Témoignages missionaire

Une découverte du catholicisme par la musique

Publié le 06/01/2021




La messe solennelle de Gounod, en l’honneur de sainte Cécile, a conduit la pianiste Cathy Cheogmi Park jusqu’aux martyrs MEP, et cela a tout changé.
Cathy Cheongmi Park

Cathy Cheongmi Park

Ayant grandi dans une famille protestante, je ne connaissais pas bien l’Église catholique et j’étais pleine de préjugés à son égard. C’était pour moi une « secte qui adorait Marie et aussi le Pape ». Je la considérais comme une post-Église décadente à cause des indulgences.

En Corée, des sectes protestantes comme l’Église de l’Unification, la secte Shinchonji et d’autres causent de nombreux problèmes sociaux. Lorsque les pasteurs se comportent comme des gourous, les fidèles protestants ne les reconnaissent pas, ils en ont peur et les fuient. Dans la plupart des Églises protestantes, on considère aussi l’Église catholique comme une secte et les catholiques comme des incroyants qui doivent être rééduqués.

Mes préjugés sur l’Église catholique

En tant qu’ancien de l’une des Églises presbytériennes les plus conservatrices, mon père était bien connu comme bienfaiteur des pasteurs et mécène pour la construction de temples. Comme lui, j’ai tout naturellement considéré l’Église catholique comme une secte pendant longtemps, à cause des préjugés généraux des Églises protestantes. Jusqu’au jour où un événement m’a fait complètement changer d’avis : la messe solennelle en l’honneur de sainte Cécile de Gounod.

Je me suis débarrassée de l’influence de mes parents, qui avaient une foi dévote, et j’ai cessé d’aller au temple. Après être sortie de ce monde si rigide, j’ai commencé à être satisfaite de ma vie pour la première fois. Je cherchais Dieu et je voulais lui offrir un culte en « esprit et en vérité » (Jn 4, 24). Comme ma spécialité était la musique, je me suis naturellement intéressée à la musique religieuse. Les Églises réformées de Corée ayant subi l’influence des évangéliques américains liés à Chicago, on y trouvait une ambiance qui ressemblait à celle des concerts utilisant la musique et les batteries électroniques pour la gloire de l’Évangile. Cependant, en participant à des offices anglicans et catholiques, j’ai été très touchée par les messes et le chant grégorien.

Gounod, une révélation

Étant passionnée de musique classique, j’ai été fortement impressionnée par la belle harmonie et l’expression musicale qui apparaît dans les opéras profanes de Gounod comme Faust ou Roméo et Juliette. Mais alors que je ne connaissais pas encore bien Gounod, j’ai entendu pour la première fois, dans la scène du mariage de Roméo et Juliette, la voix du baryton représentant le prêtre. J’ai ressenti intensément la profondeur religieuse de ce morceau.

À ce moment, j’ai eu la certitude que le compositeur de cette musique était un chrétien doté d’une foi solide. De nombreux musiciens ont composé des messes, mais ils n’ont pas réussi à composer une profession de foi aussi forte et sûre que celle de Gounod. Ayant étudié la musique religieuse, lorsque j’ai écouté la messe solennelle de Gounod, j’ai pensé que « Dieu a accueilli avec joie cette profession de foi sûre ».

La messe solennelle de Gounod envoie un magnifique message sur l’Évangile facilement compréhensible pour le grand public et je pense qu’elle a une grande valeur pour la mission, grâce à l’expression musicale exceptionnelle de Gounod.

Personnellement, j’écoute parfois la Messe du Couronnement de Mozart que j’aime beaucoup, avec le plaisir d’entendre un opéra profane qui m’amuse. Si j’écoute cette musique de la messe d’un cœur priant, mon cœur fait un bond comme dans Le Mariage de Figaro, et sans trop comprendre pourquoi, ma prière se trouve dérangée par le fait que cette musique illustre une histoire profane. La messe de Schubert est évidemment une belle messe d’un point de vue musical mais, lorsqu’on arrive au Credo, elle m’évoque une foi trop faible, je n’ai pas ressenti une profession de foi forte mais une âme où la foi ressemble à la lumière d’une bougie vacillante dans le vent. Si on étudie la justification de la foi chez saint Paul, je pense qu’évidemment, ce qui rend Dieu heureux, c’est la foi.

