Eglises d'Asie

Bornéo : un diocèse recherche une meilleure méthode d’inculturation pour une meilleure évangélisation

Publié le 18/03/2010




Le diocèse de Ketapang (sud-ouest de Bornéo) a décidé de développer une meilleure méthode d’inculturation au service de l’évangélisation afin d’aider l’Eglise à mieux s’enraciner dans la culture locale. Le P. Bonifasius Ubin, coordinateur de la pastorale du diocèse de Ketapang, a déclaré que le diocèse entendait développer une méthode d’évangélisation plus appropriée et plus efficace. La décision a été prise à l’issue d’une assemblée consacrée à la pastorale diocésaine sur le thème : “Chercher le point de rencontre entre la vie du peuple dayak et l’enseignement du Christ” (21Cette assemblée s’est tenue du 2 au 6 août à Ketapang. “Pour notre travail pastoral, nous voulons trouver une méthode de dialogue entre la foi chrétienne et la culture locale afin que l’Eglise puisse vraiment s’y enraciner”, a expliqué le P. Ubin, dayak lui-même. Décision a été prise de mettre sur pied une commission diocésaine ‘foi et coutumes’ chargée d’étudier le rituel coutumier pour une possible inculturation dans le rituel chrétien. La commission étudiera l’attachement des Dayaks aux proverbes traditionnels et à la tradition orale qui ont, l’un et l’autre, une grande influence sur leur façon de vivre. Elle cherchera comment les intégrer dans l’enseignement chrétien.

La rencontre a réuni une centaine de personne, dont les délégués de 17 paroisses, des prêtres, des religieuses, des catéchistes et des responsables coutumiers et intellectuels dayak, catholiques et non catholiques. Mgr Blasius Pujaraharja, évêque de Ketapang, dans son allocution d’ouverture, a reconnu que la communauté dayak, avec ses valeurs propres, avait grandement contribué à la croissance de l’Eglise dans la région. Il a avoué que le diocèse n’avait pas beaucoup fait pour inculturer certaines pratiques dayak dans la liturgie de l’Eglise à cause surtout des limitations de langage. “Les équipes pastorales ont des difficultés pour approfondir leur savoir et leur compréhension des valeurs culturelles dayak à cause de la diversité des dialectes et du petit nombre de prêtres dayaks”, a expliqué Mgr Ubin, d’origine javanaise. “Sachez qu’un village (dayak) n’utilise pas qu’un seul dialecte. Sur les 23 prêtres que compte le diocèse, ils ne sont que cinq d’origine dayak”.

Les participants ont essayé d’établir des parallèles et de souligner les différences entre les modes de vie des Dayaks et les enseignement de l’Eglise : “Pour le mariage, par exemple, l’Eglise prône l’unité et l’indissolubilité du mariage alors que les dayaks admettent le divorce”. Leurs rituels coutumiers ont été également étudiés et discutés. Plusieurs sont différents des catholiques, mais « les dayaks ont des rituels de repentir, des bénédictions de semailles et des fêtes de moissons. Ce serait une bonne idée de les introduire dans le rituel catholique”, explique Redemptus Musa, un professeur catholique. Les responsables coutumiers dayaks qui participaient à cette rencontre ont admis que, pour l’inculturation dans l’Eglise, plusieurs choses tirées du rituel coutumier pouvaient ou bien être laissées de côté ou, au contraire, être adoptées par les chrétiens, “étant entendu que l’Eglise ne veuille pas nous faire perdre notre identité et nos valeurs sociales dayak” a précisé Pateh Indil, un responsable coutumier âgé de 58 ans.

Selon les observateurs de l’Eglise locale, nombreux sont les Dayaks du Kalimantan occidental à penser que, quand un Dayak devient catholique, il reste dayak. Mais s’il devient musulman, il n’est plus considéré comme dayak mais comme malais. Les Malais de la région sont généralement musulmans. Le vicaire général de Ketapang, le P. Zacharias Lintas, lui-même dayak, confirme que l’Eglise respecte les valeurs culturelles dayak : “Les catholiques dayak sont invités à garder leur droit coutumier, particulièrement leurs lois coutumières”.

Le travail des missionnaires catholiques a commencé à Ketapang en 1918. Ketapang est devenue préfecture apostolique en juin 1954 et diocèse en janvier 1961. D’après les statistiques diocésaines, on y compte 55 000 catholiques dont la plupart sont dayaks.