Eglises d'Asie

DEBOUT DANS L’ESPÉRANCE

Publié le 18/03/2010




Message pascal de la Conférence épiscopale indonésienne

Chers frères et soeurs.

Il y a plusieurs mois déjà que l’année 1999 est commencée, avec ses défis, mais aussi ses appels du Seigneur, fidèle à ses promesses. Nous venons de vivre le Carême, temps de conversion et d’espoir pour la paix. C’est dans la joie que nous allons fêter Pâques, gage de résurrection, de salut et de victoire. Levons-nous et demeurons dans l’espérance. En vue du Grand Jubilé de notre Salut, tout le peuple indonésien, rempli d’espérance entrera dans une ère nouvelle, celle d’une réforme profonde. Les élections de 1999 veulent inaugurer une perspective nouvelle de lutte en faveur d’une vie sociale et politique plus saine, d’une démocratie plus respectueuse de la dignité et des droits de l’homme, créature et image de Dieu.

Prolongement de la crise et des inquiétudes

Le fardeau et les souffrances que nous endurons sont la conséquence des événements des années passées et sont très lourds à supporter. Dans plusieurs régions, des événements tragiques continuent de nous surprendre, avec des violences et des brutalités qui continuent d’augmenter en fréquence et en intensité, avec leur cortège de victimes. Nous sommes tristes et inquiets face à cette évolution: la vie humaine aurait-elle de moins en moins de valeur? Tout cela est le reflet de la dégénérescence morale qui affecte notre pays dans tous les domaines et à tous les niveaux, ainsi que nous l’avons signalé il y a deux ans (Lettre Pastorale des évêques, Carême 1997). Le peuple et l’Eglise d’Indonésie sont profondément affectés, inquiets et désorientés. Non seulement la fin de la crise n’est pas en vue, mais elle continue de s’étendre et de s’aggraver. Aucune amélioration sensible de l’économie n’est perceptible. De nombreux enfants sont contraints de quitter l’école, leurs soins sont mal assurés. Ceux qui souffrent de pauvreté et de sous-alimentation sont de plus en plus nombreux.

En même temps, n’apparaît aucun changement chez ceux qui portent la responsabilité du pays. Ils font comme si tout se déroulait normalement, qu’il n’y avait aucun problème sérieux et urgent. Même s’ils sont prêts à reconnaître que des problèmes existent, rien n’est fait pour y remédier. Devant tout cela, les gens ne savent que faire, ils ont peur, se méfient les uns des autres, et ne savent plus à qui faire confiance. Beaucoup sont en colère, mais contre qui se mettre en colère? Beaucoup se laissent gagner par l’apathie, le désintérêt, la tentation du désespoir, parce qu’on ne voit pas de raisons d’espérer. Dans le même temps, les tambours de la réforme qui, un temps, ont résonné et ont suscité l’espoir d’un changement, semblent s’éloigner et être de plus en plus utilisés comme un slogan et un outil de propagande politique. Le mal, semble-t-il, a pris possession de nous et maintient son emprise.

Dans une telle situation, les questions qui reviennent souvent sont celles-ci: Allons-nous rester encore longtemps dans cette situation de désordre, de peur, d’instabilité ? Que faire? Attendre simplement un sort meilleur ? Faire prévaloir le sauve-qui-peut, pour soi, sa famille et son clan? Accepter la division ou le cloisonnement sur une base ethnique, religieuse, ou régionale? Se résigner à ce que notre vie soit anéantie pour rien ? Laisser le mal, en nous-mêmes et dans la société, prendre le dessus et réduire la vie de nos familles, de nos enfants et petits-enfants, à néant?

Le Seigneur ne désire pas la perte de ses créatures. Il ne cherche pas à tourmenter l’homme. Sa miséricorde et son amour sont infinis. L’homme seul est la cause de ses propres souffrances. Aussi Dieu nous invite-t-il à rester debout en tant que personne, communauté, peuple. Il nous appelle à collaborer avec lui pour atteindre le but ultime de la création; à savoir que tous les hommes soient heureux et deviennent une seule famille dans l’amour fraternel véritable, avec un seul Dieu et Père de tous. Dans la situation difficile actuelle, nous vous disons: “N’ayez pas peur” petit troupeau, car Dieu prend soin de nous. A tout le peuple nous disons: “N’ayez pas peur”, de quelque race, ethnie, culture ou origine que vous soyiez, car dans son amour Dieu prend soin de chacun plus que des oiseaux du ciel et des fleurs des champs (cf Mat 6, 25-34). Des gens mal intentionnés peuvent délibérement faire naître en nous la peur pour commettre des méfaits plus grands au bénéfice de quelques-uns.

