Eglises d'Asie

Orissa : après de nouvelles violences antichrétiennes dans le district de Kandhamal, l’Eglise catholique en appelle à la protection des forces de l’ordre

Publié le 18/03/2010




« Ils ont osé recommencer. » C’est par ces mots d’indignation que Mgr Raphael Cheenath, archevêque catholique de Cuttack-Bhubaneswar, a réagi aux attaques dont des chrétiens du district de Kandhamal ont été victimes le 8 juillet dernier. Dans cette région de l’Etat d’Orissa, des chrétiens dalits ou appartenant aux milieux aborigènes qui avaient subi de violentes attaques à Noël dernier ont à nouveau été victimes d’extrémistes hindous (1).

L’archevêque a écrit aux autorités fédérales et au gouvernement de l’Orissa pour demander le déploiement de forces de l’ordre dans ce district.

On se souvient qu’à Noël dernier, les violences antichrétiennes à Kandhamal avaient fait cinq morts et d’importants dégâts matériels ; de nombreux lieux de culte ainsi que des institutions chrétiennes avaient été détruites. Cette fois-ci, le 8 juillet, les incidents ont éclaté à Tumudibandh, localité du district de Kandhamal. Les hindouistes ont abattu des arbres sur les routes pour bloquer les accès au village et saccager les institutions chrétiennes sans crainte d’une intervention de la police. Une église catholique a été vandalisée, le presbytère attenant mis à sac et un orphelinat tenu par des protestants assailli ; pour échapper aux extrémistes hindous, les enfants de cet orphelinat ont trouvé refuge dans la forêt.

 

Selon le témoignage d’un paysan protestant de Malikpada, village voisin de Tumudibandh, ces nouveaux incidents sont dus à une histoire de vente de viande bovine. L’Orissa figure au nombre des Etats de l’Union indienne interdisant l’abattage des vaches, animal sacré pour les hindous. Selon certaines versions de l’histoire, des chrétiens auraient abattu une vache et s’en retournaient chez eux chargés de viande ; selon d’autres versions, ce sont des hindous de basses castes qui auraient tué l’animal et les chrétiens se seraient contentés d’acheter la viande. Toujours est-il que le chemin des chrétiens a croisé celui d’un religieux hindou, Bula Chauduri, qui a menacé de les faire envoyer en prison et les a pris en photo avec son téléphone portable. Les villageois ont commencé par lui demander d’effacer la photo en question, puis le ton est monté ; ils se sont saisis du portable du religieux, et ce dernier est allé rapporter l’incident à Lakshmananda Saraswati, un nationaliste hindou octogénaire, considéré comme l’instigateur des violences antichrétiennes de Noël dernier. Saraswati, en compagnie d’une foule de militants hindouistes, s’est rendu à Malikpada, où il a tenté de provoquer des incidents, mais sans succès, les villageois hindous faisant corps avec les chrétiens. C’est ensuite que lui et ses hommes sont allés commettre des exactions à Tumudibandh. Le soir même, dans plusieurs localités du district, de jeunes hindous ont fait cause commune avec des chrétiens pour empêcher les extrémistes hindous de perpétrer des violences supplémentaires.

 

Selon Mgr Raphael Cheenath, « ce que n’accepte pas Saraswati, c’est tout le travail de promotion humaine que l’Eglise catholique réalise auprès des dalits et des aborigènes. Les services que nous offrons vont contre l’ostracisme dont sont victimes ces populations et nous leur redonnons une dignité dont elles ont été dépouillées ». L’archevêque a appelé les autorités à assurer la sécurité des chrétiens. Le 9 juillet, des policiers ont été postés à Tumudibandh et une enquête a été ouverte.

 

Les chrétiens représentent 2,4 % et les hindous 94,4 % des 36,8 millions d’habitants de l’Orissa, un des Etats de l’Union indienne où les extrémistes hindous sont les plus actifs. Les attaques antichrétiennes y ont été nombreuses et parfois meurtrières. Outre les attaques de Noël dernier, deux des plus notables incidents de ces dernières années se sont produits en Orissa : en 1999, à Keonjhar, des militants fondamentalistes hindous ont brûlé vifs, dans leur voiture, le pasteur australien Graham Stuart Staines et ses deux enfants ; un prêtre catholique, le P. Arul Doss, du diocèse de Balasore, a été tué la même année (2).