Eglises d'Asie

LE MARIAGE DES NON-CHRETIENS DANS LES EGLISES Un chemin d’évangélisation

Publié le 18/03/2010




Au Japon, les mariages à l’église entre non-chrétiens sont de plus en plus nombreux. Cela nous surprend mais les évêques japonais y voient une bonne occasion d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Ces non-chrétiens qui viennent demander à l’Eglise de bénir leur mariage n’ont pas le plus souvent la moindre intention de se convertir. Par ailleurs, comment faut-il comprendre que l’Eglise – si rigoriste à propos du mariage de ses fidèles – accepte de célébrer l’union de gens qui lui sont totalement étrangers?

Le mariage au Japon

Il faut savoir qu’au Japon, la seule forme de mariage reconnue par l’Etat est la forme civile. Il s’agit de remplir des formules et d’y apposer un sceau sans aucune cérémonie ni engagement verbal. Mais il ne faudrait pas croire qu’un nombre imposant de jeunes Japonais désirent se marier à l’Eglise. Jusqu’en janvier dernier, j’étais dans une paroisse au centre de la ville d’Aomori, une communauté d’environ 300 fidèles. On y célèbre trois ou quatre mariages chrétiens par an. Et il s’y déroule une vingtaine de célébrations de mariages de non-chrétiens. Ce phénomène me paraît donc avoir peu d’importance statistique mais démontre d’une façon bien concrète comment l’Eglise du Japon s’ouvre à la société dans laquelle elle vit.

Pour réussir l’aventure du mariage: tout mettre de son côté

On pourrait penser que le désir des jeunes Japonais pour un mariage dans une église vient de leur fascination pour tout ce qui est occidental : une église gothique, une mariée tout en blanc avec traîne et couronne, de la musique d’orgue. On ne peut nier l’existence de cette fascination chez certains de ceux qui s’adressent à nous. Mais il y a plus : non seulement c’est un désir de marquer par une célébration un moment de sa vie d’une importance capitale, mais aussi un engagement qui aura sur elle un impact très profond sur le plan personnel, familial et social. Pour réussir cette aventure, il faut tout mettre de son côté. La seule formalité juridique à remplir à l’hôtel de ville est un peu trop banale pour une décision d’une telle conséquence. Une célébration où s’expriment le sens et la grandeur de ce choix devant tous ceux qui peuplent leur petit monde de relations est certainement un élément positif pour aider à la stabilité future du couple et lui donner le goût de perdurer.

Le parrain du mariage

Cette façon de penser est dans la ligne de la tradition. Autrefois, les parents organisaient le mariage de leurs enfants en demandant les services d’un instructeur qui cherchait un bon parti pour celui ou celle qui désirait se marier. Ce personnage était d’ordinaire quelqu’un qui avait un certain prestige dans le milieu. Principal témoin au mariage il donnait ainsi de l’importance à la dimension sociale de cet événement. Aujourd’hui de plus en plus de jeunes Japonais et Japonaises choisissent eux-mêmes leur partenaire mais demandent quand même à une personne qu’ils connaissent – un ancien professeur, une personnalité politique, un chef d’entreprise, etc. – d’être leur entremetteur. Par sa présence, cette personne de réputation fera sentir l’importance de cette cérémonie et s’engagera ainsi devant tous à collaborer au succès de leur projet conjugal. Il pourra donc être la personne à qui le couple aura recours si des problèmes surgissent. C’est le parrain de leur mariage.

Les raisons de se marier dans une église

Certains jeunes Japonais pensent à célébrer leur union dans une église parce qu’ils ont déjà participé à un mariage d’amis et qu’ils ont été très impressionnés par le sérieux et la signification de cette cérémonie. Ils y ont vu un bon départ pour assurer le succès de leur vie matrimoniale. D’autres sont animés de motivations plus discutables: la beauté de l’église, la photo – parue dans un hebdomadaire d’une vedette de la télé resplendissante dans sa robe de mariée devant un portail gothique, ou encore la possibilité d’une cérémonie moins coûteuse que dans un temple shinto. Toutefois, tous découvrent peu à peu dans la préparation de leur mariage que cette célébration est un moyen d’approfondir leur engagement.