Nos comportements et attitudes

En lien avec la vie sociale et nationale, il nous semble nécessaire de prendre une position nette ainsi que des décisions concrètes. En toute humilité, il nous faut accepter et reconnaître notre situation de pécheurs. Aucun d’entre nous, y compris dirigeants et responsables politiques, ne peut se prévaloir avec certitude d’avoir agi sans faute. Nous sommes coupables non seulement en faisant le mal, mais aussi en ne faisant pas le bien. Il nous faut non seulement déchirer nos vêtements, mais aussi déchirer notre coeur et revenir vers le Seigneur notre Dieu, car il est plein d’amour et de bonté, patient et riche en grâce (Joël 2, 13). Il s’attriste de voir notre malheur.

Avec la nation toute entière, nous devons avoir une morale saine et une vie de foi purifiée. Nous devons abandonner et combattre tout ce qui est mensonge, falsification, convoitise. Il ne faut plus utiliser les autres, la religion ou même Dieu à des fins personnelles ou pour le compte de groupes restreints. Nous devons, en premier lieu, chercher le Seigneur et son Royaume et tout le reste nous sera donné par surcroît (Mat 6, 33). En toute chose, priorité doit être donnée à la dignité de chacun et au bien commun. Il est indispensable que nous apprenions à respecter la différence et la diversité et les recevoir comme une richesse et une grâce du Seigneur, et non comme une menace.

Avec la nation toute entière, nous avons la volonté de reconstruire notre pays, abimé par l’égoïsme, l’intérêt personnel, les pratiques frauduleuses, le désir d’avoir toujours raison, le refus de l’autre, la vengeance et la colère furieuse.

Nous devons nous battre pour la suprématie du droit et une justice honnête. Le faux doit être déclaré faux et le vrai tenu pour vrai. Si la justice ne remplit pas son rôle, tout repère disparaît, tout espoir est vain et ne reste que le mensonge. Nous devons être solidaires, ne serait-ce que modestement, de ceux qui sont frappés de plein fouet par la crise et les violences, ceux qui sont pauvres et affamés, ceux qui vivent dans la peur et l’angoisse. Cette solidarité est pour nous le critère de la vérité de notre engagement; pour les membres du gouvernement et les responsables, elle est la preuve de la sincérité de leur dévouement.

Nous devons avoir en vue et rappeler que le développement économique de notre pays se fera en s’appuyant sur les principes moraux tels que le sens de l’homme, la justice, l’esprit communautaire. Nous ne pouvons plus laisser l’économie devenir le monopole de quelques-uns qui l’utiliseraient à leur profit exclusif et en feraient un instrument de discrimination sous une forme ou sous une autre.

Il nous faut approfondir davantage l’enseignement de notre foi. Celle-ci se mesure à notre amour de Dieu et du prochain et non à la solennité extérieure des cérémonies et des rites. Veillons à ce que les religions ne nous divisent pas et ne nous poussent pas à vivre en ghettos. Nous souhaitons que le gouvernement se tienne au-dessus de tous les groupes et agisse de façon juste et équitable pour chaque citoyen, sans discrimination. Nous devons prier pour nos dirigeants, afin qu’ils changent, assument leurs responsabilités en toute honnêteté et sincérité et qu’ils placent en premier lieu les intérêts et le salut de la nation.

Il nous faut persévérer dans la patience et l’espérance grâce à notre foi et compter sur le bien, qui finira par l’emporter. Ne gaspillons pas nos forces, notre temps et nos biens, car les difficultés économiques actuelles vont peut-être perdurer. Ce serait vouloir nier l’homme que de privilégier des besoins secondaires, alors que beaucoup sont privés des besoins les plus élémentaires.

Le sentiment de sécurité est important et se protéger est un devoir pour chacun. On peut donc comprendre, et cela n’est nullement répréhensible, que certains, se sentant menacés, doivent chercher refuge y compris à l’étranger, pour mettre à l’abri leur famille, en premier lieu les enfants et les adolescents.

Mais n’oublions pas pour autant notre vocation et notre devoir. Nous vivons avec le peuple: cela n’a pas de prix et nous rend plus forts pour combattre la violence et pour construire l’avenir. Ne nous laissons pas envahir par la panique et ne restons pas indifférents au sort de notre prochain. Nous sommes citoyens de ce pays et nous devons le défendre. Marchons main dans la main avec les hommes de bonne volonté pour proclamer la vérité, nous opposer au mal et défendre la justice. Commençons par ce qui est simple et à portée de main: notre domicile et notre lieu de travail. Gagnons honnêtement notre vie en travaillant avec droiture et sérieux; soyons attentifs à celui qui souffre, solidaires de nos frères, aussi limité et difficile que ce soit. Mais reconnaissons humblement que nous aussi sommes souvent gagnés par la peur, par l’égoïsme, plus enclins à critiquer et à nous plaindre qu’à faire quelque chose de concret et de positif.

