Eglises d'Asie

Même complètement guéri et depuis longtemps, un patient victime de la maladie de Hansen (lèpre) ne rentre jamais chez lui

Publié le 18/03/2010




Vêtu d’un short et d’une veste sans manches, Alexius Runjan est tranquillement assis dans un fauteuil de bois. Ses lunettes sur le nez, il contemple le joli jardin fleuri de la léproserie catholique où il est logé depuis quarante ans. Ses deux mains, une grande partie de sa jambe droite et de son pied gauche lui ont été retirés par chirurgie. A 78 ans, cela fait longtemps qu’il est guéri de la lèpre. Pourtant, il ne pense pas à partir. « J’ai été hospitalisé ici en 1967. Mes enfants et mes petits enfants ne sont venus me voir que deux fois », a-t-il confié à l’agence Ucanews en mai dernier (1).
Parler de sa famille qui l’a rejeté reste pour ce catholique âgé un point sensible. « Quand j’ai voulu aller les voir, dit-il, ceux que j’aimais le plus m’ont répondu que personne ne pouvait s’occuper de moi au village. » Alexius Runjan a deux filles et un fils. « Je ne sais rien d’eux ni de mes petits enfants », regrette-t-il.

 

Il avait 38 ans quand le docteur a diagnostiqué sa maladie à l’hôpital de la léproserie catholique Alverno de Singkawang. C’est l’unique léproserie de la province Kalimantan-Ouest, sur l’île de Borneo. L’Eglise catholique avait ouvert cet hôpital au service de tous les patients, sans distinction de races ou de religions, le 17 novembre 1925. Confié aux sœurs franciscaines de l’Immaculée Conception, il abrite aujourd’hui 24 patients, dont d’anciens malades guéris. Sept sont des femmes. La plupart sont totalement sains, mais préfèrent rester à l’hôpital parce que leurs familles s’opposent à leur retour. Sœur Angelina Theresia Teknawati est la seule religieuse de sa communauté encore en exercice dans l’hôpital. « Nos patients sont devenus pour nous comme des frères et des sœurs parce ils n’ont plus de famille depuis longtemps », confie-t-elle. « Nous ne savons pas où sont leurs proches » qui, bien souvent, les ont abandonnés à la porte de l’hôpital. « Pour les Chinois, la lèpre est la maladie des gens maudits. » Aussi, explique-t-elle, la léproserie n’a-t-elle jamais cherché à approcher la famille d’un patient guéri pour que celle-ci le reprenne sous son toit.

Mgr Hieronymus Bumbun, archevêque de Pontianak, précise qu’un patient lépreux, guéri ou non, a besoin d’un traitement spécial pour l’aider à récupérer sa confiance en lui et une bonne opinion de lui-même. Aussi se réjouit-il de la décision des autorités sanitaires publiques d’avoir placé une psychologue de formation, une musulmane, à la tête de l’hôpital. Il est très important d’accompagner psychologiquement les malades guéris, car, s’ils ont pu se débarrasser de la maladie de Hansen, ils risquent de souffrir du fait de ce rejet manifesté par leurs familles.

C’est en octobre 1954 que le ministère de la Santé a fait de la léproserie catholique Alverno un établissement référent pour la province Kalimantan-Ouest. C’est pourquoi le gouvernement assure les frais de fonctionnement de l’hôpital, ainsi que le coût de l’entretien des patients. Oscar Primadi, responsable provincial du ministère de la Santé, dit son appréciation de l’action sociale de l’Eglise catholique. Le gouvernement a besoin d’une léproserie dans la province car, souligne-t-il, chaque année, un malade a besoin de traitements spécifiques. Selon des statistiques nationales, le nombre des malades de la lèpre, qui était de 126 221 en 1985, a chuté à 21 092 en 2005.

Equipé d’une prothèse et de chaussures orthopédiques, Alexius Runjan se dit heureux de pouvoir déambuler sous les arbres du jardin, mais sa pudeur cache mal sa tristesse d’être délaissé par ses proches.