Eglises d'Asie

Arunachal Pradesh : le christianisme est à l’origine de la disparition d’une forme de funérailles ancestrale

Publié le 18/03/2010




Dans les forêts luxuriantes de l’Arunachal Pradesh, on ne voit plus désormais de cadavres se décomposer lentement sur des plates-formes en bambous. Les nouvelles générations éduquées dans des établissements chrétiens pratiquent désormais l’inhumation. Ce changement de mours a commencé à se dessiner il y a trente-cinq ans, avec l’arrivée des missionnaires chrétiens dans cette région du nord-est de l’Inde. Cependant, les habitudes ont la vie dure et ce n’est pas sans mal que les deux ethnies Nocte et Wanchu qui habitent la partie orientale de l’Etat, dans les districts de Changlang et Tirap, s’en sont débarrassé.

Traditionnellement, après avoir enveloppé les corps de leurs défunts de leurs vêtements et de nattes de bambous, les autochtones de cette région les déposaient sur des plates-formes de trois mètres de haut. Les oiseaux et les insectes se repaissaient de leur chair, tandis que les autres animaux consommaient ce qui tombait à terre. De ces plates-formes se dégageait une puanteur insupportable qui se répandait dans les villages tout proches. La parenté venait allumer des feux sous les cadavres pour diminuer l’odeur et accélérer la décomposition mais aussi pour tenir compagnie aux morts. Auparavant, avant de les placer sur la plate-forme funéraire, ils avaient déjà gardé les corps dans les maisons jusqu’aux premières signes de décomposition, manifestant ainsi la peine qu’ils éprouvaient à se séparer d’eux. Lorsqu’il s’agissait du cadavre d’un chef de clan, on séparait le crâne du reste du corps au bout de quinze à vingt jours. Nettoyé puis placé dans un pot de terre, il était enterré dans une tombe peu profonde tandis que le reste du squelette continuait de se décomposer sur une plate-forme. La population n’a aujourd’hui aucune idée de l’origine de telles pratiques, qui, selon elle, sont immémoriales. D. Bosai, d’ethnie Nocte, mentionne que l’inhumation des crânes des chefs de clans a permis de garder la trace de ceux-ci, dans l’ordre chronologique.

Le P. P.K. George, qui travaille dans cette région depuis près de trente-cinq ans, se souvient encore du spectacle des plates-formes et de leurs cadavres. Il commença d’abord à mettre en garde les habitants des dangers d’une telle coutume pour leur santé. Il leur fit remarquer que les oiseaux transportant toutes sortes de germes et l’eau de pluie charriant à l’occasion de la chair décomposée polluaient les sources d’eau potable. Ces arguments firent comprendre aux habitants la nécessité de l’inhumation, qui, au début, leur apparaissait comme une sorte d’offense aux morts. Bientôt, un centre de service social fut ouvert, qui fit démarrer les premières écoles. L’hygiène, qui jusque là n’était connue que par de rares jeunes ayant suivi des études dans les Etats voisins de l’Assam et du Meghalaya, y fut une des premières disciplines enseignées. Les élèves et, par leur intermédiaire, les parents y apprirent que les plates-formes funéraires étaient une cause de maladies, un enseignement d’autant mieux accepté qu’à cette époque, les épidémies étaient courantes dans les villages. Cependant, l’Eglise s’est toujours efforcé de présenter l’inhumation comme une coutume universelle et pas seulement chrétienne pour éviter les accusations de divers groupes reprochant aux chrétiens de détruire les cultures locales.

Ce n’est que très récemment que la coutume des plates-formes funéraires a totalement disparu. Quelques villages ont perpétué cette pratique jusqu’à l’année 2002. L’inhumation a rencontré chez les anciens une très forte résistance. Certains d’entre eux, tout près d’adhérer au christianisme à l’exemple des plus jeunes, sont longtemps restés à l’écart de l’Eglise, effrayés par la perspective de leur enfouissement dans la terre. Dans une région du district de Tirap, les anciens considéraient l’enterrement comme un enfermement du défunt dans une tombe obscure et sans air. Les jeunes et les étudiants chrétiens formèrent les éléments les plus actifs du mouvement qui amena la coutume des plates-formes funéraires à tomber désuétude. En certains villages, elles furent même interdites. Les responsables administratifs des deux districts où cette pratique avait cours reconnaissent aujourd’hui bien volontiers n’avoir rien fait pour favoriser sa disparition, une disparition qui doit tout à l’Eglise et au développement de l’instruction dans la région.