Eglises d'Asie

Les violentes émeutes antichinoises de Medan posent à nouveau la question de la stabilité sociale après Suharto

Publié le 18/03/2010




Les violentes émeutes antichinoises qui ont secoué Medan, troisième ville du pays, pendant dix jours sont les plus graves que l’Indonésie ait connues depuis longtemps. Elles faisaient suite à un conflit social sur les salaires. Elles ont aussi montré que la situation sociale est à nouveau devenue imprévisible. Ceci a incité un certain nombre d’observateurs à se demander quels sont les groupes aujourd’hui en présence dans la lutte pour le pouvoir qui se prépare en coulisses pour la succession du président Suharto. Certains de ces groupes ne seraient pas étrangers aux troubles survenus à Medan et d’autres conflits potentiels existent qui pourraient être activés de la même manière et pour les mêmes raisons.

Tout aussi significatif que les émeutes de Medan est le scandale financier qui a agité le pays autour de la banque d’Etat Bapindo. Celle-ci a perdu 600 millions de dollars pour un crédit accordé à une petite compagnie contrôlée par un Indonésien d’origine chinoise. L’affaire, financièrement onéreuse, jette aussi une ombre de suspicion sur deux piliers du régime en place, Sudomo, ancien ministre de la Sécurité et des affaires politiques, et J.B. Sumarlin, ancien ministre des Finances : il se trouve que tous les deux sont chrétiens.

La couverture médiatique du scandale de la banque Bapindo a mis très largement l’accent sur de supposés liens entre l’élite politique au pouvoir, la communauté chinoise capitaliste et les chrétiens qui ne forment que 10% de la population mais jouissent, selon certains intellectuels musulmans, d’une influence sans rapport avec leur nombre réel. Même si l’hostilité interethnique ou interreligieuse n’est pas vraiment répandue dans un pays qui reste très largement marqué par une tradition séculaire de tolérance, on peut s’inquiéter à l’idée que des conflits sociaux localisés, comme celui de Medan, pourraient être utilisés dans la lutte pour le pouvoir au sommet de l’Etat et que les minorités ethniques ou religieuses pourraient être prises comme boucs émissaires.