Nous devons être déterminés à tout faire pour reconstruire notre pays, surtout dans le domaine moral et dans la vie de foi et dans les relations avec autrui. C’est avec l’ensemble de la nation que nous devons agir pour une société équitable, prospère, sûre, qui respecte la dignité et les droits de l’homme. Nous devons prendre conscience que nous sommes coupables non seulement lorsque nous avons des pensées, paroles ou actions mauvaises, mais aussi lorsque nous ne cherchons pas à donner le meilleur de nous-mêmes.

Nous refusons toute violence et sommes déterminés à ne pas répondre à la violence par la violence. Pourtant cela semblerait aller de soi, surtout pour défendre ce qui pour nous est sacré et touche à la foi. Selon l’esprit de Jésus, notre Bon Pasteur, Dieu n’a pas besoin d’être défendu par la violence (cf Mc 26, 51-55). Ne vivons pas de rumeurs et n’en colportons pas. Au contraire, soutenons activement tout ce qui est communication, échange d’idées et d’informations. Selon la mesure de nos possibilités, soutenons moralement et matériellement tout mouvement pour le renouveau, la justice, les droits de l’homme, l’égalité des droits et une liberté responsable. Défendons et protégeons la vie humaine à toutes les stades de son développement.

Nous prenons la défense de quiconque est traité injustement, et nous soutenons le mouvement pour un renouveau non violent, spécialement de la part de la jeunesse. Nous avons de l’estime pour une presse libre, mais soucieuse de donner une information exacte et qui éduque. Nous apprécions la détermination de la civitas academica, des fonctionnaires et des forces de l’ordre à se réformer et à maintenir une fonction critique. Mais nous espérons de leur part bonne volonté, sincérité, honnêteté, esprit de service, sens de la justice et de l’homme, ainsi qu’un sens droit de la nation.

En toute sincérité, nous nous dressons avec une ardeur nouvelle pour vivre en amis, partageant le même sort, le même fardeau, le même chemin que tous nos concitoyens. Ne laissons pas le statut social opérer un clivage entre nous. C’est en vivant en frères que nous pouvons empêcher les crimes et la violence, que nous pouvons écarter la peur, l’angoisse et les désordres.

Notre capital en tant que peuple

En fait, nous avons des raisons objectives de croire en la réussite des efforts de notre peuple pour se libérer de ses entraves et pour reconstruire la nation. Cette volonté de changement est perceptible, surtout chez les jeunes, les universitaires, les intellectuels, les défenseurs du droit, de même que dans les groupes qui servent la cause du peuple et les mouvements de conscientisation. En même temps, nous exprimons notre espoir que ce mouvement de réforme soit pur et devienne le bien propre de toute la nation. Nous sommes rassurés de pouvoir être les témoins d’une prise de conscience et, au-delà des frontières ethniques et religieuses, d’un mouvement qui privilégie l’intérêt national. On trouve là le souci du prochain, surtout des délaissés, des pauvres et des faibles, y compris la défense des droits des femmes et des enfants.

Nous nous réjouissons d’une prise de conscience de plus en plus grande par rapport aux valeurs du droit, de la démocratie, de la liberté et de la justice, des particularismes culturels et coutumiers dans une société très diverse. C’est pourquoi nous saluons, soutenons et encourageons les mouvements et groupes de solidarité avec les victimes des émeutes, de l’injustice, de la violence, de la pauvreté et de l’oppression, quelles qu’elles soient.

Qu’il y ait des partis à orientation et à visée nationales et ardents défenseurs de la démocratie, nous paraît une force pour un avenir et un développement prometteurs. Que parmi les gouvernants et les personnalités se fassent entendre des voix de plus en plus fortes en faveur de la vérité et du bien commun renforce encore notre espoir en un avenir meilleur.

Le mouvement des femmes et des mères est une force pacifique d’un impact toujours important. Il est la marque d’un amour et d’une sensibilité profonds qui, en même temps, confèrent droiture et sincérité à la lutte pour la vie de la nation.

Notre espoir et notre force reposent sur la conviction que nos concitoyens ont une conscience claire et pure, car ce sont eux qui, finalement, tiennent les clés d’un avenir qui ne pourra pas être toujours dévoyé et dominé par le mal.

