Eglises d'Asie

Après les protestations publiques du diocèse de Hanoi contre la confiscation d’un terrain appartenant à l’Eglise, les autorités paraissent désireuses de régler l’affaire à l’amiable

Publié le 18/03/2010




Les autorités municipales de Hanoi ont réagi avec une certaine célérité aux protestations publiques du diocèse contre la confiscation et l’utilisation par le gouvernement de terrains appartenant à l’archevêché. La lettre du cardinal archevêque, Mgr Pham Dinh Tung, ainsi que celle des 46 prêtres, qui ont été portées à la connaissance des fidèles lors des messes dominicales célébrées le 11 novembre dernier dans toutes les églises de la capitale et des environs (1), ont eu, semble-t-il un effet immédiat. Selon des informations envoyées depuis la capitale du Vietnam, le Premier ministre Phan Van Khai aurait donné l’ordre d’arrêter provisoirement les travaux entrepris au 42 Phô Nha Chung, sur la partie du domaine où se trouvait autrefois la nonciature apostolique. Ils étaient destinés à construire un prétendu “Centre de loisirs et de culture” sur l’emplacement d’une ancienne discothèque construite par le gouvernement, il y a quelques années, sans autorisation des responsables religieux du diocèse et récemment démolie. Le terrain en question qui longe la rue Phô Nha Chung est long d’une centaine de mètres et est situé en plein centre de l’arrondissement prestigieux de Hoan Kiêm, ce qui lui donne une valeur que certains estiment à des dizaines de millions de dollars.

Selon les sources de la capitale, dès le lendemain du 11 novembre, des délégations envoyées par les autorités municipales et gouvernementales sont venues s’entretenir avec les responsables religieux de l’archevêché pour essayer de les amadouer, tenter de négocier avec eux et de trouver un règlement à l’amiable de ce qui est devenu une affaire épineuse. Il aurait même été proposé à l’archidiocèse d’échanger le terrain, objet du différend, contre un domaine beaucoup plus grand situé à l’intérieur de la ville. Au cours de ces rencontres, grâce aux divers documents en leur propriété, les responsables religieux ont sans peine établi, d’une façon incontestable, leur droit de propriété sur le terrain accaparé par le gouvernement dès 1958.

C’est cependant le 6 décembre, qu’a été organisée entre les deux parties en conflit la rencontre de caractère le plus solennel. Du côté gouvernemental, un groupe de travail de haut niveau avait été formé, composé de M. Dô Hoang An, vice-président du Comité municipal de Hanoi, chargé de la question des terrains, de M. Lê Quang Vinh, directeur du Bureau des Affaires religieuses, de M. Vu Toan, vice-chef de Bureau au gouvernement, et de beaucoup d’autres fonctionnaires. Auprès du cardinal se trouvaient ses conseillers, le conseil d’administration de la cathédrale de Hanoi. Etaient également présents les 46 curés de la capitale et de ses environs, tous signataires de la lettre de protestation exigeant le retour à l’Eglise des biens confisqués. Du côté des représentants du diocèse de Hanoi, il avait été convenu de ne pas céder un pouce et d’exiger la restitution de tous les terrains et propriétés d’Eglise confisqués par l’Etat depuis l’arrivée du pouvoir communiste à Hanoi en 1954. A la fin de la rencontre, la délégation gouvernementale n’avait rien obtenu ; elle n’avait non plus rien promis ni fait allusion à de prochaines séances de négociations sur le même sujet. Elle s’est contentée de donner l’assurance qu’elle transmettrait les desiderata des représentants du diocèse au Premier ministre Phan Van Khai.

Toutes ces informations qui émanent de sources privées à Hanoi n’ont jusqu’à présent pas été confirmées par les responsables religieux de la capitale du Vietnam qui font preuve à ce sujet, d’une discrétion remarquable. Il faut noter que, dans plusieurs autres diocèses, à Saigon, Huê, Danang, par exemple, il existe des affaires du même type concernant des propriétés d’Eglises confisquées, assorties de demandes de récupération par l’Eglise. D’une façon plus générale, c’est de tous les secteurs de la société civile vietnamienne que sont envoyées des plaintes concernant des terrains accaparés par les autorités locales. Tout récemment, une délégation de femmes venue d’une province frontalière du Cambodge est allée manifester sur la place Ba Dinh à Hanoi devant l’Assemblée nationale où se tenait une session parlementaire, à cause de terres accaparées par les autorités locales. Au cours d’une séance de réponses à des questions des parlementaires, le Vice-Premier ministre Nguyên Tan a menacé de sévir contre ces manifestantes intempestives.