Eglises d'Asie

LES VAGUES SUCCESSIVES DE CONTESTATION (1989-1993)

Publié le 18/03/2010




L’échec cuisant de trois plans quinquennaux consécutifs (1976-1985) oblige le Parti communiste vietnamien à adopter, à l’issue du sixième congrès (mi-décembre 1986), une nouvelle politique dite du renouveau (dôi moiA l’économie socialiste se substitue désormais “l’économie de marchémarquant un net changement, une “ouverture économique” vers les pays non communistes. Cependant, ce changement d’orientation économique, sans être accompagné de la “glasnost” (transparence) et de la “perestroïka” (restructuration politique), suscite depuis 1987 des vagues de contestation et de revendication populaires. Le régime, menacé, a dû prendre des mesures énergiques pour y faire face.

I- Répression à l’encontre des réformistes au sein du Parti

Considéré initialement comme chef de file des “rénovateursNguyen Van Linh (remplaçant de Truong-Chinh au poste de secrétaire général du Parti) semble d’abord favorable à la glasnost et à la perestroïka. A l’instar de son homologue soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, il recommande aux journalistes, écrivains, artistes, intellectuels, de “parler vraide se battre avec détermination contre les brimades, l’autoritarisme, la corruption, les “potentatsde “prendre racine dans le peupleQuelles que soient les circonstances, leur dit-il lors de deux journées de “travail idéologique sur les lettres et les arts” organisées à Hanoi en octobre 1987 (1), “vous ne devriez pas courber votre plumeLe secrétaire général lui-même leur donne des exemples. Il écrit dans le Nhân-Dân, porte-parole officiel du Parti, une série d’articles intitulés “Choses à faire immédiatement” et portant la signature “NVL”, initiales de son nom. Il y dénonce les “phénomènes négatifsLe feu vert étant donné, le vent de la démocratisation incite nombre de journalistes, écrivains, romanciers, à s’engager dans la voie de la transparence. Certains sont très critiques vis-à-vis du régime. Leurs critiques acerbes et leurs revendications sur la liberté de la presse inquiètent Hanoi, y compris le secrétaire général lui-même, architecte de la glasnost. Pour éviter l’irréparable, Nguyen Van Linh, au cours de son travail idéologique avec eux, met en garde les rédacteurs en chef contre tous les dérapages.. Il s’en prend surtout à la presse du Sud dont la plupart des rédacteurs en chef sont limogés ou mis à la retraite forcée et exclus du Parti :

Nguyen Ngoc, rédacteur en chef du magazine Van Nghe (Lettres et arts), lauréat du prix national de littérature en 1953.

Vu Kim Hanh, directrice du quotidien Tuoi-Tre (Jeunesse) à Hô Chi Minh-Ville, reçoit un avertissement pour avoir osé publier de courtes nouvelles et des extraits de romans de jeunes écrivains “réactionnaires” comme Pham Thi Hoai, bien connue pour sa nouvelle “Nam Ngay” (cinq jours), et Nguyen Huy Thiep, célèbre pour son roman “Tuong Ve Huu” (Le général en retraite), traduit en français. Récidiviste, elle publie une lettre de Hô Chi Minh, adressée à sa femme, une Chinoise résidant en Chine, ce qui est contraire à la biographie officielle de Hô Chi Minh, supposé être resté célibataire. Accusée d’avoir commis “un sacrilègeVu Kim Hanh est démise de ses fonctions et appréhendée par la Sécurité.

Duong Thu Huong, femme écrivain très populaire et réputée pour son franc parler. Auteur de plusieurs romans célèbres traduits en français (2), elle est incarcérée et accusée, selon l’AFP du 19 avril 1991, “d’avoir eu l’intention de rassembler et d’envoyer à l’étranger des documents nuisibles à la sécurité nationale

To Hoa, rédacteur en chef du quotidien Saigon Giai Phong (Saigon libérée) et Nguyen Dinh Thi, président de l’Union des écrivains sont mis à la retraite forcée en 1988, pour “déviations idéologiques graves

Les anciens de la Résistance n’ont pas échappé aux purges. En effet, après trente ans de sacrifices sans bornes et de loyaux services rendus à Hanoi (1945-1975), certains dirigeants de l’ex-Front national de libération du Sud-Vietnam sont mis en retraite anticipée et perçoivent une pension de misère. Les “compagnons de combat” sont donc privés des récompenses, des hautes fonctions et de la gloire qu’ils attendaient.

