
Père François avec groupe de jeunes pélerins
Avec la paroisse, nous avons profité d’un congé national de trois jours, pendant la fête des eaux, pour organiser un pèlerinage sur le thème du pardon. Nous nous sommes rendus avec quatre-vingts jeunes le long du Mékong, où nous avons partagé nos expériences de réconciliation en petits groupes, puis écouté le témoignage vidéo bouleversant de Maïti Girtanner, jeune résistante de 18 ans lors de la Seconde Guerre mondiale, torturée par un soldat nazi à qui elle a accordé son pardon par la suite. La seconde journée était consacrée à une marche d’une douzaine de kilomètres, pour aller rendre visite à des familles pauvres dans une paroisse voisine. Là, j’ai été surpris par le courage et la bonté de nos jeunes qui, pour la plupart, n’ont jamais marché autant et n’ont jamais eu l’occasion de rencontrer des familles plus pauvres. Enfin, le troisième jour était davantage consacré à la détente avec baignade et karaoké dans les bus, le temps du retour dans la capitale. Je pense que le thème du pardon était particulièrement bien choisi pour des jeunes venant de milieux très différents et appelés à vivre ensemble dans nos foyers. Actuellement, nous avons six groupes de catéchèse dans la paroisse, dont beaucoup sont des jeunes de nos foyers, mais pas seulement: des enfants de nouvelles et récentes familles catholiques, mais aussi d’anciens protestants. À ce titre, je suis toujours frappé par la qualité de foi de ces derniers qui connaissent souvent bien mieux la Bible que nos catholiques.
Synode sur les funérailles catholiques
Avec le centre interdiocésain Saint-Irénée dont je suis responsable, après une session sur le mariage, nous avons, cette fois-ci, organisé un synode sur les funérailles catholiques. Le premier jour, nous avons écouté un ancien moine bouddhiste, travaillant désormais au ministère des Cultes, sur les funérailles selon la culture khmère. Puis, le second jour, nous avons écouté divers intervenants sur la manière de célébrer les funérailles catholiques. La troisième journée, nous avons réfléchi avec les chrétiens sur la manière de préparer des funérailles catholiques adaptées à la culture cambodgienne. Ces journées ont été, je pense, très enrichissantes pour nos communautés, et cela nous a d’autant plus marqués que nous avions installé un cercueil vide en guise de décor. L’an prochain, je pense organiser une session de ce type sur l’Eucharistie. En réalité, ces sessions sont toutes une occasion de réfléchir en Église sur les orientations que l’on souhaite donner à la mission et la proclamation de l’Évangile aux non-chrétiens.
Avec les MEP, j’ai eu l’occasion de passer une semaine à Rome avec le conseil permanent et les responsables de groupe par pays pour réfléchir sur les orientations de la Société. Une question essentielle s’est posée : comment faire en sorte que l’Église du Cambodge soit davantage autonome financièrement ? La question est d’autant plus pressante que nous avons désormais, pour la première fois depuis la guerre, un vicaire apostolique de nationalité cambodgienne, Mgr Pierre Ly. Son ordination fut célébrée dans la joie le 6 septembre à Phnom Penh, date pour le moins historique. Cette session MEP a été suivie d’un jubilé avec les différents confrères intéressés qui ont également pu rencontrer le pape Léon. Par la suite, avec le groupe des prêtres MEP au Cambodge, nous nous sommes réunis durant trois jours, là aussi, chez l’un d’entre nous, à Kratié, petite ville le long du Mékong, connue pour ses dauphins roses. Après une balade en bateau et une première journée de détente, nous nous sommes réunis fraternellement le deuxième jour pour écouter des Cambodgiennes catholiques nous parler de l’histoire mouvementée de la communauté pendant les années sombres d’après Khmers rouges. Nous sommes allés, ensuite, voir des vestiges de l’ancienne église récupérée par le gouvernement après la guerre. Puis nous avons écouté le curé nous parler de nouvelles communautés protestantes souhaitant devenir catholiques à la suite de circonstances diverses. Ce n’est pas la première fois que cela arrive : je dirais que les protestants sont plutôt doués pour annoncer le Christ, mais, bien souvent, nous prenons le relais grâce à la richesse de notre tradition et de notre liturgie. Quant à notre groupe MEP, même si nous ne sommes pas des religieux vivant ensemble en communauté, il est important de prendre soin de notre fraternité, et ce notamment pour témoigner de la présence aimante du Ressuscité parmi nous.

