Eglises d'Asie

Asie centrale : de petits groupes de chrétiens survivent parmi les 400 000 Coréens des cinq nouvelles républiques à majorité musulmane

Publié le 18/03/2010




Alexandre Chun est Ouzbek et chrétien. Il est l’un des 400 000 Coréens vivant aujourd’hui dans les républiques d’Asie centrale. La présence de Coréens en ces lieux remonte au début du siècle. C’est en effet aux alentours de 1919 que des milliers de Coréens ont fui ce qui est aujourd’hui la Corée du Nord pour échapper aux troupes japonaises. Une autre vague d’immigration s’est produite dans les années 30 pour les mêmes raisons.

La plupart des Coréens soviétiques ont vécu dans la région de Vladivostock jusqu’au jour où Staline, ayant décidé de bâtir dans cette région des usines d’armement, s’avisa que la minorité coréenne pouvait devenir un risque pour la sécurité nationale. Les Coréens furent alors répartis en cinq groupes et dispersés en plein hiver à travers toute l’Asie centrale. La moitié d’entre eux moururent de froid et de faim dans les trains qui les transportaient. Aujourd’hui, si l’on en croit un recensement officiel effectué en 1989, la majorité des Coréens vivent en Ouzbékistan et au Kazakhstan (366 000). 18 000 environ habitent au Kirghizistan, 13 000 au Tadjikistan et quelques milliers seulement au Turkménistan.

Des chrétiens se trouvaient parmi ceux qui se réfugièrent au début du siècle en URSS. Au cours des années de régime communiste et d’éducation athée, leurs descendants ont souvent abandonné la foi chrétienne, mais un petit groupe a subsisté et tend aujourd’hui à s’agrandir. Alexandre Chun fait partie des convertis de fraîche date. Il est devenu chrétien en 1989 après sa rencontre du pasteur coréen d’une Eglise de Tachkent.

Il est difficile d’évaluer le nombre des chrétiens coréens d’Asie centrale, mais on sait qu’ils sont relativement nombreux à Tachkent et à Alma Ata, capitale du Kazakhstan. Dans la seule ville de Tachkent on estime qu’il y a de trente à cinquante communautés de chrétiens coréens.

Des chrétiens de Corée du Sud et des Etats-Unis aident aussi ces groupes à créer des entreprises commerciales ou industrielles. D’autres sont venus prêcher la Bible, enseigner le coréen et renforcer le sentiment ethnique de ces communautés en leur rappelant leurs racines historiques.

Comme d’autres chrétiens du pays, Alexandre Chun s’inquiète de certains risques : d’une part, un prosélytisme évangéliste trop agressif pourrait provoquer la colère des musulmans majoritaires (18) et d’autre part, l’insistance excessive sur l’origine coréenne pourrait encourager un ethnocentrisme dommageable aux bonnes relations qui existent jusqu’à présent avec les autres citoyens du pays.