Eglises d'Asie

Un moine bouddhiste salue le travail d’inculturation réalisé par l’Eglise catholique

Publié le 18/03/2010




Moluques : la situation est calme mais le retour à la normale, notamment le retour des personnes déplacées chez elles, reste très lent

A Amboine, dans la province des Moluques où les affrontements entre chrétiens et musulmans de 1999 à 2002 ont fait 6 000 morts et déplacé plusieurs centaines de milliers de personnes, la situation est calme et de récents incidents n’ont pas provoqué le déclenchement d’une spirale de la violence, comme on aurait pu le craindre. Cependant, le retour chez elles des personnes déplacées se fait très lentement et les principales institutions de la province ne reviennent que très progressivement à un fonctionnement normal.

Le 22 février dernier, la police a interpellé onze personnes à Amboine, les soupçonnant d’avoir hissé le 18 février les couleurs de la RMS (République des Moluques du Sud), mouvement qui réclame l’indépendance des Moluques de la République indonésienne et qui a été interdit par Djakarta en 1950. Pour cet acte que les autorités assimilent à un acte subversif prônant le séparatisme, les onze interpellés risquent théoriquement la prison à vie. Deux étudiants ont été récemment condamnés à deux ans de prison, ayant été reconnus coupables du même acte, commis par eux l’an dernier. Selon le P. Böhm, du Centre de crise du diocèse catholique d’Amboine, on peut penser que les partisans de la RMS ont choisi de hisser les couleurs de leur mouvement pour attirer l’attention de quelques centaines de touristes étrangers, principalement allemands, qui ont débarqué le 18 février de leur bateau de croisière, à quai dans le port d’Amboine durant quatre heures. Pour le P. Böhm, l’incident indique deux choses : d’une part, la situation à Amboine est redevenue suffisamment calme pour que des paquebots de croisière fassent à nouveau relâche dans la province ; d’autre part, les drapeaux de la RMS ont été moins nombreux cette année qu’en 2004 ou en 2003 et leur apparition dans le ciel d’Amboine n’a pas déclenché de nouveaux affrontements intercommunautaires.

Parallèlement à ce relatif apaisement de la situation dans la province, le P. Böhm remarque que les responsables de la province peinent à concrétiser les promesses faites au moment de la signature des accords de Malino signés en février 2002, qui ont mis fin aux hostilités entre chrétiens et musulmans. Les accords prévoyaient, entre autres choses, la remise en état et la réouverture de l’université de Pattimura. Très endommagé par des affrontements, le 4 juillet 2000, le campus de l’université n’a toujours pas été restauré. En mai 2003, le ministre des Affaires sociales, Yusuf Kalla, devenu depuis vice-président de la République, avait ordonné une accélération des travaux de réhabilitation pour une réouverture en août 2003. A ce jour, souligne le P. Böhm, peu de choses se sont concrétisées, les chrétiens ayant peur de retourner dans le quartier de Poka-Rumahtiga, où se situe le campus. Un article du Metro Maluku indique toutefois que, le 19 février, deux cents soldats ont été déployés pour nettoyer et sécuriser le campus, pour permettre un redémarrage des cours le 1er mars 2005.

Enfin, la question du retour des personnes déplacées chez elles demeure pendante. En août 2004, Mgr Petrus Canisius Mandagi, évêque du diocèse catholique d’Amboine, avait dénoncé la corruption qui minait les programmes d’aide aux personnes déplacées (1). Dix-huit mois plus tard, la situation ne s’améliore que lentement, observe le Jesuit Refugee Service. Le 26 janvier dernier, le gouverneur des Moluques a posé la première pierre du programme de construction de logements destinés aux personnes déplacées des quartiers de Poka et de Rumahtiga. Lorsque ce projet sera terminé, plus de 4 000 personnes déplacées auront un logement et un pécule financier. Le retour des déplacés de Poka et de Rumahtiga se fera en même temps que celui des réfugiés éparpillés dans l’île. Il est estimé qu’il y a plus de 19 000 déplacés sur l’île d’Amboine. Le gouverneur a déclaré que le processus sera terminé en septembre de cette année. “Quoi qu’il arrive, il faut clarifier certaines questions, telles que la sécurité de l’environnement et la possible opposition des communautés qui recevront les déplacés. Nous devons prendre le temps qu’il faut pour mener cela à bien, sans nous presser a déclaré un porte-parole du gouvernement provincial le 6 février dernier.

Dans un récent entretien accordé à l’agence Ucanews (1), le vénérable Dutavira Mahasthavira, responsable du Bureau central du Conseil du bouddhisme mahayana de la Terre pure en Indonésie, a salué le travail d’inculturation de l’Eglise catholique en Indonésie. “En tant que responsable bouddhiste, je constate comment les responsables de l’Eglise catholique proclament leur foi et font en sorte qu’elle prenne racine chez les gens en utilisant les langues locales et des rituels appropriés. Et cela tout en faisant en sorte que les cérémonies soient compatibles avec les principes catholiques a déclaré le moine, dont la religion figure, avec l’islam, l’hindouisme, le protestantisme et le confucianisme, parmi les six religions reconnues officiellement par l’Etat.

Responsable du temple Avalokitesvara Vihara à Mangga Besar, dans la province de Java-Ouest, le moine a cité à l’appui de son propos la manière dont le Nouvel An chinois a été célébré par la paroisse catholique de Saint Pierre-Saint Paul, à Mangga Besar, et par la paroisse de Notre Dame de Fatima, à Toasebio. Imlek, appellation indonésienne pour le Nouvel An chinois, a été fêté cette année le 9 février ()(2). “Je sais qu’autrefois, la liturgie catholique était célébrée uniquement en latin, mais, aujourd’hui, la liturgie catholique et la Bible sont non seulement en bahasa indonesia (la langue nationale indonésienne) mais aussi dans les langues locales. Pour la messe d’Imlek, par exemple, de l’encens chinois hio a été utilisé, ainsi que des fruits, des offrandes de nourriture et divers types de parfums a-t-il souligné, ajoutant que l’inculturation ne se limitait pas à la communauté sino-indonésienne (3). A Yogyakarta, les catholiques javanais célèbrent la messe en y incorporant des éléments de la culture et des traditions javanaises, a-t-il précisé. “De cette façon, il est naturel que le christianisme croisse et se développe dans ce pays a-t-il estimé.

Pour le moine bouddhiste, connu sous le nom de Suhu (maître) Benny, le travail d’inculturation, d’adaptation à la culture locale permet aux catholiques de comprendre et d’expérimenter d’une façon vivante leur religion. A propos des relations entretenues avec les catholiques, le moine a dit que sa connaissance de l’Eglise catholique devait beaucoup à l’amitié qu’il a nouée avec le curé de la paroisse Saint Pierre-Saint Paul de Mangga Besar, le P. Augustinus Lie. “Nous travaillons ensemble à maintenir l’harmonie religieuse a dit le moine, mettant en avant l’exemple d’un couple où le mari est catholique et l’épouse bouddhiste et qui s’accompagnent mutuellement au temple (vihara) et à l’église.