Eglises d'Asie

Pour les enfants handicapés mentaux, une classe spéciale de catéchisme a été organisée à Nagasaki

Publié le 18/03/2010




Enokizono Masaki avait été le seul enfant de son école maternelle, un établissement catholique, à qui la Première communion avait été refusée. C’était il y a dix ans. La supplication de sa mère affirmant que son petit garçon, autiste, “pouvait déjà faire son signe de croix” était restée sans effet. Une semaine avant la cérémonie, on avait dit en effet à Kyoko, la maman de Masaki, qu’il était “impossible” que son fils soit admis. “J’ai été choquée et ne pouvais accepter que lui et moi soyons exclus de la communauté ecclésiale, en contradiction avec l’esprit de l’Evangile a-t-elle récemment expliqué, ajoutant qu’elle avait toujours en mémoire les paroles de Jésus disant : “Les derniers seront les premiers.” Elle se tourna alors vers les prêtres de sa paroisse, la cathédrale du diocèse de Nagasaki, et finalement une religieuse accepta de préparer son fils. Trois ans plus tard, il communiait pour la première fois. Pour autant, la collaboration entre Kyoko, la religieuse et d’autres personnes ne s’est pas arrêtée là.

Grâce à leurs efforts conjugués, il y a cinq ans, la “classe des agneaux une section de l’école du dimanche pour les enfants en difficulté, a été créée. Ces classes sont organisées par l’Association Mona, fondée en 1991 pour être un lieu de rencontre pour les mamans d’enfants souffrant d’un handicap mental. “Mona” signifie “un” en grec et exprime le désir de l’association de voir les personnes handicapées mentales être reconnues d’égale dignité avec les autres personnes, “normales”. Matsuo Mari, responsable du groupe, raconte que Kyoko avait demandé avec insistance à l’Association Mona d’organiser des classes de catéchisme pour les enfants. D’autres mamans l’avaient soutenue et la “”classe des agneaux” a démarré en 2000.

En ce moment, sept familles, dont celle de Masaki, confient leurs enfants à cette classe dont les activités sont adaptées à leurs handicaps. Les enfants apprennent des chants et dessinent, chacun à son rythme. L’initiative a attiré d’autres laïcs, qui ont apporté leur aide. L’un d’eux, un séminariste, a apporté sa guitare et accompagne les chants.

Pour bien des parents, la qualité de l’accueil que eux et leur enfant reçoivent est primordiale. Fujimoto Manami, qui accompagne se fille de 6 ans, Saya, témoigne qu’une école du dimanche avait refusé de prendre sa fille autiste en disant : « Cette sorte d’enfants n’a pas besoin de venir à l’école du dimanche puisqu’ils sont bénis de Dieu dès leur naissance.” Kinoshita Taeko, une autre maman, dit souhaiter que les prêtres et les religieuses soient davantage partie prenante de la “classe des agneaux tout en reconnaissant qu’ils étaient tous très pris par leur paroisse. Son fils, Masahiro, âgé d’une quinzaine d’années maintenant, y a fait sa première communion.

Kyoko, la mère de Masaki, dit être heureuse que cette classe existe, mais elle regrette qu’« on ait créé un groupe spécial pour nos enfants”. Elle rêve que la communauté ecclésiale “accepte vraiment” son fils. Le P. Shimosako Eichi partage son point de vue. “Il nous faut accepter que les enfants handicapés mentaux viennent à l’école du dimanche et en partagent les activités. Il faut aussi inviter leurs parents à se joindre aux réunions des autres parents.” Prêtre de l’archidiocèse de Nagasaki, le P. Shimosako se souvient d’une fillette handicapée physique et mentale inscrite à son école du dimanche et spontanément adoptée par les autres enfants.

L’espoir à long terme de Kyoko est que l’Eglise crée une institution pour que les handicapés mentaux puissent vivre et pratiquer leur foi et que, quand leurs parents ne seront plus là, ils puissent être aidés. Masaki a maintenant 19 ans et travaille dans un atelier adapté à son handicap.