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Ordination diaconale d’Alexandre Rogala

Publié le 03/07/2023




Alexandre Rogala a été ordonné diacre le samedi 1er juillet 2023 en la chapelle Sainte-Marie à Neuilly-sur-Marne, par Monseigneur Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis. C’est à cette occasion qu’il a reçu son pays de mission, il sera donc envoyé après son ordination sacerdotale au Japon !
Ordination diaconale d'Alexandre Rogala

 

 

 

> Découvrez son témoignage (article dans la revue MEP, n°594, page 57) :

Alexandre : dessine-moi une vocation
de Sophie Agueh, journaliste

Alexandre Rogala sera ordonné diacre pour les MEP, en vue du presbyterat, samedi 1er juillet 2023, en la chapelle Sainte-Marie de Neuilly-sur-Marne, par Mgr Pascal Delannoy. Il recevra, ce jour-là, son pays de mission.

Passionné de dessin et de sport, irrésistiblement attiré par les cultures d’Extrême-Orient, Alexandre Rogala menait une vie très indépendante et internationalisée. Jusqu’à un soir où la question de l’appel de Dieu s’est posée pour la première fois pendant qu’il réalisait des croquis sur sa table à dessin. Il avait déjà 29 ans et un long parcours qui l’avait mené jusque-là.

Alexandre Rogala est né en 1986 dans le Val-de-Marne, d’une mère réunionnaise et d’un père normand. Il rejoint La Réunion en bas âge, suite à la séparation de ses parents, et grandit sur l’île. Sa mère et toute sa famille maternelle, profondément catholiques, lui transmettent, naturellement, la foi. Il suit le catéchisme et tout le parcours des sacrements, malgré les tentations ponctuelles de tout arrêter à l’adolescence.

Comme les enfants de sa génération, il découvre la culture asiatique à travers les mangas du Club Dorothée. Sportif, il pratique aussi le karaté et développe, très tôt, un vrai désir de connaître les cultures d’Extrême-Orient. Dès l’enfance, il se passionne aussi pour le dessin et décide d’étudier les beaux-arts.

À 20 ans, à l’étroit sur son île, Alexandre rêve d’horizons lointains. Il part au Canada pour des études d’infographie. Il n’arrête pas de dessiner, son grand plaisir, et de toucher le papier, de saisir les crayons mais il comprend rapidement qu’il lui sera, hélas, bien difficile de vivre de ses illustrations !

 

Destination Corée du Sud

Comment gagner sa vie ? Pragmatique, Alexandre se tourne vers son deuxième centre d’intérêt : le sport. Il part en Europe, à Manchester au Royaume-Uni, où il passe un diplôme de coach sportif et commence à travailler. Ses affaires marchent bien, il semble avoir trouvé sa voie professionnelle. Mais, dans son cœur, un autre désir lancinant revient : celui de découvrir l’Asie. Il pense alors plutôt à la Chine ou au Japon. C’est le hasard d’une conversation avec sa mère qui va le diriger vers la Corée du Sud. Elle a vu, dans un reportage, que les coachs sportifs y sont très demandés et lui suggère d’y tenter sa chance.

Alexandre n’avait jamais pensé à ce pays, mais il se renseigne. Il part d’abord s’installer à Lyon, pour mettre de l’argent de côté, préparer son voyage et faciliter ses démarches administratives. Il décide qu’il vivra l’expérience à fond et commence l’apprentissage de la langue. Il se fixe comme défi personnel de ne parler que le coréen une fois sur place. Une démarche déjà « très MEP » sans le savoir encore, juge-t-il rétrospectivement.

En septembre 2012, Alexandre effectue le voyage tant attendu. La Corée est un éblouissement ! Il est fasciné par le pays, par la culture, par « la gentillesse des gens », il trouve très facilement du travail dans le sport. Mais une épée de Damoclès reste au-dessus de sa tête : son visa qui expire au bout d’un an. Alexandre veut à tout prix rester dans ce pays: il passe alors un casting pour une chaîne de télévision qui cherche un animateur étranger pour présenter une émission de voyages en Corée. Alexandre fait forte impression, il est le seul candidat à parler coréen, il présente bien : les producteurs sont convaincus et le recontactent pour lui confirmer la semaine suivante : « Tu es choisi, on veut faire l’émission avec toi ! » Alexandre commence à y croire : animateur télé ? C’est encore mieux que ce qu’il espérait ! Le voilà qui rêve de célébrité, d’argent et, pourquoi pas, un jour de se marier dans ce pays.

Il explique aux producteurs son échéance de visa. « Aucun problème », lui répond-on, la société de production va s’occuper du renouvellement de son titre de séjour.

 

Rêves brisés

Les semaines passent sans nouvelles, mais Alexandre reste confiant, on lui a promis le poste. Il est pourtant bien obligé de rentrer en France quand son visa arrive à expiration mais ne s’inquiète toujours pas. Peu après, les producteurs le convoquent pour parler d’urgence de l’émission. Depuis la France, Alexandre leur répond qu’il sautera dans le premier avion pour la Corée dès que l’affaire sera arrangée pour son visa. Il patiente.

