VIE QUOTIDIENNE ET LOISIRS

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À partir des années 1840, la tension et l’enthousiasme provoqués par la multiplication des Martyrs vont imprégner le Séminaire de la rue du Bac d’une atmosphère spécifique. Un esprit « Missions Etrangères » se crée, fait de solidarité et d’autonomie, de sens du devoir et de sens de l’humour, d’exigence et de liberté. La foi ardente des jeunes aspirants, leur soif de dépassement, leurs rêves de conquête et leur discipline de séminaristes s’agrémentent d’un folklore de potaches qui les aide à combattre les moments de peur ou d’hésitation, et la tristesse d’avoir quitté leur famille pour toujours.

Ils font du théâtre, se livrent à diverses facéties, organisent des compétitions sportives dans le parc de Meudon et des concours de boule dans le jardin du séminaire, avant d’apprendre à fumer la pipe et de se laisser pousser la barbe. Plus tard, on les surnommera « les voyous de la rue du Bac », parce qu’ils ne nouent pas leurs ceintures comme des clercs bien élevés et parce que, par-dessous leur soutane trop courte, on voit dépasser le bas de leur pantalon. Le très sage et très sérieux séminariste de Poitiers Augustin Bourry, qui sera assassiné au Tibet en 1854, a bien décrit la surprise mais aussi la facilité d’adaptation des jeunes recrues à cet univers très particulier :

Celui qui veut y venir pour n’y rien faire, rien n’est plus facile ; il pourra aller jusqu’à la fin de son année sans même éveiller aucun soupçon pourvu qu’il ne trouble personne à côté de lui, car on ne s’occupe pas plus de vos études que si vous ne dussiez jamais en faire. On nous fait la classe sans s’occuper si on la suit. Tout ce que l’on surveille en vous c’est la conduite extérieure, qui est ordinairement ce que l’on peut désirer de mieux. La tristesse est bannie pour jamais de ce séjour. Si un jour vous laissez paraître un peu de tristesse sur votre visage, et qu’un directeur l’eût aperçu, aussitôt il va vous trouver, et vous revenez d’avec lui aussi gai que si vous n’aviez jamais éprouvé que du bonheur, que de la joie.

Pour ce qui regarde les cérémonies et les offices de la maison, chacun les accomplit à son tour sans distinction, depuis le prêtre jusqu’à celui qui n’est pas tonsuré, chacun selon son pouvoir. On a toute liberté dans la maison de marcher où l’on veut, de causer, d’aller voir son voisin, etc. en un mot on n’est tenu que d’une chose essentiellement, c’est de suivre les exercices généraux ; encore peut-on s’en absenter une fois, deux fois, cela ne souffre pas de difficulté.

Pour ce qui regarde la vie matérielle, car il faut bien en dire un mot aussi, on ne saurait être mieux nourri ; on a tout à souhait ; et souvent même nos repas sont luxueux, au moins tous les dimanches et fêtes. A voir notre table, vraiment on ne dirait pas que ce sont des missionnaires qui se préparent à des privations de tous genres et sans nombre. Mais enfin que voulez-vous, on veut engraisser les victimes pour les envoyer à la boucherie. Ah ! Aussi nous ne sommes pas difficiles, nous nous y faisons bien encore assez facilement » (Augustin Bourry à M. Ménard, 28 juillet 1851).