Bien sûr, il nous faut sans cesse renouveler notre foi en la grâce et l’amour de Dieu qui est juste, et en la vérité qui peut vaincre le mensonge et la tromperie. Prier et agir avec le peuple des croyants en s’appuyant sur la vérité et la bonté divines: ainsi nous éviterons l’éclatement et l’affrontement, et nous ne serons pas les victimes de la cupidité, de l’arbitraire et de la malhonnêteté de quelques-uns.

Les élections

En lien étroit avec le mouvement de renouveau et de réforme de la nation, atteinte de tant de maux, plaies, blessures, au milieu d’innombrables tâches encore en suspens, nous abordons les élections de juin 1999. Les élections sont une application de la souveraineté du peuple, d’autant plus que les réformes en cours sont perçues comme un recouvrement de sa souveraineté par le peuple, laquelle fut dévoyée par les responsables politiques qui ont fait de leur pouvoir un absolu.

Nous allons élire nos représentants qui vont siéger au Parlement (DPR). Avec les représentants des groupes et des régions les députés forment le MPR. Le MPR fixe les grandes lignes de la politique et élit le Président. Le Président formera le Cabinet, duquel dépend l’avenir de notre peuple. Par les élections nous choisissons des députés et des dirigeants dignes de confiance, en raison de leur caractère, de leur compétence et de leur sens de la nation. Nous devons développer la démocratie, redonner sens à la souveraineté du peuple et mettre en oeuvre le sens de la nation et de l’unité.

Nous espérons que les prochaines élections seront plus libres, honnêtes et impartiales, et propres. Dans ce cas, nous sommes en droit d’espérer la poursuite de la réforme dans tous les secteurs, bien que cela représente un processus de longue haleine avec ses hauts et ses bas, en suivant un chemin en zig-zag et semé d’embûches. Cela fait partie de la lutte incessante pour la démocratie.

Pour que cet espoir puisse se réaliser et pour offrir plus de garantie à nos aspirations, voici ce que nous souhaitons vous transmettre :

Premièrement, usez au mieux de votre droit de vote, avec un sens aigu de votre responsabilité, pour le bien et le salut de l’ensemble de la nation. Dès maintenant, pendant la préparation et le déroulement des élections, et ensuite, soyez vigilants sur tout détournement d’argent, de pouvoir, de position et de facilité donnée par l’Etat. Nous devons éviter tout ce qui peut être source d’éclatement et de ghetto, de tromperie et de manipulation. Usez de votre droit de vote selon une conscience claire en évaluant l’histoire, la qualité et l’orientation des partis, de même que les candidats présentés et les programmes proposés. Choisissez le parti qui l’emporte sur le plan moral et est loyal aux intérêts de la nation, à l’unité et à la vie ensemble. Ne vous laissez pas leurrer par un nom, des promesses, ou un symbole donné, car ce ne sont là qu’éléments secondaires. Sincèrement, nous sommes d’avis qu’il ne faut pas voter pour des partis qui, en raison d’intérêts particuliers ou à cause du passé qui nous vaut tant de souffrances, ne soutiennent pas à fond les réformes. En même temps, nous demandons à tous les dirigeants et militants de partis politiques de donner la priorité aux réformes et aux intérêts de la nation, de ne pas faire une politique de l’argent ni de copinage, ni politiser la religion, ni utiliser la violence, le mensonge ou la manipulation.

Deuxièmement, pour offrir une meilleure garantie à la bonne tenue des élections, prenons part, dans la mesure de nos moyens, à l’éducation des masses pour que leur vote soit plus éclairé et plus responsable. Nous devons également collaborer avec diverses instances pour veiller à ce qu’il n’y ait ni violence, ni manipulation, ni fraude pendant toute la durée des élections. Tous doivent bien prendre conscience de ceci: nous ne pouvons espérer une amélioration et un progrès dans le pays qu’à la seule condition d’avoir des élections normales, sans violence ni fraude, et de voter pour des représentants et des dirigeants dignes de confiance. Sinon, pauvreté et abêtissement, violence, cruauté, sauvagerie et anéantissement, voilà ce que subira notre peuple.

Autonomie des Régions

De nombreuses voix mettent en avant l’importance de l’autonomie des régions. En vérité, on touche là des points importants, comme le respect de la dignité humaine, la reconnaissance des particularismes ethniques et/ou régionaux et, de façon plus large, la reconnaissance de la créativité et de la mise en oeuvre des potentialités des citoyens. Ce point est très fortement ressenti du fait de l’inégalité de traitement dans le passé, d’un gouvernement central hégémonique, de pouvoirs centralisés, de l’arbitraire et de l’injustice.

