Eglises d'Asie

Après vingt-six années d’internement pour avoir réclamé la restitution de sa pagode, un religieux bouddhiste maintient sa réclamation

Publié le 18/03/2010




Après sa libération du camp Z20A de Xuân Lôc, au début du mois de février dernier, le vénérable Thich Thiên Minh se refuse à garder le silence. Dès le lendemain de sa libération, après vingt-six années d’internement, une interview accordée à Radio Free Asia faisait connaître cette personnalité au franc-parler vif. Peu de temps après, le 21 février dernier, le religieux s’était exprimé à nouveau dans une lettre adressée au “Comité américain de protection de la liberté religieuse dans le monde” (1), lettre où, entre autres choses, il rappelait les tragédies vécues dans les camps et évoquait les prisonniers de conscience rencontrés par lui, morts à la suite de mauvais traitements ou encore en prison. Le religieux vient de se manifester une nouvelle fois dans une requête, intitulée “Requête n° 2 envoyée aux plus hautes autorités de la République socialiste du Vietnam, le 4 juin dernier (2).

Le religieux avait été arrêté en 1979 pour avoir refusé d’entériner la confiscation de sa pagode Vinh Binh, à Bac Liêu, par les autorités locales. C’est de cette pagode – toujours entre les mains du gouvernement – qu’il est question dans la nouvelle lettre. Une première requête, rédigée immédiatement après son retour à Bac Liêu, réclamait déjà la restitution du lieu de culte dont il est le desservant et le propriétaire, proposant même, dans le cas où l’intérêt général interdirait cette restitution, que lui soit alloué en compensation un terrain de taille équivalente. N’ayant pas reçu de réponse et la question de la pagode étant restée sans solution, le religieux réitère sa demande. Il souligne que, avant le changement de régime, l’édifice avait été restauré par ses soins avec l’aide des fidèles bouddhistes de la région. Il y rappelle qu’après la confiscation de la pagode et de tous les biens qu’elle contenait, en particulier une statue de Bouddha, une école a été bâtie sur les lieux. Les terrains attenants ont été attribués au directeur de l’école qui y a construit des habitations dont il tire bénéfice en les louant. En conséquence, le religieux s’est vu obligé de résider chez un de ses proches parents.

En guise de réponse, le religieux a seulement reçu un certain nombre de coups de téléphone, lui affirmant que, s’il continuait à réclamer la restitution de la statue, lui et sa famille auraient des ennuis : une voiture pourrait le heurter “par accident”. A l’hôpital où il serait conduit, il serait facile, avec une injection, de le rendre fou ou muet. En outre, les autorités régionales laissaient entendre que, si le religieux se séparait du bouddhisme unifié, aujourd’hui en dissidence, et proclamait publiquement son rattachement à l’Eglise bouddhiste, reconnue par l’Etat, la restitution de la pagode aurait lieu rapidement et sans difficulté. D’autres pressions ont été également exercées sur le vénérable Thich Thiên Minh pour qu’il reprenne une vie laïque.

Il faut ajouter que le religieux ne se préoccupe pas seulement de cette affaire qui le concerne directement. Dans la lettre envoyée au Comité américain de protection de la liberté religieuse dans le monde, il avait énuméré les réformes que le Vietnam devait accomplir en matière de liberté de conscience, à savoir libérer de prison tous les membres de diverses religions ainsi que les prisonniers politiques, restaurer les activités religieuses normales pour le bouddhisme unifié, accorder aux fidèles du bouddhisme unifié le droit de visiter leurs hauts responsables, abandonner le décret 31 CP sur la détention administrative, amender entièrement l’Ordonnance sur la croyance et la religion, introduire livres et journaux dans les prisons, établir pour les prisonniers de conscience un régime et une politique spéciale, conforme au droit international, réformer le régime pénitentiaire des prisons, abolir l’article 4 de la Constitution afin d’établir le pluripartisme et, enfin, organiser sous un patronage international des élections générales à l’issue desquelles serait mise en ouvre une politique de réconciliation et de dialogue qui remplacerait les haines, les divisions et l’inégalité régnant aujourd’hui.