Aventure Missionaire

Mon expérience des dessertes paroissiales

Publié le 05/11/2018




L’auteur revient sur son expérience de jeune missionnaire lors de ses visites aux fidèles, loin du confort de « l’enclos paroissial ».

 

Bonjour à tous, je suis le Père Paul Choi- Jaedo, cela fait maintenant plus de trois ans que je fais mon expérience de jeune missionnaire à Madagascar. Actuellement je vis dans la région de Mandritsara. Par la route, je suis à environ neuf cents kilomètres de la capitale, Tananarive. Depuis la capitale, pour atteindre ce lieu par bus il faut compter vingt-quatre heures, et encore sans perdre de temps. C’est vraiment loin ! Je vis comme vicaire à la paroisse de la Sainte-Famille. Le prêtre en charge de la paroisse est un prêtre malgache. Avec le Père Albert Alazard des Missions Étrangères de Paris, nous sommes trois prêtres à résider dans cette paroisse.

Le poids de la charge pastorale

Sur le territoire de notre paroisse, il existe 36 dessertes paroissiales. En Corée, même s’il s’agit d’une grande paroisse, nous avons l’habitude d’administrer au maximum deux dessertes paroissiales; c’est vous dire que nous ressentons fortement le poids de la charge pastorale. Mais le fait d’avoir
de nombreuses dessertes paroissiales, c’est une véritable richesse, un trésor de Dieu. Alors aujourd’hui, je voudrais tenter de vous parler de mes premières expériences de jeune missionnaire vécues lors de mes visites aux dessertes paroissiales.

Mes chrétiens, comment vivent-ils ?

La visite des dessertes paroissiales est toujours pour moi un défi. Chacune correspond a une unité villageoise dont les membres possèdent une spécificité culturelle. Tout en respectant leur culture, leur faire accueillir la nouveauté n’est absolument pas quelque chose de facile, surtout pour moi qui suis étranger. C’est pour- quoi, je planifie bien la visite des dessertes paroissiales, et j’ai toujours des hésitations quand s’agit de passer à l’action. À vrai dire, si je rencontre simplement les chrétiens dans les locaux bien ordonnés de la paroisse et que j’envisage de bâtir ma pastorale à partir de là, je suis toujours tourmenté. Tant que je ne leur ai pas rendu personnellement visite chez eux, je ne peux absolument pas prétendre les connaître. Mes chrétiens, comment vivent- ils ? À quelles difficultés sont-ils confrontés ? Je dois leur rendre visite pour les rencontrer directement dans leur contexte. C’est extrêmement important, et chaque fois que j’effectue cette visite, je demande au Seigneur de me donner le courage nécessaire. Un confrère plus âgé m’a raconté cette histoire : « Quitter le confort de l’enclos paroissial pour aller à la rencontre des gens est toujours pour moi une épreuve. Cependant, chaque fois que je leur rends visite, à tous les coups le bon Dieu rend cette visite féconde. Alors toi non plus n’hésite pas, va de l’avant à la rencontre des chrétiens ». Cette parole me réconforte et me donne toujours le courage nécessaire. Je vis dans le diocèse de Port-Bergé où il n’y a guère que 2 % de chrétiens. Mais dans les villages ce pourcentage est encore bien plus bas. Alors j’ai toujours soif d’aller à la rencontre des gens et je leur rends visite. Parfois, je rassemble les gens du village pour leur rendre compte de ma foi. Pour moi qui suis étranger, cela me fait peur et j’en tremble. Mais les gens des villages sont si simples ! Moi qui n’ai pas leur accent et connais mal leur grammaire, ils m’écoutent avec patience. Je leur en suis reconnaissant et cela me donne du courage. Ainsi je partage un peu l’esprit et le tourment de l’apôtre Paul qui faisait face à des étrangers, j’en suis plein de gratitude.

L’expression lumineuse du regard

Jusqu’à maintenant lorsque je rendais visite aux dessertes paroissiales je procédais de la façon suivante : en arrivant à la desserte, tout en résidant dans une maison, je rencontrais les anciens du village et je célébrais la messe pour les chrétiens. Puis, le lendemain je me rendais dans un autre village et procédais de la même manière. Mais je me suis rendu compte qu’ainsi il n’était pas possible de connaître vraiment les chrétiens en particulier. Alors j’ai décidé de procéder autrement. Je visite chaque famille afin de prendre le temps de les écouter. Je me rends compte que les chrétiens sont très contents de ces visites. À travers ces visites aux familles, je peux mieux connaître leur vie : connaître leurs joies et percevoir aussi leurs souffrances. Il m’est arrivé dans certains villages de commencer les visites à 6h du matin et de ne les terminer qu’à 14h. C’était fatiguant, mais combien gratifiant de voir l’expression lumineuse du regard des fidèles. Le fait que leur pasteur montre de l’intérêt pour leur vie, qu’il prie pour leur famille, cela est pour eux une source d’encouragement. Ils expriment leur gratitude. J’ai compris qu’à travers ces visites, moi, l’étranger, je peux être accueilli plus profondément dans leur cœur.

Madagascar est réellement une mine d’or. Chaque fois que l’on jette les filets en vue de la récolte, le Seigneur nous comble abondamment de ses dons, bien au-delà de ce que nous pouvions imaginer. Le fait de pouvoir simplement goûter aux faveurs que le Seigneur nous permet d’entrevoir, grâce à son aide et aux efforts que nous faisons, est déjà une invitation à le louer. Je n’ai encore qu’une courte expérience missionnaire, mais je peux déjà en apprécier la saveur. Si nous nous donnons sans compter à l’œuvre du Seigneur, il la décuple, et même la fait fructifier au centuple. Voilà le récit d’un pauvre jeune missionnaire.