Respectons et soutenons le mouvement qui pousse à la reconnaissance des particularismes des régions et des groupes. Nous espérons et prions pour qu’une autonomie régionale se mette en place avec un sens de plus en plus profond de l’unité et de la fraternité. Mais que cela ne tourne pas en une nouvelle hégémonie, où règneraient corruption, collusion et népotisme, où les petits et les faibles ne seraient pas traités également et resteraient sans protection, et où un goupe en coloniserait un autre. L’autonomie régionale ne signifie pas qu’une région se voie remettre une autorité sans limite, sur une base ethnique, culturelle, ou religieuse. Nous tenons comme principe que, là où les catholiques sont en grand nombre, les membres d’autres religions doivent se sentir respectés et en sécurité (cf Lettre Pastorale KWI – Carême 1997 ). Là où nous-mêmes et d’autres groupes sommes peu nombreux, nous sommes en droit d’attendre d’être protégés et traités comme des citoyens ayant les mêmes droits.

Régions à statut spécial

A propos de quelques régions ou provinces qui, ces derniers temps, sont devenues le point de mire à l’intérieur du pays et à l’étranger, voici ce que nous voudrions dire: prions pour que la sagesse divine éclaire le peuple et les dirigeants de ces régions, les dirigeants de notre pays et toute la nation. L’honnêteté, la bonne volonté, la préférence accordée au bien commun, une approche ouverte et pacifique, le respect de la dignité humaine sont des éléments déterminants dans le réglement des problèmes de ces régions. Une pensée claire, un ordre du jour précis et un esprit ouvert dans les discussions revêtent une très grande importance. La meilleure voie consiste en une attitude de paix, de dialogue et d’échanges à des niveaux divers. La violence et la manipulation ne font que prolonger, augmenter et multiplier les problèmes. L’implication du peuple est indispensable, ainsi qu’un calendrier et un programme adéquats, même si cela nécessite de gros moyens en argent et en personnel. Tous doivent se rappeler qu’il n’y a pas de plus grand honneur que la défense et le respect de l’homme, de la vérité, de l’honnêteté, de la justice et du bien-être de tous, et non point l’obtention d’un succès diplomatique, d’une victoire militaire, ou d’un vaste territoire, à plus forte raison si cela est le résultat de magouilles. La responsabilité devant l’histoire et l’humanité doit être aux mains de ceux qui sont le plus directement impliqués. Et dans la recherche du bonheur de l’homme, seules sont à envisager des méthodes pacifiques et humaines

Conclusion

Se mettre debout et se réformer est humain, car nous avons tendance à tomber dans l’erreur et à commettre facilement des fautes. Se mettre debout et se réformer est divin, car c’est l’appel du Seigneur lui-même: “Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle du salut de l’amour de Dieu” (cf Mt 4, 17). Se convertir et se réformer, c’est faire la paix avec soi-même et avec son prochain, et donc avec Dieu; c’est faire une réconciliation véritable, sans manipulation, dans la justice et la vérité, c’est

s’accepter et se pardonner l’un l’autre. Se convertir, c’est être déterminé à se changer soi-même, et à vivre et lutter ensemble pour l’intérêt et le bien de tous. Dieu Père qui a créé et aime tous les hommes est avec nous et nous bénit, chacun et tous ensemble. Se convertir et renouveler la nation est une réforme totale et une réconciliation nationale. Se convertir et concentrer son attention et ses forces pour l’intérêt de tout le peuple, voilà le vrai dévouement et le vrai patriotisme, une expérience de foi authentique. Se convertir est la base de toute vraie réforme et la résurrection qui apporte une vie nouvelle dans la famille, le voisinage et la nation. Encore une fois, nous avons absolument besoin de prière, d’ascèse, de générosité, du fond du coeur et sans arrière-pensée, pour notre salut et celui de la nation. Il nous faut prier individuellement, en famille, et avec d’autres. Nous devons essayer de prier avec ceux d’autres religions et de bonne volonté. Le Seigneur l’a promis: “Je suis avec vous toujours, chaque jour jusqu’à la fin des temps” (Mt 28, 20) et Il a dit aussi: “Ma grâce te suffit“. (2 Cor 12, 9). Bonne Fête de Pâques.

Jakarta, Pâques 1999

La Conférence des Evêques d’Indonésie

Mgr Joseph Suwatan, MSC

Mgr Johanes Hadiwikarta,

président et secrétaire général