Eglises d'Asie

Les appels à la remise en vigueur de la peine de mort se font plus nombreux, l’actualité récente étant marquée par plusieurs actes d’enlèvement pour rançon

Publié le 18/03/2010




Ces derniers jours, les journaux philippins ont donné un large écho à plusieurs cas d’enlèvements crapuleux. Le 18 novembre dernier, le corps de Betty Sy, âgée de 32 ans, cadre supérieur à la direction financière de la filiale locale de la multinationale américaine Coca Cola, a été retrouvé dans un sac-poubelle ; la jeune femme avait été enlevée quelques temps auparavant et, selon la police, aurait résisté à ses ravisseurs. Elle a succombé à une hémorragie après avoir reçu deux balles dans une jambe. Peu après, les journaux faisaient leurs titres sur l’enlèvement d’une fillette de 10 ans, Jelina Day, kidnappée par des hommes en armes sur le chemin menant à son école, un établissement catholique ; les ravisseurs ont tué le chauffeur du véhicule et la servante qui accompagnait l’enfant. Visant principalement – mais pas uniquement – la communauté philippine d’origine chinoise, supposée riche, se produisant dans la région de Manille mais aussi dans le reste du pays – à Mindanao en particulier -, les enlèvements pour rançon se sont multipliés (1) et ont mené certains, au sein de la communauté chinoise, à exprimer publiquement leurs craintes et leurs frustrations face à une police et un monde politique jugés incompétents, voire corrompus. Des voix se sont élevées pour demander la fin du moratoire sur les exécutions capitales, prononcé le 1er octobre 2002 par la présidente Arroyo (2).

La communauté philippine d’origine chinoise compte environ un million de membres et représente 1,5 % de la population du pays. Il est généralement estimé que cette communauté contrôle 75 % du commerce de gros et de détail aux Philippines. Par suite, les Philippins d’origine chinoise sont généralement considérés par leurs concitoyens comme des gens riches. Selon des sources catholiques, à peu près 20 % des membres de cette communauté sont catholiques. Curé d’une paroisse dont les fidèles vivent en grande partie dans le quartier chinois de Manille, le P. Luis Sierra, dominicain d’origine espagnole, confirme que ses paroissiens vivent dans la crainte des enlèvements. “Si vous prêtez attention à ce que les gens disent, vous vous rendez compte que les craintes sont si fortes que de nombreuses familles ont déjà pris des dispositions pour se rendre à l’étranger essayer d’établir un lieu de résidence dans un autre pays. Leur nombre croît dans la mesure où les gens ne font pas confiance à la police et aux politiciens locaux pour les protéger précise-t-il.

Le 23 novembre dernier, plusieurs centaines de Sino-Philippins ont pris part à la marche accompagnant les funérailles de Betty Sy ; dans le cortège, on pouvait apercevoir des pancartes où il était écrit : “La justice pour Betty Sy” et “La mort pour les kidnappeurs”. Un sénateur a demandé au gouvernement de recourir à la peine de mort pour stopper l’audace des kidnappeurs. Selon le P. Sierra, la communauté d’origine chinoise ressent de la “frustration” car, d’un côté, elle voudrait aider le gouvernement mais, de l’autre, elle ne fait pas confiance aux forces de l’ordre et aux hommes politiques pour venir à bout de ce problème.

Le 24 novembre, la Commission pour la pastorale des prisons de la Conférence épiscopale a adressé un message à la présidente du pays, l’appelant à ne pas recourir à “une solution expéditive” face au défi posé par l’essor de la criminalité. “La mort n’est jamais la réponse ont précisé les évêques. Le jour même, Gloria Arroyo avait fait savoir qu’elle continuerait les consultations auprès “des responsables du Parlement et des secteurs concernés de la société, y compris l’Eglise [catholique] » sur le sujet de la peine de mort. Tout en déclarant que la peine capitale n’empêchait pas que des crimes soient commis, elle laissait son porte-parole dire qu’elle n’était pas contre l’idée d’imposer la peine de mort aux kidnappeurs et aux gros trafiquants de drogue. Dans le communiqué daté du 24 novembre, la présidence disait que Gloria Arroyo avait imposé un moratoire sur les exécutions “du fait de l’opposition constante de l’Eglise catholique et des partisans de la vie” au châtiment suprême.

Si la présidente Arroyo s’est prononcée contre la peine de mort à plusieurs reprises, l’ambiguïté d’un certain nombre de ses décisions à la tête du pays a provoqué les critiques de l’Eglise catholique des Philippines (3). Abolie en 1987, la peine de mort a été réintroduite aux Philippines par une loi votée en 1993. Depuis cette date, neuf condamnés à mort – des hommes – ont été exécutés, par injection d’une substance mortelle. Depuis octobre 2002 et le moratoire décidé par Gloria Arroyo, aucune exécution capitale n’a eu lieu dans le pays.