Eglises d'Asie

Au Karnataka, la menace d’attaques imminentes des hindouistes répand la panique parmi les chrétiens

Publié le 25/08/2011




 La panique s’est emparée des chrétiens du Karnataka depuis le lancement d’un recensement par le gouvernement de l’Etat dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), vitrine politique du mouvement hindouiste. Ils craignent une entreprise camouflée de « fichage » des fidèles, préparatoire à une opération de « nettoyage de masse » des minorités religieuses par les extrémistes hindous, qui pourrait être d’une plus grande ampleur encore que les violences antichrétiennes de 2008.

 Des faits similaires se sont déjà produits dans d’autres Etats à forte dominante hindouiste, comme au Gujarat ou plus récemment au Madhya Pradesh (1). Dans ce dernier, également gouverné par le BJP, le « fichage » des chrétiens devait être réalisé par la police locale, chargée de déterminer le nombre de chrétiens dans l’Etat et leur identité, les zones « sensibles » (à forte population chrétienne), les lieux de culte existants ou en construction, les établissements d’enseignement et autres centres dirigés par l’Eglise, leurs sources financières, ou encore la présence « d’éléments criminels » (vérification des casiers judiciaires) au sein des communautés chrétiennes. Cette circulaire diffusée dans tous les commissariats en mars dernier avait déclanché une forte réaction des Eglises et ONG de défense des droits de l’homme.L ’Etat avait fait marche arrière et stoppé l’enquête, arguant d’ « une mauvaise interprétation due à un dysfonctionnement des services de communication ».

Au Karnataka, le « recensement », qui ne cible que les chrétiens et les églises, a été, comme au Madhya Pradesh, confié à la police locale. Le « Global Council of Indian Christians » (GCIC), une ONG d’obédience protestante qui lutte contre les violences antichrétiennes, a dénoncé une « tentative claire pour appliquer le programme officieux du Sangh Parivar », la mouvance réunissant les organisations extrémistes hindoues. « Il s’agit d’une violation des droits fondamentaux des personnes à pratiquer et prêcher librement leur religion, comme le garantit la Constitution » a déclaré Sajaan George, président de l’organisation.

L’opération est déjà en cours dans le district de Chikmagalur où les responsables des paroisses et les organisations chrétiennes (catholiques comme protestantes) doivent déclarer tous les lieux de culte et les biens qui en dépendent, et ont l’obligation de fournir les coordonnées des responsables, les comptes bancaires, les horaires des offices et leur fréquentation par les fidèles.

Les craintes des communautés chrétiennes ont été renforcées ces derniers temps par une recrudescence des attaques hindouistes : ces dernières semaines, des actes de violences anti-chrétiennes ont été perpétrés par des extrémistes hindous lors des offices dominicaux et plusieurs églises ont été saccagées et profanées. Dimanche dernier, un pasteur pentecôtiste, le Rév .Sangappa Hosamani Shadrak, a été sérieusement blessé par une vingtaine d’hindouistes alors qu’il célébrait un office à domicile.

Comme lors des précédentes vagues de violences contre les communautés chrétiennes, les extrémistes hindous motivent leurs attaques par des accusations de conversions forcées, un thème récurrent bien que constamment réfuté par les différentes Eglises qui soulignent que ce type de conversion est un acte « fondamentalement non-chrétien ».

Lors des violences antichrétiennes de 2008, le Karnataka a figuré parmi les Etats les plus touchés, avec plus d’une centaine d’attaques dont certaines particulièrement meurtrières. Réfutant en février dernier le rapport « partial et légitimant la position du parti au pouvoir, dont la politique est résolument hostile aux minorités » de la commission mandatée par le gouvernement pour enquêter sur les violences de 2008, les chrétiens menés par Mgr Moras, archevêque de Bangalore, ont demandé qu’un nouveau rapport soit effectué par des organisations indépendantes et que les responsables des actes de violence soient poursuivis (2).

La peur d’attaques imminentes de la part des hindouistes a commencé à se répandre parmi les chrétiens en début de semaine, après que les services de police aient contacté par téléphone de nombreux pasteurs, leur enjoignant de se faire enregistrer au commissariat le plus proche. Il leur avait été également demandé de fournir le nombre de leurs fidèles à chaque office et signalé qu’il leur faudrait demander désormais l’autorisation du commissaire de district avant d’organiser un rassemblement.

La plupart de ces pasteurs appartenaient à la Karnataka Mission Network (KMN) une association de 27 Eglises pentecôtistes. Le président de la KMN, le Rév. Walter Mab a rapporté que plus de 70 pasteurs avaient été contactés et qu’il leur avait été spécifié que s’ils ne se faisaient pas enregistrer, la police serait dans l’incapacité de les protéger, que ce soit dans leurs lieux de culte ou lors de rassemblements.

Les menaces ont été très clairement formulées, a estimé ce mercredi 24 août auprès de l’agence Ucanews, le P. Ronnie Prabhu, Secrétaire général du Karnataka United Christians Forum for Human Rights (KUCFHR) (3). « Les pasteurs devront suivre les instructions à la lettre ou ils seront en danger », poursuit le prêtre jésuite qui signale que lorsqu’un pasteur appartenant à une « Eglise non agréée » se rend au commissariat, il lui est répondu qu’il n’y a aucune consigne ni formulaire le concernant.

Citant des sources policières, le P. Prabhu a confirmé également que des groupes hindous planifiaient bien des attaques contre les chrétiens afin de marquer l’anniversaire des violences de 2008.

Selon lui, la police qui n’ignore pas les desseins des extrémistes, « est en train de mettre en place les conditions qui lui permettra se dégager de toute responsabilité en cas d’incidents » (4).