Eglises d'Asie

Désirant se marier, des prêtres catholiques rejoignent l’Eglise anglicane

Publié le 25/03/2010




Ces dernières années, l’Eglise catholique en Corée du Sud a perdu quatre de ses prêtres, qui ont rejoint la Communion anglicane au motif qu’ils pouvaient rester prêtre dans cette Eglise tout en étant autorisés à se marier. Et aujourd’hui, deux autres prêtres catholiques se préparent à quitter leur Eglise pour devenir prêtres anglicans. « Ils souhaitent se marier sans pour autant…

… abandonner leur mission de pasteur », explique le Rév. Lee Kyong-nae, prêtre anglican et lui-même ancien séminariste catholique.

A l’heure où la récente décision du pape Benoît XVI de faciliter l’intégration au sein de l’Eglise catholique de membres du clergé anglican est dans tous les esprits, ce passage, pour limité qu’il soit en nombre, de prêtres catholiques sud-coréens à l’anglicanisme est singulier. Pour le Rév. Lee Kyong-nae, les quelques prêtres concernés « ont pris une décision honnête et courageuse en quittant ainsi l’Eglise catholique pour bâtir une famille ; ils ont abandonné tout ce qui faisait leur identité dans leur Eglise ». En Corée du Sud, où l’Eglise catholique réunit 10 % de la population et, avec 4 200 prêtres, représente une institution forte, l’anglicanisme fait figure d’Eglise très modeste, avec 195 prêtres, trois évêques pour trois diocèses et 60 000 fidèles.

Au secrétariat général de la Province anglicane de Corée, le Rév. Abraham Kim Gwang-joon confirme que l’obligation du célibat est bien la raison principale qui a fait que des prêtres catholiques ont quitté leur Eglise d’origine. « Bien entendu, leurs motivations personnelles sont multiples mais la question du mariage est bien la plus importante pour eux », précise-t-il. Contactés par l’agence Ucanews, deux des prêtres concernés n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet (1).

Si le passage d’un prêtre anglican au catholicisme est compliqué par le fait que sa décision implique qu’il reçoive le sacrement de l’ordre dans l’Eglise catholique, il est en revanche nettement plus facile dans le cas du passage du catholicisme à l’anglicanisme. Il suffit au prêtre catholique désireux de faire ce pas d’en faire la demande ; après une étude de son cas et un an de formation à la théologie anglicane, il sera pleinement admis comme prêtre dans la Communion anglicane. « L’Eglise anglicane perçoit l’Eglise catholique comme étant une Eglise-sœur issue des Apôtres. C’est pourquoi nous reconnaissons la validité de l’ordination sacerdotale donnée dans l’Eglise catholique », explique le Rév. Lee Kyong-nae.

Sur un plan culturel, la Corée, profondément influencée par le confucianisme et le bouddhisme, connaît bien la question du célibat. D’un côté, l’idéal moral et social façonné par le confucianisme privilégie le mariage dans la mesure où le fait d’engendrer un héritier mâle est perçu comme essentiel à la continuation du culte des ancêtres. De l’autre, le bouddhisme a légitimé le célibat, sous la forme du célibat monastique. En adoptant cet état de vie en vue du perfectionnement spirituel de sa personne, le moine préserve son utilité sociale et ne contrevient pas à la piété filiale en ce sens que ses prières contribuent, le cas échéant, à délivrer ses parents de l’enfer, notion largement représentée dans l’iconographie bouddhique coréenne.

Sur un plan dogmatique, les anglicans sud-coréens se montrent relativement « libéraux ». Là où, dans le monde, une partie des anglicans rejoint l’Eglise catholique pour exprimer son désaccord avec l’accès des femmes au sacerdoce presbytéral ou l’acceptation de l’homosexualité chez les prêtres, l’Eglise anglicane de Corée a choisi de dire oui à l’ordination des femmes. Quatorze femmes ont ainsi été ordonnées prêtres depuis 2001. L’homosexualité des prêtres n’est toutefois pas acceptée. « Bien des fidèles âgés se montrent sceptiques à l’idée de voir des communautés dirigées par une femme prêtre, mais, au fil du temps, la situation s’améliore, explique le Rév. Lee Kyong-nae. Quant à l’homosexualité des prêtres, nous ne l’acceptons pas encore. »

Il y a quelques jours seulement (2), commentant la proposition du pape Benoît XVI d’accueillir au sein de l’Eglise catholique les anglicans qui le désirent, le Rév. Abraham Kim Gwang-joon déclarait : « La circulation des personnes entre les deux Eglises fera avancer l’œcuménisme. »