
Le père Gérard Gouineau, dans une vidéo postée sur sa chaîne YouTube @gerardgouineau5762 à l’occasion de ses 78 ans.
Pourquoi être missionnaire au Japon aujourd’hui ? La réponse est simple. Sur les 123 millions de Japonais, seulement 1 031 000 personnes, soit environ 0,79 % de la population totale – catholiques et protestants confondus –, se sont laissé toucher par l’annonce de l’Évangile. La moisson est abondante et les ouvriers de moins en moins nombreux, car la crise des vocations touche de plein fouet le Japon. Les missionnaires venus d’Europe ou d’Amérique ont presque disparu. Les prêtres japonais vieillissent, attendant une relève locale qui ne vient pas. Même les évêques japonais laissent la place à des religieux étrangers. L’aide attendue vient des prêtres venus de Corée, du Vietnam, d’Indonésie, d’Afrique et des Philippines. Ainsi, l’Église du Japon devient lentement une Église d’Asie.
Quand je suis arrivé au Japon en 1977, nous étions quatre-vingts missionnaires MEP ; aujourd’hui, nous ne sommes plus que six, dont quatre âgés de plus de 77 ans. S’il est vital de devenir missionnaire pour l’annonce de l’Évangile, nous sommes en droit de nous demander comment être missionnaire aujourd’hui. Je crois fermement que vivre sa foi au grand jour, c’est être missionnaire et témoin visible de l’Évangile. Nous vivons dans un monde où les techniques modernes et l’intelligence artificielle nous dirigent vers un mode virtuel de plus en plus fascinant.
Les anciens missionnaires MEP de l’ère Meiji (1868-1912) n’avaient rien pour les aider : pas d’école de langues, pas de livres liturgiques traduits en japonais. À pied ou à cheval, ils ont, pourtant, réussi à faire connaître et diffuser notre foi à travers tout le Japon. Avec le temps, à quelques rares exceptions près, les missionnaires MEP, tout en suscitant et formant un clergé japonais, sont devenus curés de paroisse et directeurs de jardins d’enfants. Même après Vatican II, la situation n’a guère changé.
Quand je suis arrivé au Japon, il m’a fallu faire preuve d’imagination pour devenir missionnaire dans un contexte totalement pastoral. Pour rencontrer les non-chrétiens, avec quelques chrétiens convaincus, nous avons choisi de sortir des schémas paroissiaux. Nous avons commencé par organiser, une fois par mois, des conférences gratuites réunissant une centaine de personnes sur divers sujets d’actualité. Pour les jeunes, en été, un camp de vacances ouvert à tous, chrétiens ou non, ainsi qu’un atelier de musique, où chacun fabriquait sa flûte à partir d’un morceau de bambou, ont eu beaucoup de succès.
J’ai écrit plusieurs livres et composé de petites pièces de théâtre avec l’aide d’artistes non chrétiens. J’ai aussi créé deux oratorios, l’un sur le prophète Jonas, l’autre sur saint François d’Assise. Pour cela, nous avons, plusieurs fois, loué des théâtres pouvant accueillir plus de huit cents personnes. Ainsi, nous avons réussi à tisser des liens avec un grand nombre de personnes, parmi lesquelles beaucoup sont, ensuite, devenues chrétiennes.

Panneau d’affichage réalisé par le père Gérard pour mettre en avant les temps forts de sa paroisse.
En prenant de l’âge et avec l’arrivée des ordinateurs, des téléphones portables, etc., il a fallu trouver d’autres espaces missionnaires et sortir des sentiers battus. J’ai donc commencé par créer un site internet, puis un blog et une chaîne YouTube, tous porteurs d’un esprit missionnaire facile à accueillir. La sagesse est de ne pas obliger les gens à croire : en les aidant à côtoyer le christianisme, nous parvenons à en intéresser un maximum.
Depuis plus de quinze ans, j’ai aussi créé deux vitrines missionnaires, renouvelées chaque mois, avec un décor et un contenu attrayants. Ces vitrines donnent sur la rue et permettent aux passants, ainsi qu’aux enfants des écoles primaires et des lycées tout proches, de mieux connaître le christianisme. Le thème des vitrines tient compte de l’actualité, des traditions nippones et du rythme des saisons, tout en véhiculant de courts versets bibliques. C’est par l’art et la beauté qu’il est le plus facile d’annoncer l’Évangile, sans faire de prosélytisme outrancier. La beauté, sous toutes ses formes, donne facilement accès à une autre beauté, celle qui vient de Dieu.
Je vis seul sur la grande île d’Awaji, entouré de chrétiens dispersés que je ne rencontre que le dimanche. Je fais du vélo ou je marche; je n’ai jamais eu de voiture, et c’est idéal pour rencontrer les gens. La solitude ne me fait pas peur, et mon imagination très active m’empêche de rester inactif ou oisif.
En tant que missionnaire et prêtre responsable d’une paroisse, être en harmonie et en accord avec les projets de l’évêque et du clergé diocésain est un point important. De même, il est nécessaire de maintenir des relations amicales avec les gens de son quartier, mais aussi de fortifier les liens existants avec les diverses communautés chrétiennes protestantes avoisinantes.
Depuis mon arrivée dans la région du Kansai et l’archidiocèse d’Osaka, je suis resté le dernier et le plus jeune missionnaire. Mes confrères ont tous dépassé les 84 ans. Et deux jeunes qui sont venus nous rejoindre ont laissé tomber leur vocation missionnaire, hélas. N’avoir personne derrière moi pour me faire bouger, m’aider à réfléchir, à renouveler mes énergies ou, tout simplement, me donner « une poignée d’élan » est certainement dommageable. Moi aussi, j’attends la relève, qui viendra sans doute un jour, mais quand ?
Je mets donc l’accent sur l’espérance qui doit animer tout ce que je fais en Église, avec la joie que donne la disponibilité et l’énergie que requièrent mes activités pastorales et missionnaires. L’enjeu est de taille, et il ne faut pas baisser les bras sous prétexte que nous sommes vieux. En tout cas, il ne s’agit pas d’essayer pour voir si ça marche ou non, mais de s’y donner tout entier, et cela coûte, coûte…
« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace », disait Danton. Cela reste vrai pour chaque missionnaire sur le terrain, mais aussi pour tous ceux qui voudraient se joindre à nous. Même si je reste, tôt ou tard, le seul MEP du diocèse d’Osaka, j’espère de tout mon cœur servir ce diocèse et la mission du Japon le plus longtemps possible. Je demande, pour cela, l’aide de votre prière, surtout que cette année 2026, je vais fêter le 50e anniversaire de mon ordination sacerdotale. Merci.
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