Par ailleurs ils sont profondément déçus de la société socialiste : libertés bafouées, inégalités et injustices sociales accentuées, corruption des cadres à tous les niveaux etc. Les sacrifices consentis pour “la cause de la Révolution” ont été inutiles. La Révolution, au lieu d’élever les conditions de vie des populations, les a appauvries. Bon nombre de cadres supérieurs sont issus de familles de la bourgeoisie du Sud. Malgré les services rendus à l’Etat, leurs parents, leurs frères, leurs soeurs ont été victimes de représailles impitoyables lors des vagues de réformes économiques des villes et de la collectivisation des terres dans le Sud en 1978 et 1983-1985. Dépossédés de leurs biens, ils ont quelquefois été exilés dans les “zones d’économie nouvelleAussi ne peuvent-ils cacher leur amertume devant une réalité décevante.

De surcroît, depuis la réunification du pays en juillet 1976, une politique de “nordisation du sud” est menée à outrance aux dépens des dirigeants de l’ex-Front de libération. La mainmise de Hanoi s’est étendue sur le Sud jusqu’au niveau des districts. Rares sont les cadres supérieurs de l’ex-Front promus aux postes-clés du Parti et de l’Etat. Ainsi, sur treize membres du politburo par exemple, on ne comptait qu’un seul sudiste (Vo Van Kiet) à l’issue du sixième congrès (décembre 1986), et trois seulement après le septième congrès (juin 1991) tous “réformistes” : le premier ministre Vo Van Kiet et ses deux protégés, Phan Van Kai, vice-premier ministre, et Vo Tran Chi, premier secrétaire du Parti à Hô Chi Minh-Ville. Les dix autres membres du politburo sont des conservateurs purs et durs originaires du Centre et du Nord-Vietnam.

Certains dirigeants “historiques” de l’ex-Front national ont alors voulu s’unir pour défendre les intérêts et les droits des anciens de la Résistance. Ils n’avaient rien à perdre. Ainsi le “groupe des Trân”, selon le nom de famille de trois dirigeants révolutionnaires : le général Trân Van Tra, ex-président du comité militaire de gestion de Saigon-Cholon-Gia Dinh en 1975, le professeur Trân Van Giau et Trân Bach Dang. Ce groupe a créé une association privée “Hoi Cuu Khang-Chien” (Association des anciens résistants), ayant ses clubs éparpillés à Hô Chi Minh-Ville et dans les provinces, où l’on peut s’exprimer librement. L’association possède sa propre revue non reconnue par l’Etat, Truyen-Thong Khang-Chien (Tradition de la Résistance), dont le rédacteur en chef est Nguyen-Hô, président du Front patriotique de Hô Chi Minh-Ville, son adjoint étant Ta Ba Tong (ex-haut responsable du Front national de libération du Sud-Vietnam chargé de la propagande auprès des intellectuels du Sud pendant la guerre). Dans une lettre ouverte en date du 22 juin 1989, Nguyen-Hô a critiqué sans ménagement Hanoi, son conservatisme, son autoritarisme, sa violation de la constitution etc. Il exigeait plus de libertés, le pluralisme et le multipartisme. Pour mettre un terme aux vagues de contestation au sein du Parti communiste vietnamien, au moment même où plus d’un million de Chinois manifestent sur la place Tiananmen pour réclamer la démocratie et le multipartisme, pour parer aussi aux conséquences de la crise sans précédent de l’Europe de l’Est, Hanoi décide de frapper fort et à la tête.

– Nguyen-Hô et Ta Ba Tong sont mis sous les verrous. D’autres mesures “subtiles” d’après les hauts fonctionnaires de Hanoi en mission à Paris) sont prises pour éliminer en douceur les “réformistes” (“promotion-sanction”, mission à l’étranger etc.). Ainsi le général Trân Van Tra est “promu” vice-président de l’association de vétérans (Hoi Cuu Chien-Binh), nouvellement créée par l’Etat. Trân Bach Dang, nommé “conseiller” (ayant rang de vice-ministre) auprès du secrétaire général du Parti communiste vietnamien, chargé des affaires médiatiques et culturelles. Tous les deux sont appelés à rejoindre leur poste à Hanoi et, depuis lors, on n’entend plus parler d’eux. Sur l’invitation de l’Association de Vietnamiens patriotes à l’étranger (pro-communiste), le professeur Trân Van Giau vient en visite à Paris pour quelques mois.

