Eglises d'Asie

En huit ans, les conflits internes ont provoqué le déplacement d’un million et demi de personnes

Publié le 18/03/2010




De 1986 à 1993, environ un million et demi d’habitants du pays ont dû partir de chez eux, expulsés par l’armée ou fuyant les zones de combats entre forces gouvernementales et rebelles communistes ou musulmans. Les circonstances de leur exode, leurs conditions de vie ensuite sont rarement signalées par les médias. Soixante-dix représentants d’une quarantaine d’organisations non gouvernementales viennent d’évoquer ce problème du 8 au 10 juin 1994 à Quezon City, au nord de Manille, à l’initiative du mouvement oecuménique pour la justice et la paix.

Le déplacement des familles, a expliqué l’un des participants, Bonifacio Gillego, ancien militaire, résulte de la stratégie adoptée par l’armée pour combattre l’insurrection. Cette stratégie comporte quatre phases : nettoyer, tenir, consolider, développer. Le “nettoyage” consiste à “déloger les formations armées rebelles de leurs bases populaires ou à forcer la population rurale à évacuer d’un coup tous les points d’appui des rebelles, par des opérations militaires prolongées et massives”.

“La masse des réfugiés n’est donc pas l’effet de désastres naturels, mais de l’action des hommes”, a constaté Mgr Gabriel Garol, de l’Eglise unie du Christ. “Les mesures du gouvernement pour rétablir la paix civile et l’ordre, ses programmes de développement conçus en principe pour le bien de la population ont contribué à faire beaucoup de victimes innocentes. Le problème des réfugiés de l’intérieur est donc politique. Et c’est un problème urgent”.

C’est pourquoi la conférence nationale de Quezon City a réclamé un effort d’information sur les réfugiés de l’intérieur. L’opinion publique ignore leurs conditions de vie, parce que les médias évitent d’en parler. Cheryl Phalasol, qui travaille dans une équipe d’aide au développement humain de Lanao, a cité l’exemple des vaines tentatives de l’équipe pour faire paraître dans les journaux de Manille des articles sur la situation de quatre mille Moros musulmans de la province de Lanao del Sur dans l’île de Mindanao.