Eglises d'Asie

Gujarat : la police refuse d’enregistrer la plainte déposée par des missionnaires catholiques victimes d’une attaque perpétrée par des hindouistes et les poursuit en justice

Publié le 18/03/2010




Trois jours après avoir été violemment attaqués par des extrémistes hindous à la sortie de Badiya, un village du Gujarat situé dans une région peuplée d’aborigènes, proche de la frontière du Madhya Pradesh, dix-huit missionnaires salésiens et une religieuse dominicaine ont été accusés par la police d’avoir enfreint un décret interdisant les rassemblements de plus de quatre personnes. L’agression a eu lieu le 19 décembre, durant la période précédant la publication du résultat des élections législatives dans l’Etat, lesquelles ont été remportées par le parti nationaliste, le BJP (Parti du peuple indien) (1).

L’un des dix-neuf missionnaires, le P. Monty Joseph Rodrigues, responsable de la Don Bosco Education Society, qui gère une école et plusieurs autres institutions dans la région de Kawant, sur le territoire du diocèse catholique de Borada, a relaté à l’agence Ucanews l’agression dont le groupe a été victime. Le 19 décembre, le groupe de missionnaires se trouvait à Badiya, un village situé à une vingtaine de kilomètre de Kawant, pour y préparer une pièce de théâtre lorsqu’un groupe de personnes du village voisin leur a demandé de partir, les menaçant de « terribles conséquences » s’ils poursuivaient leur activité. « Pour éviter toute confrontation, nous avons aussitôt arrêté notre programme », a rapporté le P. Rodrigues. Quelques instants plus tard, tandis que les missionnaires quittaient le village à bord de deux véhicules, leurs agresseurs, armés de bâtons et de barres en fer, les ont attaqués. Douze d’entre eux ont été blessés, dont quatre sérieusement – l’un des salésiens, Frère Ramesh, ayant eu quatre doigts amputés.

 

Au poste de police, l’enregistrement de la plainte des religieux catholiques a été refusé. De plus, selon le P. Rodrigues, les policiers n’ont rien entrepris contre les assaillants ; aucun d’eux, même ceux reconnus formellement par l’un des religieux, n’a été interpellé. « Nous ne nous sentons pas en sécurité et sommes effrayés de savoir que nos agresseurs rôdent dans les environs », a expliqué Frère Ramesh, qui précise que lui et ses compagnons ont quitté Kawant par crainte d’être arrêtés par la police.

 

Au Gujarat, ce n’est pas la première fois que des chrétiens sont menacés. Cette année, les célébrations de Noël à Kawant ont dû être annulées par crainte d’attaques d’extrémistes hindous, qui reprochent aux missionnaires chrétiens de convertir « de force » les aborigènes et les pauvres en les attirant à eux par le biais de leurs institutions éducatives ou de santé. Selon le P. Rodrigues, c’est toutefois la première fois en 20 ans que les salésiens sont confrontés à une telle agression. Il a précisé que, ces jours-ci, la police a protégé efficacement une de leurs écoles ainsi qu’un couvent de dominicaines à Kawant qui étaient menacés par une manifestation d’extrémistes hindous.