
P. Alexandre, MEP avec les jeunes de la paroisse de Takanawa
Comme tous mes confrères des Missions Étrangères de Paris, avant de recevoir une mission de la part d’un évêque local, je dois commencer par apprendre la langue de mon pays de mission. Mon cas est assez particulier parce que mon projet initial était de rejoindre le Japon à la fin du mois d’août 2025. Un problème de visa m’avait retenu à Paris jusqu’en décembre. C’est donc à Paris qu’en accord avec le conseil permanent des MEP, j’ai commencé mon apprentissage du japonais en septembre dernier. Cela m’a permis d’acquérir quelques bases, sans perdre de temps.
Comme vous le savez, la fête patronale des Missions Étrangères est l’Épiphanie qui, cette année, tombait le 4 janvier, c’est-à-dire, le lendemain de mon arrivée au Japon. Avec mes confrères de groupe, nous avons fêté l’Épiphanie le 5 janvier. Ce moment fut, pour moi, l’occasion de rencontrer, pour la première fois, certains confrères.
Dès le lendemain, accompagné par Yuri, la secrétaire des MEP au Japon, qui parle parfaitement le français et le japonais, nous avons commencé les nombreuses démarches administratives imposées aux étrangers qui s’installent au Japon.
J’ai été très impressionné par le grand sens du service des Japonais. Pour un étranger, faire des démarches dans une administration japonaise peut s’avérer assez compliqué.
Les personnes qui travaillent dans ces administrations suivent scrupuleusement chaque étape des procédures pour les différentes demandes. Elles ne font aucune entorse à la règle et ne prennent aucun raccourci. Cependant, malgré cette rigidité, ceux qui travaillent dans ces administrations font tout leur possible pour permettre à la personne qui vient demander quelque chose de pouvoir l’obtenir. En ce qui me concerne, les employés de ces services publics ont pris tout le temps nécessaire pour expliquer à Yuri et à moi-même ce que nous devions faire pour obtenir chacun des documents dont nous avions besoin. J’ai été admiratif de leur bienveillance, et de leur patience.

Avec le père Akaiwa ( ancien résident de la rue du Bac) dans sa paroisse à Takana
Une fois les premières démarches administratives terminées, j’ai quitté la maison régionale des MEP, où j’étais logé, pour m’installer à la maison Saint-Pierre. Il s’agit d’une maison appartenant au diocèse de Tokyo, dans laquelle vivent des prêtres à la retraite, ainsi que quelques prêtres étudiants. Résider dans ce lieu me plaît beaucoup.
Dès ma deuxième semaine au Japon, j’ai pu reprendre mon apprentissage du japonais. En attendant de pouvoir intégrer une école de langue dans laquelle je pourrai suivre des cours intensifs, à la prochaine rentrée en avril, j’étudie le japonais avec un professeur particulier tous les matins. Amoureux du Japon depuis mon enfance, je suis très heureux d’apprendre la langue de ce pays. C’est une grande chance.
L’expérience d’apprendre le japonais, ici à Tokyo, est très différente de celle que j’ai eue à Paris depuis le mois de septembre 2025. En effet, le fait de pouvoir parler, entendre et lire du japonais tous les jours permet d’acquérir plus facilement des automatismes, que ce soit à l’écrit ou à l’oral.
Cependant, contrairement à d’autres pays d’Asie dans lesquels les occasions de discuter avec les locaux ne manquent pas, au Japon, c’est un peu l’inverse. Le Japonais craint toujours de déranger l’autre, et encore plus lorsqu’il s’agit d’un étranger, dont il ne parle pas la langue. C’est pourquoi, de leur propre initiative, les Japonais n’entament presque jamais une discussion avec une personne qu’ils ne connaissent pas.
Engager la discussion, un défi linguistique
Cet aspect de la culture japonaise est un défi supplémentaire pour les personnes qui apprennent le japonais, puisqu’elles ne peuvent pas toujours le parler autant qu’elles le voudraient. De plus, avec la multiplication des écrans et des services automatisés, au Japon, il est possible de passer plusieurs jours, et de faire toutes ses activités, sans parler à une seule personne.
Cela signifie que, pour pratiquer la langue et progresser à l’oral, l’étudiant en japonais doit créer lui-même des opportunités afin d’interagir et de discuter avec les Japonais. J’ai donc trouvé quelques astuces. Tout d’abord, lorsque je vais dans une boutique, je demande presque systématiquement de l’aide à un vendeur, même quand je n’en ai pas vraiment besoin. Ainsi, je peux non seulement parler, mais aussi travailler ma compréhension orale.
Ensuite, après mes repas au réfectoire de la maison Saint-Pierre, je remercie toujours chaleureusement les employés qui ont préparé le repas et je les complimente sur leur cuisine. Parfois, ils discutent volontiers avec moi pendant de longues minutes. Ils m’expliquent plein de choses sur la cuisine japonaise, me parlent de leur famille, me conseillent sur les lieux à visiter, etc.