Au centre interdiocésain saint Irénée dont je suis responsable, après une session sur le mariage, nous avons cette fois-ci organisé un synode sur les funérailles catholiques.
Les actes d’amour de sainte Thérèse
Avec l’école diocésaine de catéchistes, Saint-Justin, nous sommes partis en retraite à Eden, le centre de retraite du diocèse, sur le thème des actes d’amour de sainte Thérèse de Lisieux, pour nous apprendre à aimer, en particulier ceux avec lesquels nous n’avons pas forcément d’affinités, à pardonner et à prier selon le cœur de Dieu. Je vous invite à relire le manuscrit C d’Histoire d’une âme, où Thérèse décrit avec beaucoup de finesse et d’humour ses petits actes d’amour au quotidien : cela vaut toutes les retraites et homélies du monde. Belle occasion pour nous avec les catéchistes de mieux nous connaître, mais aussi de prendre du bon temps tous ensemble au Phnom Voah, sorte de centre de loisirs fondé par notre évêque, avant d’entamer une nouvelle et dernière année d’études. Notre formation s’articule sur deux années : le vendredi soir, cours de Bible d’une heure, et le samedi matin, trois heures de cours de théologie, liturgie et sacrements, histoire de l’Église, vie spirituelle et un peu de philosophie. Le tout avec des repas pris ensemble dans la bonne humeur, l’eucharistie et les prières communes. Le problème est de former des cadres chrétiens qui tiennent la route, dans une société qui ne cesse d’évoluer à toute vitesse vers l’athéisme et la course à l’argent.
Mes cours au séminaire
Toujours dans le domaine de l’enseignement, je poursuis mes cours au séminaire. Nous avons trois jeunes qui sont en propédeutique où j’enseigne le catéchisme de l’Église catholique, cinq jeunes en première année où je donne des cours d’introduction à la philosophie, et deux jeunes qui vont être ordonnés diacres en fin d’année, auxquels j’enseigne les prophètes et la sagesse. Tous nos cours sont donnés par des prêtres d’ici. Pour nous aider, nous avons depuis plusieurs années développé une nouvelle application sur smartphone, Catholic Faith Cambodia, où nous rassemblons tous les documents officiels de l’Église, de nombreux cours de théologie et de philosophie, mais aussi de nombreuses vidéos et des quiz interactifs, le tout en khmer, bien sûr. L’application permet aussi de prier la liturgie des Heures et de lire ou d’écouter les textes du jour. L’office des lectures paraîtra bientôt (traduction de plus de 600 pages !), pour laquelle je me suis quand même fait aider par l’intelligence artificielle. Nous sommes également en train de réaliser des vidéos courtes jouées par nos jeunes et par l’école d’arts du diocèse. Il faut savoir être créatifs si l’on veut annoncer l’Évangile de façon pertinente.
Les actions de solidarité
Enfin, concernant les activités d’entraide, notre école maternelle Sainte-Lucy ne désemplit pas : nous accueillons cette année 115 enfants répartis sur trois niveaux, c’est toujours pour nous une occasion d’entretenir des liens avec le voisinage. Nous accueillons également 350 enfants autistes, avec le projet ambitieux de développer une boulangerie adaptée à leurs capacités, et ce pour essayer de les intégrer davantage dans la société cambodgienne qui n’accepte pas beaucoup les personnes atteintes d’un handicap. Nos groupes de Saint- Vincent-de-Paul, quant à eux, s’occupent de rendre visite aux familles dans le besoin, d’organiser des jeux et des activités de formation à l’hygiène pour les enfants pauvres de la rue. Pour finir, le centre Sainte- Élisabeth reçoit toujours autant de malades, le dernier en date nous vient de Kompong Cham. C’est un jeune père de famille de 27 ans paralysé des jambes à la suite d’un accident de voiture. Abandonné par sa femme, rejeté par sa famille, il n’a plus que l’Église pour l’aider et subvenir à ses besoins.
P. François Hemelsdaël, MEP
CRÉDITS
MEP
