HSA