Enfin, dans le quartier, il y a aussi un supermarché dans lequel je vais presque tous les jours. Même si je sais que cela ne se fait pas vraiment au Japon, je joue la carte du gaikoku-jin, c’est-à-dire la carte de l’étranger. En entrant, je salue toujours à haute voix, et avec un grand sourire, les employés de ce supermarché que je croise régulièrement quand je viens faire mes courses. La semaine dernière, l’un d’entre eux a commencé à me reconnaître, et à me saluer également. Depuis cette semaine, nous nous échangeons aussi quelques formules de politesse, et probablement nous pourrons bientôt avoir de courtes discussions ensemble.
Bref, en faisant quelques efforts pour aller vers eux, il est possible d’avoir quotidiennement des petits échanges avec des Japonais.
En revanche, se faire des amis japonais est un défi d’un tout autre niveau. Il me semble que la société japonaise fonctionne par « groupes d’appartenance ». Chaque individu appartient à un ou plusieurs « groupes » : son université, son équipe de travail, l’association dont il est membre, sa paroisse s’il est chrétien, etc. Ce sont dans ces « groupes », qu’une personne peut faire des rencontres, et construire des amitiés plus ou moins durables.
Le problème du missionnaire MEP qui arrive au Japon est qu’il n’appartient à aucun « groupe local », puisqu’il n’exerce aucun ministère avec les Japonais. Et le groupe auquel il appartient dans le cadre de son apprentissage de la langue est composé presque exclusivement d’étrangers. C’est pourquoi j’ai décidé de commencer la pratique d’une activité sportive japonaise, le judo, le mois prochain. En rejoignant un club, je ferai partie du « groupe » de ce club, ce qui me permettra de côtoyer des Japonais, et de nouer des relations.
Maintenant, je voudrais partager avec vous une petite anecdote assez rigolote. Si vous avez déjà vécu à l’étranger et appris la langue de ce pays, vous avez peut-être déjà eu une expérience similaire. Parfois, connaître le sens des mots n’est pas suffisant pour appréhender une situation. Il faut aussi comprendre la façon de faire des locaux.
La deuxième semaine après mon arrivée au Japon, je me suis rendu dans une boutique pour acheter quelque chose et, ce jour-là, en plus des caisses automatiques, il y en avait une qui était tenue par une personne. J’ai donc décidé d’aller à cette caisse pour avoir une occasion de parler en japonais. Ce que j’avais acheté coûtait un peu plus de 1 000 yens (environ 5 euros). Comme je n’avais plus assez de petites monnaies, j’ai tendu deux billets de 1 000 yens, soit 2 000 yens, au caissier. Celui-ci m’a dit: « 2000 yens de, yoroshii desu ka ? » Ce qui pourrait se traduire, de manière littérale, par « 2 000 yens, est-ce que c’est bon pour vous ? ».
Je ne comprenais pas pourquoi il me posait cette question, puisque j’avais donné suffisamment d’argent pour payer mon achat. Donc, dans un premier temps, j’ai vérifié une deuxième fois que j’avais bien lu le prix de mon article, ainsi que la somme d’argent que je lui avais donnée. Je n’avais pas fait d’erreur. Alors, je lui ai répondu en pointant du doigt les deux billets qu’il tenait toujours entre ses mains: « Hai! 2000 yen desu! », « Oui ! C’est bien 2000 yens ! » Ensuite, il a commencé à me répéter deux ou trois fois la même chose de plus en plus lentement: « 2000 yens! yoroshii desu ka? » Moi aussi, je lui ai répété à chaque fois ma réponse: « Hai! 2000 yen desu ! » Finalement, le caissier a fini par me demander en anglais si je l’autorisais à encaisser les 2 000 yens. À ce moment, j’ai – enfin – compris qu’au Japon, lorsque l’on donne de l’argent à un commerçant, celui-ci demande parfois au client de confirmer qu’il veut réellement payer avec cette somme. Il est possible que ce soit pour lui laisser une chance de compter et de se débarrasser de ses petites pièces, par exemple.
Si un jour vous venez au Japon, ne soyez donc pas surpris si un commerçant n’encaisse pas automatiquement l’argent que vous lui donnez. S’il vous demande s’il peut encaisser la somme que vous lui avez donnée, répondez-lui simplement : « Hai ! Onegai shimasu. »

le père Alexandre devant le site de Yasukuni shrine, janvier 2026
Dans la mesure où, dès mon arrivée au Japon, j’ai été pris avec les démarches administratives et mes cours de japonais, je n’ai pas encore eu le temps de faire beaucoup de visites. Néanmoins, chaque dimanche, je vais dans un quartier de Tokyo différent pour participer à la messe dominicale. Cela me permet non seulement de découvrir de nouveaux endroits, mais aussi de me faire connaître des prêtres et des fidèles de ce diocèse dans lequel je suis accueilli aujourd’hui.
P. Alexandre Rogala, MEP
`1. Référence à Asie insolite, une série de courts documentaires sur la culture japonaise diffusés, entre autres, sur la chaîne de télévision française J-One.
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