Fête de l’Epiphanie aux MEP

Publié le 09/01/2026




Dimanche 4 janvier, lors de la fête de l’Epiphanie, les MEP (Missions Étrangères de Paris) ont confié à l’archevêque de Hanoï, Mgr Joseph Vu Van Thien, six reliques associées aux martyrs du Vietnam. Elles vont être exposées à Hanoï parmi d’autres objets historiques dans le cadre d’un pèlerinage en l’honneur des martyrs vietnamiens organisé début 2026 par l’Église locale.

Homélie de Mgr Joseph Đỗ Mạnh Hùng
Évêque de Phan Thiet, Vietnam
Paris, le 4 Janvier 2026

 

Chers frères et sœurs,

Ce soir, en célébrant l’Épiphanie, nous entrons dans une fête de lumière. Et j’aimerais, dès le début, vous partager le message simple mais essentiel de cette liturgie : Jésus est la Lumière donnée à toutes les nations, et nous sommes appelés à marcher ensemble vers Lui pour devenir lumière les uns pour les autres. Toute la beauté de cette fête se trouve déjà dans cette image.

D’abord, la première lecture nous y conduit avec des paroles magnifiques: « Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière. »

Ce n’est pas seulement un cri prophétique venu du passé. C’est un appel pour aujourd’hui. Pour l’Église. Pour chacun, chacune de nous.

Ici même, dans cette chapelle de la rue du Bac, tant de missionnaires ont reçu cette lumière et ont choisi de la porter jusqu’aux extrémités de l’Asie. Et l’histoire nous rappelle qu’en 1664, le Père Louis Chevreuil arrivait à Hội An pour porter la lumière de l’Évangile au Vietnam. Depuis ce jour, génération après génération, cette lumière n’a jamais cessé de circuler entre nos deux Églises : l’Eglise de France et l’Eglise du Vietnam.

 

Ensuite, le psaume approfondit encore cette image en décrivant un Messie qui se penche vers les plus petits: « Il aura souci du faible et du pauvre. »

Et je crois que les missionnaires MEP ont rendu ce verset vivant par leur manière d’aimer et de servir.

Parmi eux, permettez-moi de rappeler une figure que beaucoup de vietnamiens portent encore dans leur cœur : le Père Jean-Baptiste Etcharren.

Ordonné en 1958, il est parti pour Huế à seulement vingt-huit ans. Là, il a enseigné, il a été curé, il a accompagné des familles dans les heures les plus difficiles, notamment pendant l’exode de 1972, lorsqu’il a conduit des centaines de personnes, catholiques et non catholiques, loin des zones de combats. Après 1975, il a dû quitter le Vietnam comme tous les missionnaires étrangers. Mais son cœur, lui, n’est jamais parti.

De retour en France, il a servi les réfugiés d’Asie du Sud-Est, puis il est devenu supérieur général des MEP pendant douze ans. Pourtant, malgré ses responsabilités à Paris, il confiait souvent que son cœur demeurait à Huế. Et en 2010, lorsque l’occasion s’est enfin présentée, il a demandé — humblement, avec insistance — d’être autorisé à revenir vivre sa retraite… au Vietnam. Il a été accueilli à l’archevêché de Huế, là où il avait servi dans sa jeunesse. Il y est resté jusqu’à sa mort en septembre 2021, et aujourd’hui son tombeau repose au Grand Séminaire de Huế, au milieu du peuple qu’il avait tant aimé.

Et laissez-moi partager avec vous une petite scène :
En 2010, lors d’un colloque consacré au Père Léopold Michel Cadière à Huế, un prêtre professeur donna une conférence… entièrement en vietnamien avec l’accent de Hue, même nous, les vietnamiens, avions du mal à tout comprendre ! À la fin, c’est le Père Etcharren qui dut résumer en français pour que tout le monde — vietnamiens — saisisse enfin le sens de l’exposé. La salle a ri, applaudi… et beaucoup ont murmuré : “Formidable ! Il peut comprendre le vietnamien avec l’accent de Huê.”

Frères et sœurs, voilà ce que fait l’Évangile quand il prend racine dans une vie.
Il transforme un missionnaire venu du Pays basque en un père, un frère, un ami véritable du peuple vietnamien.
Pour moi, ce témoignage parle plus fort que tous les discours : il dit que Dieu visite son peuple à travers le cœur de ceux qui se donnent.

 

Puis, dans la deuxième lecture, saint Paul résume ce mystère de manière magistrale : « Toutes les nations sont associées au même héritage.»

Ce que Dieu donne n’appartient à personne, il est pour tous.

Et le fait que nous soyons réunis ici — français, vietnamiens, prêtres, laïcs, anciens missionnaires, jeunes prêtres étudiants — est déjà un signe magnifique de cette universalité.

Nos deux Églises de la France et du Vietnam marchent ensemble depuis les deux premiers vicaires apostoliques du Vietnam en 1659, Mgr Francois Pallu et Mgr Pierre Lambert de la Motte. Puis, plus de mille missionnaires sont venus au Vietnam. Et après 1975, cette communion continue : plus de deux cents jeunes prêtres vietnamiens ont été accueillis ici, à la rue du Bac, grâce aux MEP, pour être formés à l’Institut Catholique de Paris, puis retournés et servis dans leurs diocèses. Parmi ces 204 prêtres étudiants, il y a 20 évêques. Je fais partie de ces évêques. Et le 20è évêque est Mgr Paul Nguyen Quang Đĩnh, évêque auxiliaire de Hưng Hoa, Nord du Vietnam, ordonné évêque le 27 mai 2025.

 

Et maintenant, retournons à l’Évangile.
L’évangile d’aujourd’huit nous conduit à Bethléem. Les mages voient une étoile, ils se mettent en marche, et ils cherchent.
Cette étoile n’est pas seulement un signe dans le ciel : elle révèle que Dieu précède toujours les missionnaires, déjà à l’œuvre dans le cœur des peuples qu’ils rencontreront .
Mais il se passe quelque chose de très beau : une fois les mages arrivés à la maison où se trouve l’Enfant, l’étoile disparaît.
Elle disparaît parce qu’elle a accompli sa mission.
La vraie lumière est là, devant eux : Jésus, humble et petit, porté par Marie.
Alors les mages se prosternent. Ils adorent. Ils offrent leurs présents.

Puis l’Évangile dit : « Ils repartirent par un autre chemin. »
Quand on rencontre le Christ, il y a toujours un autre chemin qui s’ouvre devant nous. Une vie nouvelle commence.
Et peut-être que cette fête de l’Épiphanie nous invite à la même chose : accueillir la lumière, et accepter de repartir autrement.

 

En résumé, cher frères et sœurs, la Parole de Dieu d’aujourd’hui nous invite :

Marchons ensemble vers la Lumière, pour devenir lumière les uns pour les autres.

Et maintenant, comme les mages, nous allons entrer dans la Liturgie eucharistique.

Eux ont présenté l’or, l’encens et la myrrhe.

Nous, nous présentons notre vie, notre mission, notre fraternité.

Que l’Enfant de Bethléem nous prenne par la main, qu’Il éclaire notre route, et qu’Il fasse de chacun et de chacune de nous une petite étoile capable de guider quelqu’un vers Lui.

Amen.

 

 

 


CRÉDITS

MEP