Eglises d'Asie

Sumatra-Nord : une religieuse catholique enseigne une méthode de régulation naturelle des naissances à des couples, y compris des couples musulmans

Publié le 18/03/2010




Mariana Tampati est âgée de 44 ans. Musulmane, elle est mariée et mère de deux garçons, dont le plus jeune est né en 1992. Il y a quatorze ans, elle utilisait soit la pilule soit un stérilet comme méthode de contraception, mais elle n’en était pas satisfaite, car ces méthodes provoquaient des saignements et des irrégularités dans son cycle. C’est à cette époque qu’elle eut l’idée de venir consulter la maternité Sainte Elizabeth d’un hôpital catholique de Padang, dans la province de Sumatra-Nord. Là, elle a rencontré une religieuse, Sour Agnès Syukur, de la Congrégation des Sours de la Charité de Notre Dame de la Miséricorde, directrice de la maternité et spécialiste des méthodes naturelles de régulation des naissances.

“Je voulais rencontrer la religieuse seulement pour me faire conseiller un contraceptif qui ne nuise pas à ma santé se souvient Mariana Tampati. Ce dont la religieuse lui a alors parlé, ce n’était pas un nouveau contraceptif, mais la méthode Billings. Développée par les docteurs australiens John et Evelyn Billings, la méthode de régulation naturelle des naissances ne fait appel à aucun médicament et ne requiert pas d’assistance médicale. Fondée sur l’observation du cycle féminin, elle est une des quatre méthodes naturelles agréées par l’Eglise. Sour Agnès Syukur connaissant cette méthode pour l’avoir étudié auprès du Dr John Billings, en 1976, quand le diocèse de Padang et sa congrégation l’avaient envoyée étudier trois mois en Australie.

Sour Agnès Syukur explique que la première chose qu’elle dit à ceux qui viennent la voir dans le but de prévenir une grossesse, c’est qu’un enfant est un don de Dieu. “Mais chercher à organiser l’arrivée d’une grossesse n’est pas contraire à la volonté de Dieu, ajoute-t-elle. Dieu a donné aux êtres humains une intelligence et la capacité de le faire.” Mariana Tampati se souvient, pour sa part, que lors de leur première rencontre, en septembre 1991, la religieuse lui a demandé de noter soigneusement son cycle menstruel. “Elle m’a donné un livre avec des pastilles de différentes couleurs pour marquer les périodes, fertiles ou infertiles poursuit-elle, ajoutant qu’un effet collatéral de la méthode a été de lui permettre, à elle et à son mari, Yuwizar, de parler ouvertement de leurs relations conjugales et, pour elle, de se sentir plus en sécurité. “Je peux lui dire quand nous pouvons faire l’amour et quand nous ne le pouvons pas, dit-elle. La méthode est sûre dans la mesure où nous pouvons gérer le rythme de nos unions conjugales.”

S’interrogeant quand à leur capacité à élever une famille nombreuse, le couple a décidé, après la naissance de leur second fils, que, pour eux, “deux enfants suffisaient malgré le fait qu’ils n’aient pas de fille. Mariana Tampati précise que, depuis quatorze ans que son mari et elle utilisent la méthode Billings, ils n’ont pas eu de nouvelle grossesse. Libérée des effets secondaires des contraceptifs qui la faisaient souffrir, Mariana Tampati explique que ce ne sont pas des motifs religieux qui lui ont fait adopter cette méthode naturelle de régulation des naissances, mais seulement la sécurité qu’elle lui procurait (1).

Aujourd’hui, âgée de 82 ans, Sour Agnès Syukur conserve les noms et adresses des près des 2 000 couples – dont 70 % sont des musulmans – qui sont venus lui rendre visite pour un suivi de grossesse. A tous, elle a donné une information sur la méthode Billings. Ceux qui s’y sont intéressés venaient la revoir, pour lui présenter leur enfant et éventuellement se former à la méthode. La religieuse, diplômée au début des années 1950 aux Pays-Bas en tant qu’infirmière et sage-femme, a été la première dans le diocèse de Padang à promouvoir les méthodes naturelles. Munie d’une licence du Service de santé local, elle a ouvert un service gratuit de consultation dans son hôpital en 1979. A la retraite depuis l’an 2000, elle continue cependant à recevoir des couples mariés dans son couvent Ste Anne de Padang. Environ “70 % ont des difficultés à avoir un enfant précise-t-elle. Après avoir examiné les personnes qui viennent la consulter, elle recommande aux couples d’avoir des relations conjugales pendant les périodes de fertilité et leur rappelle qu’avoir un enfant relève de la responsabilité de l’un et de l’autre et qu’ainsi, “le mari et la femme n’ont pas à rejeter leur propre responsabilité sur l’autre (en cas d’infertilité)”. Elle recommande également à ces couples de ne pas omettre de prier, chacun selon sa religion.