Témoignages missionaire

Rencontre du potier Tanaka Ki-Ichi à Mashiko

Publié le 10/11/2022




La poterie est un art au Japon qui a une place d’honneur. Les Français sont souvent étonnés de la place que tiennent dans une exposition ou un musée les collections de poteries. La poterie japonaise a ses styles et ses époques, ses écoles et ses villages de potiers.

NoboriGamaTaMashiko, bourg du département du Tochigi-Ken au nord de Tokyo, est l’un de ces villages de potiers célèbres à travers tout le Japon. Sa terre nature donne à la cuisson une poterie à l’aspect un peu rustique, assez épaisse, mais au grain brun-rouge inimitable. Les bols de Mashiko sont très prisés pour la cérémonie du thé.

La cuisson se fait traditionnellement au four appelé nobori-gama, ou « four grimpant », un four constitué de plusieurs « chambres » de cuisson placées en escalier à flanc de montagne. Le foyer est en bas et le feu de la cuisson passe de chambre en chambre à près de 900-1 000°C avant de s’échapper par la cheminée placée tout en haut. Pour atteindre cette température et la maintenir une, voire deux journées, le chargement du foyer et des autres entrées intermédiaires mobilise le potier près de quatre ou cinq jours et nuits dont une journée pour le refroidissement ! Le passage du feu laisse des traces sur les poteries suivant leur place dans les chambres et leur exposition à la flamme : nuances dans les couleurs avec plus ou moins de brillant, surtout pour la poterie émaillée, de zones claires ou sombres, voire de petites déformations qui rendent chaque poterie unique, originale, lui donnant sa valeur. Un four est utilisé environ trois ou quatre fois par an.

Le séisme du 11 mars 2011 a fait des ravages à Mashiko : tous les nobori-gama enregistrés à cette date se sont écroulés. Depuis, seule une dizaine de fours a été reconstruit, la majorité des potiers préférant passer au four au gaz ou à l’électricité.

 

Une passion

M. Tanaka Ki-Ichi fait partie de ceux qui ont reconstruit leur nobori-gama dès l’automne 2011. M. Tanaka, 66 ans, est originaire de Kyoto. Il a fait des études d’art à l’université départementale des arts d’Aichi près de Nagoya. Dans le même temps, il se consacrait avec quelques amis à des essais de poterie et de fours amateurs, sa vraie passion. Le travail de la terre l’intéressait depuis son enfance. Il fut présenté par un ami installé depuis peu à Mashiko à celui qui est devenu son maître potier, M. Narui Tsuneo, auprès duquel il étudie cet art à partir de 1983. Il devient indépendant en 1986 et construisit avec quelques potiers son premier nobori-gama qui comprenait alors un foyer et trois chambres. Un préfabriqué monté à flanc de colline lui servait d’atelier (il utilise la technique du tour), d’entrepôt pour ses terres (il y a deux terres à Mashiko, l’une brun-rouge, l’autre gris-blanc), de salle de séchage avant cuisson, mais aussi de lieu d’accueil pour les visiteurs avec une exposition de ses oeuvres. Autant dire que c’était un peu encombré et, en plus, l’hiver, enfumé par un poêle à bois poussif. Après 2011, le Nobori-Gama fut réduit à deux chambres, en revanche l’atelier fut séparé du lieu d’exposition et d’accueil des hôtes par la construction d’une extension en bois lumineuse et chaleureuse.

 

Notre rencontre

L’épouse de M. Tanaka est catholique. Prise par son travail, son mari était prié de conduire leur fille unique au catéchisme, organisé deux fois par mois, le samedi matin à la paroisse voisine de Moka, dont j’étais alors le curé en 2001. Il restait tout le temps de la catéchèse à lire dans son véhicule. Apprenant qu’il était potier, je l’ai sollicité pour une commande pour la paroisse : réaliser une belle vasque pour les célébrations du baptême qui se faisaient alors dans un saladier à fleurs orange. Surpris par ma demande, il m’invita à venir le voir à son atelier et lui expliquer ce que je voulais en regardant ce qu’il réalisait comme genre de poterie, car une vasque pour le baptême ne lui disait rien du tout. L’important est de ne pas être pressé : avec une cuisson trois ou quatre fois par an seulement et les essais à faire, une commande peut prendre facilement six mois voire un an quand la première tentative ne convient pas. C’est ainsi qu’ont commencé une longue collaboration et une amitié qui continuent vingt-et-un ans après. M. Tanaka a reçu le baptême de l’un de mes successeurs et a choisi comme nom de baptême : Raphaël !

En plus de ses oeuvres dédiées pour la liturgie (vasque de baptême, pot avec couvercle pour conserver l’eau bénite, lavabo, burettes, coupe pour aspersion, pichet, support de bougies d’autel ou de cierge Pascal, mais aussi calice, patène, plats, sorte de custode pour conserver et utiliser le saint chrême, etc.) qui sont présentes dans une dizaine de paroisses, les visiteurs que j’ai conduits chez lui, et moi-même, nous sommes aussi laissés tenter par un certain nombre de ses réalisations personnelles. Depuis 2015, M. Tanaka anime aussi trois jours par semaine l’atelier de poterie de l’institution pour handicapés de Ma Maison Kôsei, à Nasu au nord du Tochigi-Ken.

 

P. Antoine de Monjour, MEP

 

 


CRÉDITS

A. de Monjour