Eglises d'Asie

Bihar : les deux présumés coupables de l’assassinat d’un prêtre sont arrêtés par la police mais les confrères de la victime ont des doutes

Publié le 18/03/2010




Le P. Remis Kerketta, religieux jésuite de 47 ans, directeur de l’école St François-Xavier de Bundu, dans le district de Ranchi de l’Etat du Bihar, a été trouvé mort, le 12 juillet, sur la route allant du chef-lieu de district à sa mission de Bundu. Auprès du corps qui portait un casque, se trouvaient deux paires de pantoufles. On distinguait nettement une blessure à l’oreille du religieux décédé. La police qui avait d’abord conclu à un accident de la route a fait pratiquer une autopsie du corps du religieux, autopsie qui a révélé qu’un projectile avait pénétré dans le cortex cérébral.

Le P. Joseh Minj, recteur de la maison de Manrèse à Ranchi, a témoigné que le P. Kerketta, le matin de sa mort, était encore avec lui à Ranchi et qu’il ne l’avait quitté que dans l’après-midi pour rejoindre sa mission sur sa moto, véhicule que par la suite on n’a pas retrouvé. Il portait alors des souliers et non pas des pantoufles. Le P. Kerketta était attendu à Bundu par deux catholiques qui avaient affaire avec lui. Ne le voyant pas venir, ils téléphonèrent au P. Minj à la maison de Manrèse. Celui-ci, ayant appris par des catholiques voyageant en autobus, qu’un corps se trouvait sur la route à 20 km de Ranchi, se rendit sur place avec des confrères jésuites et identifia le corps. Les funérailles du prêtre défunt ont eu lieu le lendemain à la cathédrale du diocèse de Khunti. On y a rappelé que le P. Kerketta avait consacré toute sa vie sacerdotale au service des pauvres, au sein de l’ethnie des Munda.

Le 31 juillet, la police de l’Etat du Bihar a présenté à la presse un catholique appartenant à une ethnie locale, Bijay Toppo, qui, en compagnie de deux compatriotes, Chetan Munda et Vinod Horo, également chrétiens, aurait assassiné le religieux jésuite en vue de lui dérober ses biens. Cette arrestation était présentée par le super-intendant Gupteshwar comme un pas en avant dans l’élucidation du meurtre. Toppo a déclaré aux journalistes avoir été informé que le prêtre portait sur lui 70 000 roupies (1 528 dollars). Posté sur la route, Toppo aurait fait signe au religieux de s’arrêter et Munda aurait tiré sur lui, à la grande surprise du premier qui n’avait projeté que de dévaliser le prêtre.

Cette version du meurtre n’a cependant pas convaincu les jésuites de Ranchi et les membres de l’Eglise locale. L’un des responsables de la communauté jésuite a certifié que le P. Kerketta ne portait sur lui que 10 000 roupies et s’est étonné que Munda puisse détenir une telle information. Celui qui le lui a transmise voulait sans doute la mort du prêtre a-t-il fait remarquer. Selon lui, la police s’est surtout efforcée de prouver que le meurtre n’avait pas été commis par des groupes hindouistes. L’absence de motif susceptible de justifier le coup de feu de Munda sur le prêtre a fait naître des doutes chez de nombreuses personnes. Selon l’opinion générale en milieu catholique, s’il était prouvé que les trois prévenus ont commis ce meurtre, il faudrait en déduire que quelqu’un s’est servi d’eux. Voilà longtemps que les missionnaires de Bundu ont des problèmes avec ceux qui s’opposent au développement du christianisme dans la région. Quelques religieuses ont même dû quitter leurs postes l’année dernière. Les jésuites n’y sont restés qu’à cause de la présence de l’école de saint François-Xavier dont le P. Kerketta assurait la direction.

Les soupçons de la communauté jésuite sont partagés par l’évêque du diocèse de Ranchi, Mgr Telesphore P. Toppo, qui a rappelé un autre cas où l’arrestation d’élèves innocents, membres d’une minorité ethnique, a permis aux vrais coupables de prendre la fuite. L’évêque pense que tant que l’Etat de Jharkhand ne sera pas créé, ce qui devrait avoir lieu au mois de novembre, et que la police du Bihar continuera de mener les enquêtes, les choses ne s’amélioreront pas.