Aventures missionaire

« Votre cœur se réjouira »

Publié le 25/08/2026




La joie ne se définit pas, elle se reçoit. À travers des vies simples, des souvenirs marquants ou des moments inattendus, elle se révèle comme une expérience profondément humaine, souvent discrète, parfois bouleversante. Le père Christophe Bérard, MEP, missionnaire à Séoul, partage avec nous les témoignages d’une joie qui traverse les épreuves et relie les cœurs.
De gauche à droite, les pères Pierre de La Bigne, Gabriel de Lépinau, Will Conquer et Bruno Delorme, lors du Sarmep 2023 à Taïwan.

De gauche à droite, les pères Pierre de La Bigne, Gabriel de Lépinau, Will Conquer et Bruno Delorme, lors du Sarmep 2023 à Taïwan.

 

La joie fait partie de ces réalités que nous ne comprenons vraiment qu’après les avoir reçues. Nous pouvons chercher à la définir, à la distinguer du plaisir ou du bonheur, mais elle échappe toujours un peu aux mots. Elle ne se laisse pas enfermer dans une idée. Elle surgit, elle se donne, elle s’accueille.

C’est pourquoi la joie est d’abord un témoignage. Nous ne commençons pas par dire : « Voici ce qu’est la joie. » Nous disons plutôt : « Un jour, j’ai été saisi par elle. » Et c’est à travers ces récits simples, concrets, parfois très ordinaires, que nous découvrons peu à peu ce qu’elle est. Nous ne pouvons pas l’intellectualiser pour la vivre ensuite. Nous pouvons seulement apprendre à la reconnaître, afin que, lorsqu’elle survient, nous soyons plus disponibles pour l’accueillir, la retenir davantage et la partager.

Bruno retrouve la joie sur le chemin de Saint-Jacques, en juillet 2023, avec un groupe venu de Singapour. Ce pèlerinage lui donne « du temps pour me reconnecter à moi-même, aux autres, à la nature et à Dieu ». Sa joie passe par le corps, par la marche, par le silence et par les rencontres. En y repensant, il s’émerveille encore : « Quelle liberté ! Quelle simplicité de vie ! Quels beaux paysages ! Quelles belles rencontres ! »

Étienne, lui, se souvient d’un moment très simple. Il est seul, en bas de son immeuble, il écoute la radio et apprend la victoire de l’Association sportive de Saint-Étienne, montée en première division. « J’étais seul, j’ai explosé de joie, c’était vraiment de la joie. » Une autre fois, il rentre du travail, il fait beau, il téléphone à son grand-père. Il garde de cet instant le souvenir d’un grand moment de joie. La joie peut donc tenir dans presque rien : une voix aimée, une bonne nouvelle, une lumière de fin de journée. Il ne faut, pourtant, pas confondre la joie avec le plaisir. Le plaisir est souvent lié à une sensation précise. Il est immédiat, parfois intense, mais il passe. La joie, elle, touche plus profond. Elle ne nous étourdit pas ; elle nous réveille. Elle ne nous éloigne pas du réel ; elle nous y ramène. Elle nous fait sentir que la vie vaut la peine d’être vécue.

Emmanuel évoque la célébration de ses cinquante ans de ministère. Tous ceux avec qui il avait travaillé étaient là. La joie était partagée, « pas seulement par moi », dit-il. Elle était si forte qu’elle l’a presque fait pleurer. Dans ce moment, il y avait surtout une grande reconnaissance. Emmanuel raconte aussi cette grand-mère rencontrée dans un bidonville, alors qu’il travaillait dans la décharge publique de Séoul. « Elle voulait demander le baptême. Elle ne savait ni lire ni écrire, avait eu une vie difficile et, lorsque je lui ai demandé quel nom de baptême elle désirait, elle choisit Marie-Madeleine, en disant : “Moi, je suis comme Marie-Madeleine.” Elle avait tout compris de l’Évangile. » Cette femme lui a donné une grande joie.

La joie nous relie. Elle naît souvent quand quelque chose du réel se dévoile plus grand que nous, Sang Yoon en fait l’expérience le jour où il apprend que son service militaire est terminé. Dans le train qui le ramène chez lui, avec le souvenir de ses amis et l’attente de ceux qu’il va retrouver, il ressent un profond sentiment de joie. Elle accompagne alors un passage : quitter, revenir, se souvenir, espérer.

François raconte une joie reçue dans son ministère. Curé de paroisse, il célébrait beaucoup d’obsèques. Il préparait les homélies avec attention, en écoutant et en notant la vie des personnes. Un jour, pendant une homélie, il ressent « un souffle, une énergie, un silence incroyable ». À la fin de la messe, deux personnes viennent le remercier : « Vous nous avez réconciliés avec l’Église. » Cette parole lui donne une grande joie. Une autre fois, en présidant la messe, au mont des Oliviers, dans la chapelle
Dominus Flevit, il reçoit cette conviction : « Ce n’est pas la Résurrection qui éclaire la Croix, mais la Croix qui éclaire la Résurrection. » Une découverte qui lui a apporté beaucoup de joie et lui a donné des ailes pour travailler ensuite les textes de saint Paul. La joie n’est pas l’absence de tristesse. Je l’ai moi-même éprouvé en revenant de France : la nostalgie de quitter ma famille et mes amis, mais aussi la joie d’avoir partagé ce temps avec eux, de les avoir connus et d’aller vers ceux que j’avais rencontrés en Corée. Ce jour-là, j’ai senti que la joie pouvait envelopper la tristesse.

Le père Armel Durand au Sarmep 2023 à Taïwan.

Le père Armel Durand au Sarmep 2023 à Taïwan.

Jeanne le dit avec une grande force après douze mois de paralysie, de béquilles et de douleur : « La joie n’est pas l’absence de souffrance. » Pour elle, c’est « le cadeau d’un face à-face apaisé avec soi-même, après avoir tout enduré ». Même blessée, elle découvre qu’elle reste digne, vivante, capable de voir les fleurs que les autres ne voient plus. Ainsi, la joie ne commence pas dans les idées. Elle commence dans la vie. Elle surgit, elle relie, elle dilate le cœur. Nous ne pouvons que la comprendre peu à peu : non pour la maîtriser, mais pour mieux la reconnaître quand elle passe, lui faire place, ne pas la laisser s’éteindre trop vite. La joie se reçoit d’abord ; ensuite seulement, elle s’éclaire.

Car la joie ne se possède vraiment qu’en se donnant. Elle circule d’un visage à un autre, d’un récit à un autre. Elle nous rappelle que nous ne sommes pas faits seulement pour passer d’un plaisir à un autre, ni pour survivre dans l’inquiétude. Nous sommes appelés à être des hommes et des femmes fondés dans la vie, capables d’accueillir ce qui vient, de traverser ce qui blesse et de reconnaître, parfois au moment le plus inattendu, cette lumière qui nous remet debout. Vive la joie !

 

Le père Christophe Bérard, responsable du groupe MEP Corée du Sud.P. Christophe Bérard, missionnaire MEP en Corée du Sud


CRÉDITS

N. Xaysourinh