Eglises d'Asie

Séoul : les soeurs de la Sainte Famille gèrent un hôpital gratuit pour les pauvres

Publié le 18/03/2010




Jusqu’au 31 mai 1990, ce bâtiment de sept étages en plein centre de Séoul était un hôpital ordinaire, c’est-à-dire payant. Le lendemain, 1er juin, il est devenu un hôpital entièrement gratuit, offrant les mêmes services qu’auparavant, mais, cette fois, seulement pour les pauvres des bidonvilles. Quelque 800 bénévoles : médecins, infirmières, aide-malades, chrétiens ou non-chrétiens, y travaillent gratuitement tous les jours, ainsi qu’une quinzaine d’employés salariés, aux côtés de vingt-six religieuses de la Sainte Famille.

Selon la soeur Min Haeng-ja qui dirige l’hôpital, c’est spontanément et sans effort de publicité de la part des soeurs de la Sainte Famille que depuis trois ans trois mille donateurs environ se sont organisés pour subvenir aux besoins financiers de l’entreprise. Par ailleurs, chacune des quatre cents soeurs de la congrégation de la Sainte Famille donne dix pour cent de son salaire pour soutenir l’hôpital. Au tout début, les soeurs commençaient la semaine sans savoir si elles auraient les ressources financières pour arriver au bout. Aujourd’hui, la soeur directrice estime que dans quelques mois l’hôpital pourra offrir 150 lits au lieu de 80 actuellement.

Pour s’assurer que le patient qui se présente n’abuse pas des services gratuits de l’hôpital, on donne priorité aux sans domicile fixe et aux habitants des quartiers défavorisés. Il n’est d’ailleurs pas rare que les habitants de ces quartiers se présentent à l’hôpital pour y offrir bénévolement leurs services. Pour la soeur directrice, c’est un signe que l’hôpital s’est effectivement intégré dans le monde des pauvres et des laissés-pour-compte de la société.

C’est une réflexion de plusieurs années qui a amené les soeurs de la Sainte Famille à prendre ce pari qui paraissait à beaucoup un peu fou et irréalisable. La décision fut finalement prise en assemblée générale de la congrégation en 1990 à la suite d’un rapport préparé l’année précédente par une dizaine de soeurs sur demande de la supérieure générale : avec ses écoles et ses hôpitaux fonctionnant sur le mode ordinaire dans la logique du système économique, la congrégation s’éloignait peu à peu de sa vocation d’origine de service des pauvres. Il y avait bien un certain souci des pauvres, par exemple dans le grand hôpital qu’elles géraient à Puchon où elles offraient des lits gratuits pour les plus pauvres, mais ceux-ci n’y venaient pas: le changement de monde était trop difficile à vivre. C’est en visitant systématiquement certains quartiers de Séoul que les soeurs se sont rendu compte que beaucoup de pauvres ne pouvaient pas bénéficier des services de santé ordinaires.

Les soeurs de la Sainte Famille sont une congrégation coréenne fondée en 1943 par le Père Singer, des missions étrangères de Paris. Jusqu’à sa mort, en 1992, celui-ci a travaillé pour que la vocation d’origine et le charisme de la communauté qu’il avait fondée soient respectés. Cette année, la congrégation va fêter le cinquantenaire de sa fondation.