Eglises d'Asie

Diffusion d’un calendrier représentant Jésus une cigarette et une bière à la main

Publié le 21/01/2013




Le « smoking & drinking Jesus » est réapparu. Cette fois, l’image représentant un Christ sulpicien une canette de bière dans une main, une cigarette dans l’autre, a été publiée dans le calendrier 2013 d’un ancien membre Shiv Sena (1) du conseil municipal de la ville de Pune dans l’Etat du Maharashtra, où sévit actuellement une campagne hindouiste anti-chrétienne intense.

Cette image que l’Eglise dénonce de nouveau aujourd’hui comme le « détournement blasphématoire d’une image sacrée et très chère aux chrétiens » fait depuis quelques années des apparitions régulières en Asie, et tout particulièrement en Inde.

C’est le Pune Mirror qui a révélé l’affaire le 20 janvier, avant que l’information ne soit diffusée par le Catholic Christian Secular Forum (CSF) le lendemain. L’Eglise a porté plainte contre l’ancien conseiller municipal de Kondwa à Pune, Tanaji Dnyandeo Lonkar, ainsi que l’éditeur du calendrier, K. Sagar. L’affaire, portée par deux avocats, Vikram Emmanuel Amolik et Pankaj Kachardas Bhandari, tous deux âgés d’une trentaine d’années, est actuellement pendante devant le tribunal de Pune.

« Depuis décembre dernier, Tanaji Lonkar a distribué plus de 30 000 exemplaires de ce calendrier aux résidents de Kondhwa. L’image incriminée est insultante pour la foi des chrétiens et blesse profondément leurs sentiments religieux », dénonce Me Vikram Emmanuel Amolik auprès du Pune Mirror.

L’avocat ajoute avoir déposé plainte le 7 janvier « au commissariat de police central de Pune plutôt qu’au poste de police du quartier de Kondhwa où les accusés risquaient de faire jouer leur influence » mais qu’ elle « n’avait pas été enregistrée ».

Le principal intéressé, Tanaji Lonkar, s’est défendu, toujours dans les colonnes du Pune Mirror : « Notre prestataire [K. Sagar] a utilisé une image trouvée sur Google et n’a pas vu ce qu’elle pouvait avoir de répréhensible étant donné qu’il s’agissait d’une petite image. Depuis, j’ai retiré les calendriers du circuit de distribution. »

Le CSF, qui demande ce lundi 21 janvier à l’Etat du Maharashtra de prendre des mesures sévères à l’encontre du membre Shiv Sena et de son éditeur, rappelle que la dernière alerte qui a été relayée par l’organisation sur la même question ne remonte qu’au 18 décembre. « Nous avons été inondés de mails et d’appels téléphoniques, rapporte le directeur du CSF Joseph Dias, mais cette mobilisation a porté ses fruits. » Vishweshwar Bhat, hindouiste notoire et éditeur du journal Kannada Prabha de Bangalore, qui avait fait paraître la photo incriminée dans son édition du 13 décembre dernier, avait été contraint de faire paraître des excuses à la Une de sa dernière édition, après l’action efficace et rapide du P. Ronnie Prabhu et du juge Michael Saldanha, soutenus par des centaines de militants du CSF.

La première diffusion dans les médias du Sacré-Coeur sulpicien transformée en « smoking & drinking Jesus » remonte, semble-t-il, à l’été 2007 lorsque le journal malaisien en langue tamoule Makkal Osai destiné à la minorité indienne du pays avait voulu illustrer humoristiquement la phrase : « Si quelqu’un se repent de ses fautes, le paradis l’attend ». Le journal avait été suspendu de publication pendant un mois pour avoir « heurté les sentiments religieux des catholiques ».

Un an plus tard, en juillet 2008, le même incident se reproduisait en Inde, dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, au sein d’une publication appartenant à un homme politique protestant. Des manifestants chrétiens furieux avaient attaqué les bureaux du quotidien Sakshi (‘Témoin’ en telugu) et le calme n’était revenu qu’après que Y. S. Rajasekhara Reddy, le ministre-président de l’Etat, avait affirmé avoir « le plus grand respect pour Jésus Christ »  et admis que la publication de l’image en question était une « bévue » de l’un des maquettistes qui avait téléchargé l’image sur Internet.

Peu auparavant, c’était le magazine du diocèse catholique de Neyyattinkara au Kerala, Vachana Jyotis, qui avait publié la même illustration à la Une de son édition du 5 juin. L’évêque du lieu, Mgr Vincent Samuel, avait dû expliquer que la rédaction du journal avait décidé d’imprimer l’image controversée en petit format sur la couverture, mais, qu’au retour de chez l’imprimeur, il avait été constaté qu’elle était en grand format. L’équipe diocésaine avait essayé de camoufler l’image de la cigarette avec des autocollants, en vain. Les fidèles avaient violemment protesté et la publication avait été définitivement arrêtée.

Mais la publication du smoking & drinking Jesus qui a provoqué le plus grand scandale est sans aucun doute celle de 2010 où l’image incriminée avait été trouvée dans un manuel scolaire. Destiné à l’apprentissage de la lecture des élèves du Meghalaya, l’un des Etats comptant le plus de chrétiens en Inde (près de 70 % de la population), l’ouvrage présentait le Sacré-Coeur fumant et buvant, en illustration du mot Idol pour la lettre I. La police du petit Etat du Nord-Est de l’Inde avait saisi tous les exemplaires et une plainte avait été déposée contre l’éditeur de New Delhi, Skyline Publications. L’ensemble des communautés chrétiennes de l’Inde avait relayé l’information et fait part de leur indignation. Quant à la Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI), elle avait demandé à « toutes les écoles catholiques indiennes de boycotter les ouvrages de cet éditeur, qui avait violé les bases de la Constitution indienne (…) et son esprit de tolérance religieuse, en tentant de porter atteinte à l’image de Jésus-Christ qui est au centre de la foi et de la vie chrétiennes ».