Eglises d'Asie

Le culte des ancêtres amène de plus en plus de gens à se rapprocher de l’Eglise catholique

Publié le 18/03/2010




Bien qu’un certain nombre de Coréens catholiques observent strictement le tabou qui frappait autrefois le culte des ancêtres, l’attitude aujourd’hui plus conciliante de l’Eglise attire maintenant certains non-chrétiens attachés à la tradition. La vénération des ancêtres est au coeur de la fête de Chusok, une des plus importantes du calendrier coréen. Elle est célébrée le quinzième jour du huitième mois lunaire qui, cette année, tombait le 5 octobre. Malgré d’énormes embouteillages, beaucoup de citadins quittent les villes pour accomplir les rites de Chusok à l’égard des ancêtres et retournent sur les lieux d’origine de leur famille, dans les cimetières placés traditionnellement, selon les principes de la géomancie, au flanc d’un coteau ouvert au “fungsu” (le vent et l’eau), qui correspond au “feng shui” des chinois.

Pourtant, des Eglises protestantes et certains catholiques rejettent toujours la tradition. Ma famille n’observe pas les rites ancestraux de Chusok parce que mes parents et grands parents les refusaient en accord avec l’enseignement de l’Eglise“, raconte Pierre Kim Sun-ik, un catholique. Quoique l’Eglise ait récemment autorisé de faire mémoire des ancêtres à Chusok, à l’occasion de l’anniversaire de leur mort ou de leur naissance, tout cela m’est étrangerdit-il. En Corée du Sud, l’Eglise catholique autorise maintenant les laïcs à observer les rites des ancêtres, mais les petits livrets prévus pour les y aider n’ont pas encore été approuvés par la Conférence des évêques bien qu’ils soient en préparation. En général, des prières adressées à Dieu devraient être récitées avant d’accomplir les rites. Quant aux tablettes sur lesquelles sont inscrits les noms des défunts, elles ne devraient pas être utilisées.

Cependant, malgré les différences existant dans les conseils personnels donnés aux uns et aux autres par tel ou tel évêque ou prêtre, l’Eglise catholique est reconnue comme tolérante et respectueuse des rites traditionnels de respect envers les défunts et les ancêtres. Ce n’est pas le cas des Eglises protestantes. Notre Eglise a interdit aux croyants les rites ancestraux de Chusok et la célébration des autres jours de commémoration tel que l’anniversaire d’une mort, parce que ces rites pourraient conduire à l’idolâtrie“, explique le Pasteur Paek Sun-ki de l’Eglise presbytérienne Hindol (pierre blanche) de Séoul.

Cette différence, les catholiques baptisés à l’âge adulte ces dernières années la connaissent bien. Tel, Leo Yoon Kong-ryong, baptisé en 1990 : J’ai été élevé par mes parents, confucianistes scrupuleux, qui regardaient les rites des ancêtres comme le devoir fondamental de toute piété filiale. C’est pourquoi j’hésitais à devenir catholique à cause de ce problème des rites. Finalement, je me suis décidé quand j’ai appris que l’Eglise catholique les autorisait. Depuis que je suis catholique, je remplis mes devoirs à chaque Chusok et à chaque anniversaire des défunts de ma famille“.

Quand la foi catholique a été introduite de Chine par des lettrés coréens confucianistes, il y a 200 ans, l’un de leurs grands problèmes fut de savoir s’ils pouvaient ou non accomplir le rite des ancêtres. Ces lettrés avaient étudié la foi dans des livres catholiques écrits en chinois, sans l’aide d’aucun étranger et, bien sûr, ne comprenaient pas toute la doctrine exposée dans ces livres. L’un d’entre eux alla consulter Alexandre de Guvea, évêque de Pékin de l’époque, qui lui dit que ce n’était pas bien d’offrir des sacrifices aux ancêtres. L’évêque leur expliqua que les morts ne pouvaient pas manger les offrandes de nourriture. Certains lettrés coréens comme Paul Yun Ji-chung et Jacob Kwon Sang-yon suivirent les recommandations de l’évêque de Pékin. Yun et Kwon furent les premières victimes des persécutions qui survinrent en Corée, après avoir refusé de faire l’offrande d’un sacrifice à leurs parents, en 1791. Les catholiques coréens continuèrent ainsi à refuser d’accomplir le culte des ancêtres, ce qui les fit passer pour des bruteset provoqua les persécutions qui firent 10 000 martyrs en l’espace d’une centaine d’années.

Après le deuxième concile du Vatican, des demandes furent présentées par un certain nombre de théologiens coréens pour que certaines formes de vénération des ancêtres soient autorisées. Les églises locales, finalement, commencèrent à organiser des rites pour les défunts avec prières catholiques et lectures bibliques. C’est peut-être pour ne pas apparaître comme rejetant encore une fois les rites de ancêtres que Yun et Kown ne figurèrent pas sur la liste des 103 martyrs coréens canonisés par Jean Paul II à Séoul en 1984. Cette controverse sur les rites des ancêtres a été au coeur de la querelle des rites qui divisa très tôt l’effort missionnaire en Chine.