Eglises d'Asie

Le rôle pastoral des petites communautés de laïcs a été remis en question lors de la réunion annuelle des prêtres du diocèse de Masan

Publié le 18/03/2010




Lors de la réunion annuelle, au début du mois d’octobre dernier, des prêtres du diocèse de Masan, la réflexion principale a porté sur les « petites communautés de laïcs », leurs objectifs et leur apport dans la vie des paroisses et des paroissiens. Les débats ont fait apparaître de fortes divergences entre les prêtres sur le rôle que doivent jouer ces communautés de laïcs dans la vie de l’Eglise. Pour la majorité des prêtres, la participation et l’implication des laïcs dans la vie pastorale du diocèse, au travers de ces communautés, sont insuffisantes, notamment à l’aune des réformes du concile Vatican II en ce domaine. Pour les autres prêtres, il est nécessaire de donner du temps à ces communautés afin qu’elles se développent.

Organisées au sein des paroisses, les petites communautés de laïcs ont reçu pour mission de renforcer les relations entre les membres d’une même communauté locale et de développer les liens entre prêtres et laïcs, en amenant ces derniers à prendre une place plus importante dans la vie de l’Eglise. Des rencontres régulières favorisent la communion et permettent l’approfondissement de la foi de chacun grâce à des temps de partage, de lecture, d’étude de la Bible et surtout de prière.

 

Pour le P. Edward Ri Je-min, prêtre du diocèse de Masan, malgré les efforts accomplis pour mettre en place ces communautés, le clergé y occupe une place encore trop importante, et ce au détriment des laïcs. Selon lui, les groupes d’étude bibliques et de dévotions mariales existant dans les paroisses depuis les années 1970 sont plus proches de l’esprit du concile Vatican II que les petites communautés de laïcs, « dominées » par les curés de paroisse. Dans un article paru le 29 octobre dernier sur un journal catholique en ligne (1), le P. Ri Je-min, qui a obtenu en 1986 un doctorat en théologie fondamentale à l’Université de Wurzburg (Allemagne), n’hésite pas à affirmer que « les petites communautés de laïcs, telles qu’elles se pratiquent actuellement, ne sont pas de vraies communautés de base ; par conséquent, dans l’immédiat, il vaudrait mieux les supprimer ».

 

Augustine Park Hyun-joon, maître de conférence à l’université jésuite Sogang, à Séoul, partage l’avis du P. Ri sur le fait qu’en Corée, les petites communautés de laïcs ne sont pas fondées sur la participation libre des laïcs mais plutôt dirigées et contrôlées par les prêtres. Selon lui, à l’heure actuelle, ces communautés « n’offrent pas aux laïcs le partage d’une bonne expérience », celle d’un approfondissement de la foi, d’une rencontre avec un Dieu libérateur et de la découverte d’une vie nouvelle en tant que catholiques.

 

Pour le P. Bartholomew Jun Won, directeur du Centre de recherches pour la pastorale, de l’archidiocèse de Séoul, les propos du P. Ri Je-min doivent toutefois être relativisés. « Les critiques du P. Ri ne sont pas nouvelles et elles dénotent une incompréhension de ce que sont les petites communautés de laïcs », explique-t-il. En Corée, ces communautés de laïcs n’en sont encore qu’au tout début de leur développement et, dans un contexte culturel fortement marqué par le confucianisme, la figure du prêtre, telle qu’elle existe dans l’Eglise catholique en Corée, n’autorise pas un partage aisé des responsabilités. Ce partage est cependant un élément clé du développement de la pastorale dans l’Eglise de Corée et ces communautés y contribuent, selon le P. Jun Won.

 

Le P. Gregory Yang Tae-hyun, responsable de la pastorale du diocèse de Masan, affirme lui aussi que l’implantation récente des petites communautés de laïcs – dix ans à peine – ne permet pas d’avoir suffisamment de recul pour pouvoir évaluer la situation, tout en précisant que les vues du P. Ri Je-min et des autres prêtres qui lui sont proches ne sont pas représentatives de l’opinion de tous les prêtres du diocèse de Masan sur le sujet.