Eglises d'Asie

Aceh : porté un temps disparu, l’unique prêtre catholique de la province a survécu au tsunami et se consacre à l’aide aux rescapés

Publié le 18/03/2010




Dans la province d’Aceh, peuplée de quatre millions d’habitants pratiquant un islam rigoriste, on compte une seule paroisse catholique, dont le curé depuis plus de dix ans est un missionnaire franciscain d’origine italienne, le P. Ferdinando Severi (1). L’église du Sacré Cour, à Banda Aceh, fédère ainsi une communauté d’environ 1 400 fidèles, vivant pour la plupart à Banda Aceh et pour quelques uns dans les différentes villes et bourgades de la province. Le 26 décembre, lorsque le tremblement de terre et le tsunami ont frappé, le P. Severi se trouvait à Meulaboh pour célébrer Noël dans la modeste chapelle qui dessert les catholiques locaux. Détruite à 80 %, la ville de Meulaboh figure parmi les zones les plus touchées et compte plus de 10 000 morts et des milliers de disparus. Pendant plusieurs jours, les responsables de l’archidiocèse de Medan, dans la province voisine de Sumatra-Nord, ont craint que le P. Severi ne figure parmi les victimes. Le 30 décembre dernier, Mgr Anicetus Bongsu Sinaga, évêque coadjuteur de Medan, faisait part de ses craintes quant au sort du missionnaire, des informations lui étant parvenues selon lesquelles la chapelle de Meulaboh avait été complètement détruite. Le lendemain pourtant, par téléphone, le P. Severi informait son archevêque qu’il était vivant.

Le P. Antonio Muru, supérieur de la province franciscaine d’Indonésie, a pu s’entretenir avec le P. Severi et a rapporté le récit suivant : après le tremblement de terre et avant que le tsunami ne frappe Meulaboh, le P. Severi s’apprêtait à célébrer la messe du dimanche dans la chapelle lorsqu’il a entendu le bruit de l’eau arriver ; le prêtre a alors eu le temps, en compagnie d’un certain nombre d’autres personnes, de se réfugier au second étage d’un bâtiment voisin. Après le retrait de la mer, le P. Severi et d’autres rescapés sont partis se mettre à l’abri dans un autre lieu. “Les jours suivants ont été consacrés à l’aide aux victimes raconte le P. Muru. Cependant, des habitants de Meulaboh ne connaissant pas le P. Severi se sont étonnés de la présence parmi eux d’un Occidental et, sachant que la présence des étrangers à Aceh n’est pas autorisée par les autorités indonésiennes, ils l’ont remis entre les mains de la police. Celle-ci a alors organisé son transfert à l’aéroport de Banda Aceh où il a été embarqué pour un vol pour Polonia, l’aéroport de Medan. “Après que les autorités eurent vérifié son statut, le P. Severi a reçu l’autorisation de repartir pour Banda Aceh rapporte encore le P. Muru. Avant de retourner dans sa paroisse de Banda Aceh, le missionnaire italien a eu le temps de téléphoner à Mgr Sinaga qui a accouru à l’aéroport de Polonia pour prendre de ses nouvelles.

Le lendemain, 1er janvier, le P. Severi était à pied d’ouvre pour commencer à aider ceux de ses paroissiens qui ont survécu, ainsi que d’autres habitants de Banda Aceh. Ce même jour, il a accueilli le nonce apostolique en Indonésie, Mgr Sinaga et le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, en Autriche, venus sur place s’enquérir des besoins des rescapés.

Dans les jours qui ont suivi, l’aide internationale s’est peu à peu mise en place, de nombreux pays envoyant des détachements militaires pour aider à la logistique. De son côté, l’armée indonésienne a renforcé le contingent de 35 à 40 000 hommes déployés sur place avant le 26 décembre pour lutter contre la rébellion séparatiste du GAM (Mouvement pour Aceh libre). Le 12 janvier, le vice-président Yusuf Kalla a déclaré que les soldats étrangers devraient avoir quitté la province le 26 mars prochain, “le plus tôt [étant] le mieux L’armée indonésienne souhaite manifestement garder la haute main sur Aceh et mener comme elle le souhaite ses opérations contre la guérilla séparatiste. Le personnel humanitaire et les journalistes étrangers devront, quant à eux, obtenir une autorisation pour sortir des deux grandes villes de la province, Banda-Aceh et Meulaboh.