Eglises d'Asie

Lors d’une réunion organisée par le Front patriotique, des catholiques expriment leur mécontentement à propos du nouveau décret sur les religions

Publié le 18/03/2010




Le décret 26/1999 n’en finit pas de soulever des vagues. On ne connaît pas encore le contenu des remarques qui ont été présentées aux plus hautes autorités civiles par la délégation des évêques du Vietnam, à l’issue de leur réunion annuelle du 11 au 17 octobre. Mais elles sont à n’en pas douter critiques et ne doivent pas être très différentes des objections qui avaient été soulevées sur ce même sujet par des prêtres, religieux et laïcs d’Hô Chi Minh-Ville – au total une cinquantaine de participants – lors d’un séminaire organisé dans la matinée du 30 septembre 1999 à l’initiative du Comité du Front patriotique de la ville (10). Les interventions des catholiques ont suivi un exposé du directeur adjoint du Bureau des Affaires religieuses du gouvernement, Nguyên Van Ngoc, qui a commenté le décret.

M. Ngoc qui a souligné qu’il venait parler aux prêtres en tant que cadre du Bureau des Affaires religieuses s’est longuement étendu sur l’origine du nouveau décret sur les activités religieuses. Il est le fruit, a-t-il dit, des efforts du Bureau politique pour mettre en application la politique dite du renouveau (dôi moi) après le huitième congrès du Parti (1996). Il est apparu aux membres de l’institution suprême du Parti, a-t-il dit, qu’il fallait réviser la réglementation religieuse en vigueur, à savoir le décret 69, paru en 1991, lui-même ayant remplacé le décret 297, datant de 1977. Le résultat du travail du Bureau fut concrétisé dans la directive n° 37 du Bureau politique rendue publique le 2 juillet 1999. L’actuel décret n° 26 a été élaboré dans l’esprit de cette directive en tenant compte des travaux effectués par le Bureau politique. Le cadre communiste a ensuite mis en lumière une seconde caractéristique du décret nouvellement paru : il constitue un premier pas – il y en aura d’autres – pour placer les directives réglementant les affaires religieuses dans un cadre législatif. Il a même dit que les auteurs du décret s’étaient employé à légaliser(hop phap hoa) les diverses activités religieuses. En ce sens, ce décret, a-t-il dit, représente la première étape d’une évolution qui devrait aboutir à l’adoption d’un code de législation religieuse par l’Assemblée nationale, sans doute en 2001.

Les prêtres qui se sont exprimés après l’exposé du cadre des Affaires religieuses, ont peu parlé du contenu de l’exposé qu’ils venaient d’entendre mais ont surtout exprimé le mécontentement réel des catholiques devant ce décret et la lettre d’application qui a suivi. Le vicaire général du diocèse, le P. Huynh Công Minh, est intervenu en premier. Après avoir rappelé que la politique du Parti et de l’Etat devait être au service du bien commun, dont une des composantes est le bien des religions et de leurs fidèles, il a affirmé qu’en aucune manière, le récent décret ne pouvait prétendre remplir ce rôle et servir le bien commun ainsi entendu. Contrairement à l’affirmation de M. Ngoc affirmant que le décret était destiné à appliquer la politique de renouveau, ce dernier contient des articles qui loin de favoriser l’ouverture, témoignent d’un resserrementet d’une fermeture“. Parler du décret 26 comme d’une étape, a ajouté le vicaire général, c’est le situer dans une évolution positive, allant de l’avant. Or, c’est le contraire qu’éprouvent ceux qui sont concernés par lui. Ils se sentent davantage serrés aux entournuresplus limités.

Les autres interventions ont abordé des points particuliers, concernant plus particulièrement le contrôle exorbitant de la vie des religieux prévu par le nouveau décret. Certains intervenants ont mis en doute la nécessité d’adopter un code législatif en matière religieuse. Les fidèles de toutes les religions ont l’obligation d’observer la loi, comme tous les citoyens. Cela devrait suffire, ont-ils fait remarquer.

Un peu partout, dans les diverses provinces du Vietnam, le Front patriotique a également organisé pour le clergé le même type de réunion que celle qui a eu lieu à Hô Chi Minh-Ville. Au cours de l’une d’entre elles, qui s’est déroulé sur les hauts plateaux, un prêtre a fait part sur un mode ironique de sa vision des deux récents documents gouvernementaux sur la religion. Le décret ND 26/CP ressemble à l’Ancien Testament : comme lui, il est attaché aux détails et chargé d’obligations. Quant à la lettre d’application, elle est semblable à ce que les pharisiens avaient fait de la loi, selon l’évangile. Ils lui avaient ajouté toute une série d’obligations complémentaires. Or l’idéal, a-t-il conclu, c’est le Nouveau Testament où il n’existe plus qu’un seul commandement.