Le groupe des Trân se trouve donc démantelé. La contestation continue cependant de se manifester même au sein des plus hautes instances du Parti communiste vietnamien. De source bien informée, le huitième plénum du Comité central (sixième congrès), tenu en mars 1990, est houleux. A l’issue de cette réunion, une très importante décision est prise pour réprimer les “déviationnistes” haut placés:

Trân Xuan Bach, numéro 9 de la hiérarchie communiste, est exclu du politburo et du Comité central. Raisons invoquées : “fautes graves commises par Bach en ce qui concerne le principe de l’organisation du Parti, se traduisant par de mauvais effetsBach se déclare favorable au pluralisme et au multipartisme au cours de sa rencontre avec les intellectuels et les scientifiques à Hanoi, le 13 décembre 1989.

Le colonel Bui Tin, rédacteur en chef du Nhân-Dân, profite de sa mission officielle à Paris pour faire entendre les contestations des “réformistes”. Auteur de plusieurs articles diffusés par la BBC et publiés par la presse occidentale, il dénonce le totalitarisme, l’intolérance et la corruption, et prône l’union, la réconciliation nationale, le pluralisme, le multipartisme. Exclu du Parti, il doit s’exiler en France à partir de 1990.

Les intellectuels et les universitaires du Nord et du Sud-Vietnam contestent aussi, en exprimant de manière pacifique leurs opinions et leurs convictions politiques. Plusieurs vagues d’arrestations ont été opérées. Certains “prisonniers d’opinion” sont condamnés à de lourdes peines :

Hoang Minh Chinh, ex-recteur de l’institut de philosophie de Hanoi publie “La contribution au projet de programme politique” le 22 janvier 1991. Il y dénonce “le dogmatisme, le gauchisme infantile et le maoïsme” du régime. Il exige “le retour à l’Etat de droitIl critique l’absence de démocratie en raison de l’article 4 de la constitution de 1992 en vertu duquel “le Parti communiste vietnamien est l’unique force dirigeant l’Etat et la société

Phan Dinh Diêu, mathématicien et professeur de l’université de Hanoi, fait des déclarations fracassantes devant la presse occidentale. Il demande aux dirigeants vietnamiens de “renoncer au monopole de leadershipAutrement dit, il revendique le pluralisme et le multipartisme. Démis de ses fonctions de directeur adjoint du Centre national de la recherche scientifique du Vietnam, il est “autorisé” pour le moment à enseigner les mathématiques et l’informatique.

Le docteur Nguyen Dan Que, ex-professeur de la faculté de médecine de Saigon, membre d’Amnesty International, incarcéré sans jugement pendant dix ans (1978-1988). Remis en liberté, il est de nouveau détenu et accusé “d’activités visant à noircir le régime et à renverser le gouvernementIl est condamné par le tribunal populaire de Hô Chi Minh-Ville à vingt ans de prison ferme en novembre 1991.

Doan Viet Hoat, ex-professeur de l’université bouddhique Van-Hanh à Saigon, incarcéré sans jugement de 1976 à 1988. Récidiviste, il est accusé “d’avoir créé le forum libre, une organisation politique visant à renverser le pouvoir révolutionnairevingt ans de prison ferme.

D’autres opposants détenus depuis 1990 sans jugement et dont on est sans nouvelles : le poète To Thuy Yen, plusieurs journalistes : Ho Nam, Nhu Phong, Pham Tai Thuy, Chau Son, Nguyen Van Tan, etc.

II – Représailles contre les paysans en révolte

dans le delta du Mékong

Des manifestations paysannes ont eu lieu dans plusieurs provinces du delta du Mékong en 1987-1988, mais elles ont été pratiquement ignorées en Occident en raison de la censure des médias et de la politique de “repli sur soiDe sources bien informées provenant de Hô Chi Minh-Ville et confirmées par les hauts fonctionnaires vietnamiens en mission à Paris, ainsi que par nos enquêtes auprès des réfugiés venant des provinces concernées, nous pouvons affirmer ce qui suit :

La première manifestation s’est déroulée en septembre 1987 à Mo Cay, district de la province de Ben Tre, à 100km au sud de Hô Chi Minh-Ville. Ce district est célèbre pour son “soulèvement général” (Dong Khoi) du 20 décembre 1960 qui marqua le prélude de la guerre de “libération” du Sud-Vietnam.