« Car en lui la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi comme il est écrit : « le juste vivra de la foi » » (Rm 1, 17). Lorsqu’Abraham a quitté son pays à cause de sa foi, et quand il offrait en sacrifice Isaac sur le Mont Moriah, sa foi était différente de sa foi du début. II mon cœur fait un semble donc qu’il y a une évolution de la foi. Gounod n’était pas quelqu’un qui avait une foi de débutant mais quelqu’un dont la foi était sûre. Nous devons grandir et nous développer non pas seulement d’une foi nourrie au lait maternel mais aussi par des plantes fortes (He 5,12 et 6,1-2). Dieu ne se réjouit pas d’une foi qui stagne, mais d’une foi qui a mûri.

Gounod a expérimenté, grâce à des événements réels très proches, la foi des saints ayant subi le martyre en Asie et à Chosun. En pensant aux martyrs MEP, il exprime par la messe solennelle sa passion chaleureuse pour la mission que lui-même ne pouvait atteindre. Je pense que ceci explique son expression musicale excellente. Je ne sais si c’est parce que je m’intéressais aux fidèles catholiques de Corée, mais, pour moi, qui, comme fidèle protestante, ne connaissais rien de tous ces faits, je fus complètement bouleversée en découvrant le sacrifice des martyrs français.

Les martyrs MEP

Les chrétiens protestants savent que l’Église protestante a été établie en Corée il y a 130 ans, par Horace Grant Underwood (1859- 1916) et par Henry Gerhard Appenzeller (1858-1902). Les missionnaires français, cent ans avant eux, donc il y a 250 ans aujourd’hui, avaient subi le martyre jusqu’à la décapitation dans le royaume de Chosun. Ils ont renoncé, durant leur jeunesse, à un monde facile et riche pour évangéliser les gens de Chosun qui étaient pauvres. Ils ont souffert de la faim et d’un environnement hostile. Ils se sont livrés eux-mêmes et ont subi la peine de mort sur place pour protéger les fidèles de Chosun. Comme au temps du martyre d’Étienne, ils ont manifesté la gloire et la puissance de Dieu avec les croyants de Chosun.

Une même foi sincère

Aujourd’hui, la Corée s’est bien développée économiquement et les Églises reformées ont aussi eu un développement rapide. Je pense qu’à cause du sang versé par les martyrs, les Églises protestantes ne devraient plus considérer l’Église catholique comme une secte. Églises protestantes et Église catholique sont des Églises sœurs qui doivent achever leur mission en tant qu’Églises universelles et, professant la même foi, elles annoncent l’amour et l’Évangile de Jésus-Christ. J’ai fait part de mon point de vue à des pasteurs que je connais, beaucoup ont partagé le même sentiment et ont été étonnés d’apprendre le martyre des prêtres français arrivés cent ans avant les évangélisateurs protestants.

Après avoir appris l’existence des martyrs à travers la messe solennelle en l’honneur de sainte Cécile de Gounod, à chaque fois que j’écoute cette messe, je me souviens du sacrifice des saints martyrs MEP à Chosun et de l’amour de Dieu, et mes larmes coulent à flots, provoquées par une émotion qui me laisse sans voix.

J’ai écrit ces lignes sincèrement pour remercier et montrer mon respect aux prêtres des MEP qui continuent à annoncer, à travers l’Asie, l’océan Indien et dans leur centre à Paris, l’Évangile et l’amour de Jésus dans l’esprit des saints martyrs qui les ont précédés.

 

Cathy Cheongmi Park, pianiste et chef d’orchestre coréenne

 

 


CRÉDITS

Revue MEP