Retrouver la lumière

Publié le 11/09/2026




La chapelle de l’Épiphanie, rue du Bac à Paris, est le cœur spirituel des Missions Étrangères. Elle porte depuis plus de trois siècles une histoire missionnaire exceptionnelle. Aujourd’hui, elle entre dans une phase de restauration et d’aménagement liturgique. Explication de la genèse du projet.

Chapelle de l'Epiphanie

Quel est le fil conducteur de ce projet ?

Père Vincent Sénéchal, supérieur général des MEP :
Notre chapelle est un lieu vivant où, chaque jour, les prêtres de la maison prient et où viennent se recueillir de nombreux fidèles. Chaque année, plus de 40000 visiteurs et pèlerins découvrent ou redécouvrent notre chapelle. C’est ici que sont célébrées toutes les messes d’envoi en mission de nos confrères et des volontaires MEP. Outre l’usure du temps qui a peu à peu altéré l’édifice, les précédentes rénovations et aménagements liturgiques ont altéré l’unité d’ensemble.

Père Étienne Frécon, vicaire général des MEP :
Oui, plus que d’effectuer de simples travaux de rénovation et de confort, nous souhaitons retrouver la cohérence d’un lieu qui avait beaucoup vécu. Nous souhaitions avant tout retrouver de la lumière et repenser l’espace. Les premières réflexions menées par le Comité de pilotage (Copil) des MEP sont parties de la volonté de remettre « La Gloire » en valeur et de lui redonner des couleurs d’après le tableau de Carle Van Loo, l’Adoration des mages de 1739. Ce tableau qui a une longue histoire de « voyage » est actuellement à la paroisse polonaise Notre-Dame de l’Assomption à Paris. Et nous souhaitons le faire revenir aux MEP dans le cadre de ce projet artistique de la future chapelle. La lumière sera un véritable outil architectural qui permettra de retrouver la profondeur, les volumes et les séquences du lieu.

 

Ce projet cherche un équilibre entre restitution et création.
Comment avez-vous travaillé pour le construire et choisir les partenaires pour le mener à bien ?

Père Vincent :
En 2022, l’Assemblée générale MEP a donné mandat au Conseil permanent d’organiser la restauration de la chapelle. Un Copil au sein des MEP a élaboré un premier projet qui montrait la nécessité et la volonté de repenser l’organisation liturgique générale de la chapelle puis nous avons procédé à de nombreuses consultations d’agences d’architecture. Ensuite, nous avons identifié des artisans et artistes, maîtres verriers, ébénistes, restaurateurs de tableaux qui pourraient transformer la chapelle dans ses aspects décoratifs.

Père Étienne :
Notre choix s’est porté sur l’agence Point 05 qui a réalisé une étude de diagnostic et esquisse et de faisabilité à la rénovation de la chapelle. Son rapport de déclaration préalable (DP) a été présenté à l’architecte des Bâtiments de France (ABF) puisque la chapelle, considérée comme un ERP, est identifiée comme « immeuble ou partie d’immeuble protégé au titre de son intérêt patrimonial ». Quelles ont été les surprises, découvertes et enseignements de ce diagnostic qui s’appuie sur de nouvelles recherches historiques et stratigraphiques ?

Père Vincent :
La chapelle est le résultat d’une histoire très longue. Construite à partir de 1683, elle a connu des évolutions importantes, notamment au XIXe siècle lorsqu’elle est devenue une église paroissiale, puis au XXe siècle avec différentes campagnes de réaménagement liturgique. Les travaux de 1986 et ceux du début des années 2000 ont encore modifié sa perception. Nous pensions bien connaître les coins et recoins de notre chapelle, mais ce diagnostic a permis de regarder la chapelle dans toutes ses dimensions : architecture, histoire, décors, lumière, vitraux, techniques, etc.

Père Étienne :
Nous voulions, au départ, redéfinir l’espace liturgique et non pas seulement restaurer les décors ou donner un simple coup de peinture. Le vestibule, le transept, le chœur et le sanctuaire formaient des séquences spatiales clairement identifiées. Au fil du temps, les usages ont changé et cette organisation s’est progressivement brouillée. La chapelle doit continuer à répondre à ses usages contemporains dans ce nouvel espace que nous vous présenterons au fur et à mesure de notre journal de chantier. Les recherches ont montré que le bâtiment conserve beaucoup plus d’informations qu’on ne pourrait le penser au premier regard. Les sondages réalisés en 2026 ont notamment permis de mieux comprendre les différentes campagnes de décors peints. Ils ont révélé plusieurs états successifs et ont apporté des éléments nouveaux par rapport aux études précédentes. L’enjeu est de faire dialoguer ce patrimoine avec les usages actuels, plutôt que de choisir entre passé et présent. La restauration n’est pas une parenthèse dans la vie de la chapelle. C’est une nouvelle étape de son histoire.

 

Propos recueillis par la rédaction

 


CRÉDITS

MEP