Deux autres manifestations paysannes ont ensuite eu lieu, toujours dans le même district, en avril et mai 1988. Organisée par les anciens résistants de l’ex-Front de libération, la dernière manifestation fut la plus sanglante. Armés de haches, de couteaux et de pioches, les manifestants avaient occupé les rizières coopératives. Leurs principales revendications étaient : le retour à la propriété privée et au faire-valoir direct des terres, et la baisse de la taxation agricole. Les interventions musclées de la police firent plusieurs blessés graves, dont Hai Sinh, cadre à la retraite, responsable de la manifestation, qui sera ensuite incarcéré.

Les paysans organisent encore deux autres manifestations, à Hô Chi Minh-Ville cette fois, le 12 août et les 9-10 novembre 1988. Celle-ci mobilisait environ 1000 paysans selon l’AFP et avait été précédée de plusieurs autres dans les provinces du delta du Mékong.

Finalement, Hanoi sera obligée de satisfaire partiellement certaines des revendications paysannes :

Chaque coopérateur est désormais responsable d’une parcelle des rizières collectives, ainsi que de huit étapes rizicoles (3) au lieu de cinq ou six auparavant. C’est le retour à l’ancien mode d’exploitation individuelle dans le Sud, sauf les terres “appartenant au peuple tout entier” (art. 17 de la constitution de 1992).

Baisse de la taxation agricole : de plus de 80% pour toutes les cultures elle est ramenée à 60% pour la riziculture, à 70% pour les autres cultures.

La durée du bail, selon la loi sur la terre votée par l’Assemblée nationale le 15 juillet 1993 (4), est fixée à 20 ans pour les rizières, à 50 ans pour les terres consacrées aux cultures pluriannuelles. Le bail est renouvelable à condition de respecter les clauses qui y sont mentionnées.

Chaque famille paysanne a le droit d’exploiter au maximum trois hectares de rizière.

Ces demi-mesures ne satisfont pas les paysans qui continuent à souhaiter le retour au droit de propriété privée et au faire-valoir direct des terres. La constitution de 1992 et la nouvelle loi sur la terre visent toujours à transformer les paysans en “fermiers d’Etat” liés par un bail qui peut d’un jour à l’autre être résilié par le gouvernement pour des raisons politiques, par exemple pour “anti-socialismePrivés de terres et marginalisés par le régime, les paysans et leur famille ne peuvent survivre que difficilement, comme leurs collègues nord-vietnamiens lors de la réforme agraire sanglante de 1955-1956. Quoiqu’en baisse, la taxation agricole demeure encore élevée. Le revenu des terres, en 1992 par exemple, ne leur permet pas de joindre les deux bouts, en raison de lourdes charges d’exploitation. En dépit de bonnes récoltes, bon nombre de paysans sont en faillite, compte tenu du bas prix du paddy sur le marché (en moyenne autour de 750 à 800 dong : un franc = 2000 dong), égal ou même inférieur au prix de revient. Les paysans ne sont pas intéressés à améliorer le rendement de leurs parcelles, puisque les terres ne leur appartiennent pas. La limitation à trois hectares par famille déçoit ces anciens exploitants moyens qui possédaient plus de trois hectares. Tout ceci se traduit par l’abandon de terres à l’ouest du delta du Mékong encore peu peuplé et où les rizières manquent de bras.

III – Répression à l’encontre des dirigeants religieux

Aux deux mouvements de contestation issus des milieux intellectuels et paysans, il faudrait ajouter la résistance non-violente, mais effective, opposée au contrôle étatique par les grandes religions. Les récentes manifestations de cette résistance ont été largement décrites et commentées dans Eglises d’Asie. Qu’il suffise de dire ici que de plus en plus, les autorités gouvernementales donnent des signes d’impuissance devant le refus résolu des diverses hiérarchies religieuses de se soumettre à certaines directives qui attentent à leur indépendance.

Du côté catholique, l’affaire récente de la nomination de Mgr Huynh Van Nghi comme administrateur apostolique à Hô Chi Minh-Ville, en septembre dernier, est typique de l’état actuel des relations entre les pouvoirs et l’Eglise catholique. Au mois de septembre, l’Etat vietnamien avait voulu opposer un refus public et bruyant à la nomination par Rome d’un administrateur apostolique pour le diocèse de Hô Chi Minh-Ville (5). Mais il n’a pu pour le moment imposer sa décision, ni au clergé de Saïgon qui a unanimement soutenu la nomination romaine, ni au principal intéressé, Mgr Nghi qui, dans la discrétion, continue d’exercer les fonctions d’administrateur reçues de Rome. Par ailleurs, à chaque réunion de la Conférence épiscopale, par l’intermédiaire d’une pétition adressée au premier ministre, les évêques rappellent au gouvernement les libertés qui manquent encore à l’Eglise. La dernière assemblée des évêques à Hô Chi Minh-Ville, en octobre dernier n’a pas failli à cette coutume (6).