Quelques semaines plus tard, Alexandre regarde la chaîne coréenne et découvre un jeune américain présenter l’émission qu’on lui avait promise. Le choc est immense, la désillusion à plusieurs niveaux : le sentiment de trahison d’abord, l’effondrement de ses rêves de gloire et d’argent et, surtout, la fin de son rêve d’Asie. Il ne peut plus repartir en Corée. Les mois suivants, Alexandre traverse « une des phases les plus difficiles de sa vie ». Il n’avait pas de plan B. Son diplôme de coach sportif n’est pas reconnu en France. Au chômage, sa vie sociale s’étiole. « Mon cœur était resté en Corée, analyse-t-il, je n’ar- rivais pas à faire le deuil. » La messe, qu’il n’a jamais abandonnée, est l’une de ses seules sorties, le dessin est son échappatoire, il y passe des heures le soir à sa table.

 

Remonter la pente

Deux rencontres l’aident à s’en sortir : il se lie d’amitié, sur internet, avec un jeune protestant, passionné comme lui par la Corée et pour laquelle il s’investit dans des collectes à destination d’orphelinats. Alexandre est perplexe : de l’humanitaire ? Il existe donc de la pauvreté dans ce pays ? Il comprend qu’il n’a connu de la Corée que les paillettes : la riche clientèle des salles de sport, le culte du corps, etc. il se sent un peu bête, il n’a pas vu, ni même pensé qu’il pouvait exister une « autre Corée » moins clinquante. Il participe alors aux collectes, il prie pour ces orphelins. L’autre rencontre est celle du père Jean-Eudes Chavanat, à la basilique de Fourvière, qui devient son premier accompagnateur spirituel et l’aide à se relever petit à petit. Au bout de quelques mois, Alexandre reprend le chemin du travail et accepte un poste d’agent d’accueil.

Un jour, le père Jean-Eudes lui fait remarquer qu’il va à la messe mais qu’il n’a pas d’autre engagement dans l’Église, il n’a jamais fait partie d’un groupe de prière ou d’un mouvement de jeunesse. Il est invité à y réfléchir. C’est ainsi qu’il devient bénévole pour faire visiter la basilique de Fourvière aux pèlerins. Mais la question de sa place dans l’Église va le suivre.

 

Un basculement

C’est à cette période, alors qu’il dessine un soir, qu’il vit ce qu’il ne sait comment nommer ; une expérience mystique ? En tout cas, un ressenti très concret de la présence de Dieu et de son amour ; avec cette demande d’un « engagement total ». Alexandre est bouleversé ; il pose son crayon et tout bascule. Qu’est-ce que cela signifie ? Doit-il devenir moine ou prêtre ? Il ne l’avait jamais envisagé. Il en parle au père Jean-Eudes qui est d’abord dubitatif. Mais l’idée ne quitte plus Alexandre ! Il se renseigne seul et découvre qu’il faut faire au moins six ans de séminaire, ce qui lui donne un peu le vertige. Pourtant, il est de plus en plus sûr de lui.

Une seule chose lui est douloureuse : s’il devient prêtre, il devra oublier son rêve de vivre en Asie qu’il n’a jamais vraiment abandonné. Mais le désir de répondre à l’appel de Dieu est plus fort ; pour Lui, il est prêt à renoncer à l’Asie. Alexandre prépare son entrée en propédeutique à Paray-le-Monial et l’annonce à ses amis et à sa famille.

La Providence va intervenir à nouveau grâce à Marie-Ange Bertrand, bénévole avec lui à la basilique de Fourvière qui lui parle des Missions Étrangères. La découverte provoque une grande joie pour Alexandre : il est donc possible d’être prêtre en Asie ! Il regarde des vidéos de missionnaires sur le site des MEP et contacte rapidement la rue du Bac ; malgré le sentiment de laisser les chrétiens lyonnais à qui il avait parlé de son entrée en propédeutique. Il rencontre le père Bernard de Terves, responsable des vocations aux MEP, qui lui propose de faire un temps de volontariat avant d’entrer en propédeutique pour une année de discernement. Alexandre est impatient : pourquoi un volontariat ? Il connaît déjà l’Asie. Et pourquoi une année de discernement ? Il est déjà sûr de lui.

 

Le temps de la préparation à la prêtrise

Les mois de volontariat au Vietnam lui permettront de découvrir une autre réalité de l’Asie et de s’attacher à ce peuple. Quant à l’année de propédeutique, il comprend rétrospectivement qu’elle lui a été très utile pour faire l’expérience de la vie en communauté : car, pour lui, très indépendant, qui vit seul depuis dix ans et qui a grandi en fils unique, il est un peu difficile de s’adapter à la vie collective du séminaire. Il y construira tout de même quelques amitiés solides.

Si, à l’école, Alexandre était un élève « qui ne faisait pas plus que le nécessaire » ; au séminaire, la maturité aidant, il prend goût aux disciplines intellectuelles. Le voilà qui découvre avec passion la philosophie, la théologie et les études bibliques. Avec son caractère entier, il se plonge complètement dans les études. Son désir toujours aussi fort de devenir prêtre et le secours de la prière l’aident à traverser les difficultés. Il a hâte d’être ordonné, de recevoir son pays de mission et d’être prêtre missionnaire parmi les populations asiatiques qu’il aime tant et chez lesquelles il se sent si bien.

En attendant le jour de l’ordination, il essaye de finir une illustration de la scène biblique de la lutte de Jacob et de l’ange.

 

> Retransmission de l’annonce du pays de mission d’Alexandre :