Découverte d’une nouvelle image de l’Eglise

Depuis 1975, l’épiscopat japonais a permis aux pasteurs d’accueillir ces demandes sans préjuger de la valeur des motifs en exigeant cependant le respect de certaines conditions visant à assurer que cette célébration ne soit pas un spectacle pour caméoscope mais bien une démarche qui aidera les jeunes couples à mieux réaliser la profondeur du geste qu’ils accomplissent et qui leur permettra de confronter leur engagement à celui du mariage chrétien. D’après le témoignage des pasteurs qui utilisent ce chemin d’évangélisation, les couples participent à la préparation avec beaucoup d’intérêt et pour plusieurs, c’est la découverte de l’Eglise ou d’une nouvelle image de celle-ci.

Faudrait-il faire une sélection selon la valeur des motifs de la première démarche? Je me rappelle lors de la préparation d’une dizaine de jeunes au sacrement de confirmation, avoir demandé ce qui les avait conduit à l’Eglise. Un seul y était venu après une longue période de recherche. Les autres avaient été attirés pour toutes sortes de raisons sans lien avec la foi : jouer au ping-pong, suivre un ami chrétien, pratiquer l’anglais ou le français, etc. Mais le contact avec la communauté chrétienne avait déclenché une réflexion plus profonde sur leur vie personnelle.

Les étapes préparatoires au mariage

Pour préparer la célébration, les fiancés sont invités à trois ou quatre rencontres dont le contenu est le suivant: réflexion sur les motifs de leur démarche; présentation du message évangélique; conception chrétienne du mariage; préparation de la liturgie du mariage. Pour la cérémonie, la plupart des pasteurs utilisent la même démarche que pour les mariages de baptisés, non pas pour simuler le sacrement mais parce qu’elle exprime bien les désirs des futurs époux, à savoir: l’écoute de la Parole de Dieu, un engagement devant leur communauté de vie, et une prière pour leur bonheur futur. Même si cette cérémonie n’a aucune valeur devant la loi du pays, c’est au moment où ces jeunes époux expriment leur engagement l’un envers l’autre devant leurs parents, mis et tous ceux qui les ont préparés, qu’ils ont vraiment le sentiment de se marier. La préparation et la célébration de ces mariages est une occasion privilégiée pour créer des liens d’amitié avec ces jeunes. Plusieurs pasteurs essaient, chacun selon sa personnalité, d’entretenir cette relation pour qu’elle s’approfondisse et qu’ils puissent ainsi continuer à apporter leur collaboration au bonheur de ce nouveau foyer.

Une Eglise qui se veut ouverte à toute la réalité japonaise

Depuis que l’épiscopat japonais a lancé son projet d’évangélisation, lors d’un congrès national tenu en 1987, l’Eglise du Japon essaie lentement et péniblement de sortir de son ghetto où est maintenu le petit nombre de chrétiens qui veut nourrir et protéger sa foi au milieu d’un monde immense où tou ce qui est chrétien est marginal. Même s’ils sont infimes en nombre, cette Eglise veut s’ouvrir à toute la réalité de la société japonaise pour y apporter son timide message d’amour et d’espérance.

Le Japon n’est pas exempt des problèmes de divorce, de séparation, de foyer monoparental, etc. La question du mariage et de la famille est une réalité dififcile mais elle est de première importance dans la société japonaise. Malgré sa petitesse, l’Eglise croit qu’elle a sa part de responsabilité sociale à assumer dans ce domaine. C’est pourquoi, à la fin de 1993 le thème du prochain congrès pour l’évangélisation sera “La Famille”.

Qu’arrive-t-il à tous ces jeunes qui entrent un jour dans nos églises pour nous demander de les aider à démarrer dans la vie? Combien peuvent dire que cette démarche les a conduit à la foi? Je l’ignore mais tous auront eu la chance, au moins une fois dans leur vie, de rencontrer Jésus Christ.

Il faut avoir vécu en pays non chrétien pour coprendre que le but de l’Evangélisation n’est pas de viser à ce que tous les hommes et femmes de la terre entrent dans l’Eglise, mais bien plutôt qu’elle soit un signe d’espérance au milieu des frères et soeurs de toute la terre.

(*) Originaire de Valleyfield (Canada), Marcel Bélanger, p.m.é., est missionnaire au Japon, depuis 1956. Cet article a été publié en août 1993 dans la revue “Missions Etrangères” de la Société des Missions Etrangères de Québec.