En condamnant, le 15 novembre 1993, à des peines de prison (7) quatre des religieux bouddhistes arrêtés récemment, l’Etat a certes manifesté davantage de brutalité contre l’esprit d’indépendance qui anime la hiérarchie de l’Eglise bouddhique unifiée, depuis la mort de l’ancien patriarche, Thich Dôn Hâu et l’avènement d’un nouveau leader spirituel en exil Thich Huyên Quang. Cependant, il est peu probable que ces mêmes autorités puissent faire obstacle à ce mouvement, qui semble maintenant gagner les rangs de l’Eglise contrôlée par l’Etat, à savoir l’Eglise bouddhique du Vietnam, fondée en 1981 et placée sous le patronage du Front patriotique.

IV – Conclusion

En somme, Hanoi campe sur ses positions et se montre plus ferme que jamais face aux vagues de contestation. Les autorités font la sourde oreille et condamnent sans équivoque les “réformistesqualifiés de “démagogues” et d’“opportunistes”Il n’est pas question de séparer le pouvoir du Parti et celui de l’Etat8). Tout en réaffirmant la politique d’ouverture économique, le secrétaire général sortant, Do Mui, déclare dans le discours de clôture du septième congrès que “rien ne peut ébranler le Parti et le peuple décidés à poursuivre la voie du socialismeLe général Le Duc Anh enfonce le clou lors de son investiture aux fonctions de chef de l’Etat en septembre 1992 : “il faut un gouvernement fort pour sortir le pays de la crise socio-économique, pour lutter contre les phénomènes négatifs et progresser vers le socialismeForce est de constater que la répression accrue, au lieu d’étouffer les foyers d’opposition, provoque des effets pervers. Ils ont tendance à s’amplifier et à progresser du Sud vers le Nord-Vietnam. Au moment où Hanoi cherche à convaincre, à attirer les investisseurs occidentaux, à accéder aux crédits internationaux (FMI, Banque mondiale, Banque de développement de l’Asie) seuls capables de financer de grands travaux, telle la remise en état des infrastructures du pays, les mouvements contestataires risqueraient de remettre en cause les prêts prévus par ces organisations financières et, par voie de conséquence, de nuire à son plan de relance et de développement de l’économie nationale. Avec l’ouverture croissante du Vietnam sur l’étranger, Hanoi a du mal à camoufler, à minimiser le malaise politique et les incidents qui opposent la population au régime. Sous la pression internationale, il libère certains prisonniers d’opinion pour redorer son blason :

Trois écrivains en novembre 1991, Duong Thu Huong, Doan Quoc Sy (âgé de 70 ans, arrêté en 1984 et condamné à neuf ans de prison ferme pour “avoir fait de la propagande anti-socialiste visant à renverser le gouvernementet Nguyen Chi Thien, poète, incarcéré pendant trente ans.

Quelques prêtres catholiques : Le Thanh Quê, l’un des neuf jésuites détenus depuis 1980-1981, condamné en 1983 à quinze ans de prison ferme pour “propagande contrerévolutionnaire et complot contre le gouvernementLe Van Tien et Nguyen Van Ly, libérés en 1992 ainsi que le P. Chan Tin et M. Nguyen Ngoc Lan.

Quelques cadres dissidents du Parti, comme Nguyen Ho et Ta Ba Tong.

En dépit de l’effort déployé, Hanoi n’a pas réussi à changer l’opinion de l’Occident. Celui-ci n’est désormais plus dupe. Ainsi Amnesty International continue à demander le respect des droits de l’homme. Tout en levant partiellement l’embargo commercial en 1992-1993, les Etats-Unis refusent toujours de normaliser leurs relations diplomatiques avec le Vietnam bien que celui-ci ait fait “un pas en avant” en retirant son corps expéditionnaire du Cambodge et en coopérant avec Washington dans le programme de recherche des soldats américains disparus pendant la guerre.