Eglises d'Asie

18 ans après, l’Église contribue à la réhabilitation des victimes du séisme de 2001 au Gujarat

Publié le 01/08/2019




Il y a 18 ans, en 2001, l’État du Gujarat, dans l’ouest de l’Inde, était frappé par un séisme de magnitude 7,7, causant 21 000 morts et 167 000 blessés. Avec près de 400 000 logements détruits, de nombreux villages de la région ont dû se reconstruire avec l’aide des ONG et du gouvernement. Beaucoup d’entre eux ont pu se relever grâce aux programmes d’aide et à l’accompagnement de l’Église locale, via la Caritas indienne et la branche sociale du diocèse de Rajkot, appelée, Kutch Jyoti Trust Bhuj. Aujourd’hui, après avoir tout perdu, beaucoup de survivants ont retrouvé un toit et une situation.

Dix-huit ans après le séisme qui a frappé l’État du Gujarat en 2001, de nombreuses victimes se sont relevées grâce à l’aide de l’Église locale. Le 16 janvier 2001, un séisme de magnitude 7,7, d’une durée de deux minutes, secouait presque toutes les constructions humaines de la région, entraînant 21 000 morts, 167 000 blessés et 400 000 maisons détruites. « C’était une situation désespérée, j’ai tout perdu », raconte Narmada Ben, une mère de 43 ans, qui cherche à oublier la catastrophe dans laquelle elle a perdu sa maison, dans la région de Bhuj. Pourtant, même après 18 ans, ses souvenirs reviennent régulièrement la hanter. « Cette maison et tout ce qu’elle contenait ont été perdus. Je suis restée devant la maison en ruines, avec mon enfant dans les bras. Je ne savais pas quoi faire », poursuit Narmada, qui a pu prendre sa fille de trois ans et se précipiter hors de la maison avant l’effondrement. Son mari, un menuisier, était déjà à l’extérieur en train de chercher du travail. Elle explique qu’après la catastrophe, leurs seules possessions étaient ce qu’ils portaient sur eux. « Notre vie a été détruite en quelques secondes. Mais aujourd’hui, nous avons tout retrouvé, grâce à l’aide et à l’accompagnement de l’Église catholique », assure-t-elle. Durant plusieurs mois, ils ont vécu grâce à l’aide alimentaire fournie par les organisations humanitaires. Le gouvernement avait promis de soutenir les victimes, mais Narmada explique que « rien ne s’est vraiment passé. Nous avons continué de vivre sous une bâche pendant deux ans, jusqu’à ce que des volontaires catholiques, dont des prêtres et des religieuses, nous contactent ».

Elle se souvient comment les victimes de son village de Nadapa ont été incitées à former des groupes d’entraide et à travailler pour se construire, plutôt que d’attendre passivement que les aides arrivent. Le groupe d’aide sociale du diocèse de Rajkot, appelé Kutch Jyoti Trust Bhuj, a offert des prêts aux gens qui cherchaient à monter des projets. En 2003, Narmada Ben a emprunté 12 000 roupies (valant 200 dollars US à l’époque) pour acheter des outils pour son mari, afin qu’il puisse recommencer à travailler. Le couple a rapidement ouvert une boutique dans le village, ils ont pu rembourser leur dette deux ans plus tard, et ils ont obtenu une subvention de 3 000 roupies. En 2005, ils ont fait un nouvel emprunt de 20 000 roupies, puis de 100 000 roupies, afin de développer leur commerce. Aujourd’hui, leur boutique emploie trois hommes. Avec les revenus générés, ils ont pu construire une maison avec deux chambres. Ils ont également eu deux autres enfants, qui ont aujourd’hui 17 ans et 12 ans. Narmada Ben a également continué son travail de broderie. « Le travail de l’Église dans la région a vraiment changé la donne pour beaucoup d’habitants du village », explique-t-elle en gujarati, le dialecte local. « Ceux qui avaient perdu espoir ont pu se relever. Peu après la catastrophe, beaucoup d’ONG sont venus nous apporter de la nourriture, de l’eau et des vêtements. Mais seuls les prêtres et les religieuses catholiques sont restés avec nous pour nous aider à nous reconstruire. »

15 000 catholiques sur 17 millions d’habitants

Le père Jino George, qui dirige Kutch Jyoti Trust, confie que l’agence diocésaine a construit 3 264 maisons pour les survivants du séisme. La branche locale de Caritas Inde a également adopté quatorze villages de la région où elle a accompagné les survivants et contribué à construire six écoles, douze salles communautaires et des toilettes, ajoute le père George. Dans le cadre du projet de réhabilitation, les gens ont été accompagnés dans divers projets d’élevage, d’agriculture, de menuiserie ou de broderie, explique le prêtre, de la congrégation des carmes de Marie Immaculée. Presque tous les bénéficiaires de ce programme sont des hindous, la région diocésaine ne comptant que 15 000 catholiques sur une population de 17 millions d’habitants, majoritairement hindous. Divali Ben, une autre femme qui a bénéficié du programme, explique que certains villages se sont méfiés de l’aide apportée par l’Église, craignant une tentative de les convertir. « Certains villages sont toujours en difficulté parce qu’ils n’ont pas accepté l’aide de l’Église », confie-t-elle. Une autre femme du village, Saraya Ben, assure que cette aide leur a permis d’obtenir des microcrédits. « L’aide de l’Église a été inestimable. Cela nous a sauvé des griffes des créanciers, qui utilisent des taux d’intérêt exorbitants, jusqu’à plus de 30 % supérieurs aux taux habituels », assure Saraya, une veuve de 67 ans. En cas d’urgence, les villageois ont l’habitude de se précipiter vers les prêteurs en mettant en gage leurs terres ou leurs biens en échange d’argent. « Mais si nous sommes incapables de rembourser les intérêts, nous perdons tout. L’aide de l’Église nous a sauvés. » Saraya fait partie de la direction du groupe Navjeevan Mahila Munch, qui aide soutient femmes de la région. « Le travail de ces femmes est une inspiration pour les autres », confie le père George. « Elles se sont battues et ont obtenu l’aide du gouvernement, qui a fourni de l’eau, l’électricité et d’autres services dans leurs villages », explique le prêtre. Toutefois, les femmes du groupe Navjeevan Mahila Munch estiment que ce sont les missionnaires chrétiens qui ont vraiment contribué à améliorer leur vie. « Tout cela a pu se faire grâce au soutien et à l’accompagnement de l’Église locale », assure Saraya Ben.

(Avec Ucanews, Rajkot)


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Saji Thomas