L’Epiphanie

Publié le 04/01/2019




Gaspard, Melchior, et Balthazar. Ils étaient trois, accompagnés au moins d’un chameau, au plus d’un cortège digne des rois qu’ils étaient peut-être. Ils étaient des mages qui savaient reconnaître les signes dans les étoiles, jusqu’à y lire la naissance d’un sauveur. Ils venaient d’Orient, peut-être même de plusieurs continents. Leurs reliques sont à Cologne et ils furent les premiers missionnaires. Ils apportent encore peut-être leurs cadeaux « de Noël » aux enfants d’Espagne, et ont certainement même quelque chose à voir avec la galette…

On ne sait guère où la légende des rois-mages commence mais rien ne semble pouvoir l’arrêter. Et c’est peut-être mieux ainsi, car l’Evangile (Mt2,1-12) ne nous donne pas grand-chose à nous mettre sous la dent pour « fêter les rois ». Les chrétiens d’Orient célèbre leur venue en même temps que le baptême du Seigneur et les noces de Cana, et on les comprend, nous qui restons sur notre faim (on a alors peut-être enfin trouvé le lien avec la galette…).

Car il y a sans doute encore moins de preuves de la visite des mages d’Orient que de la résurrection du Christ, autant dire que l’on passe en négatif en matière de sécurité historique. Mais on ne demande à personne de « croire » en l’Epiphanie, on ne demande que de croire en Jésus. Et il y a peu de choses qui aide à croire en Jésus et à comprendre sa foi autant que de contempler le mystère de l’Epiphanie.

Les « mages », à qui on a parfois donné le titre un peu pompeux de premiers missionnaires, sont là pour nous faire découvrir le Christ de manière invraisemblable. D’abord parce que ce sont des païens, au sens le plus péjoratif qu’on pourrait envisager : ils vont jusqu’à lire les signes dans les étoiles ce qui est formellement interdit par les Ecritures (on en a tué pour moins que ça). Ensuite parce qu’ils amènent les cadeaux les plus inappropriés possibles à un enfant, le traitant comme un Dieu en lui offrant l’encens (c’est un blasphème, Jésus en est mort trente-trois ans plus tard) comme un roi en lui portant de l’or (ce qui a provoqué Hérode jusqu’au point de tuer des centaines de nourrisson) et enfin comme un mort en présentant la myrrhe (les parenthèses sont-elles alors vraiment nécessaires ?).

Mais rencontrer ces personnages incongrus, n’est-ce pas la mission ? Ces « gens » se présentent devant vous parce Dieu les a appelés d’une manière farfelue et il faut les accueillir tels qu’ils sont pour qu’ils puissent repartir par un autre chemin : le Christ. On peut continuer à débattre entre nous sur le sexe des anges ou sur le nom de l’étoile que les mages ont suivie, mais ne vaut-il pas mieux accueillir la folie de Dieu, surtout quand elle semble venir des autres ? En allant jusqu’à faire l’expérience d’être soi-même le cinglé de l’histoire, on peut y reconnaître le premier pas d’une vie de chrétien. C’est une humilité qui nous envoie sur des chemins que l’on ignorait (ceux de Dieu) à partir d’un remarquable malentendu (qu’on appelle la Providence).

Car la mission commence dès l’Epiphanie et elle commence de travers : dès le début elle mélange tout, juifs et païens, riches et pauvres, elle se teinte de mythes tous plus fantasques les uns que les autres ; et dès le début, elle porte du fruit. La mission ce sont des va-et-vient qui n’ont pas toujours beaucoup de sens en eux-mêmes mais qui prennent leur sens en Dieu. C’est par le biais des farfelus que l’on appelle missionnaires, que l’Evangile est arrivée aux confins du monde.

Si l’Epiphanie a tant d’importance aux Missions Etrangères, c’est peut-être pour l’Orient, pour la route, pour l’annonce imparfaite et à contre-temps, mais surtout je crois parce qu’elle complète Noël de manière indispensable. Noël est un cocon dans lequel on est bien. On contemple l’enfant Dieu qui sourit, sous la protection des anges. Mais à partir de l’Epiphanie, il faut se mettre en mouvement. Il faut fuir en Egypte pour sauver l’Enfant ou rentrer chez soi par un autre chemin pour commencer le travail mais on ne peut plus rester immobile.

Ce n’est sans doute pas un hasard si en cinq ans de séminaire, chaque Noël m’a vu renoncer à ma vocation missionnaire et chaque Épiphanie me l’a faite retrouver. Jésus aurait pu le dire ainsi : Ne restez pas plantés là, allez annoncer à toute la terre ce que vous avez vu, allez ! On ne sait pas si les mages ont jamais prononcé une parole après avoir rencontré le fils de Dieu, mais je suis certain qu’à cinq minutes à pied de chez moi, dans la cathédrale de Tokyo, se trouve une relique qui leur est attribuée. Là non plus, ce n’est peut-être pas un hasard si chaque année les mages m’ont remis « sur un autre chemin », jusqu’à m’accueillir à l’autre bout du monde, au Japon, ma terre promise, ma terre de mission.

P. Barthélémy Loustalan, MEP

 

 

 


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