Eglises d'Asie

Informations supplémentaires sur une réforme de la religion traditionnelle des H’mongs et sur son promoteur Duong Van Minh

Publié le 21/02/2014




La réforme introduite par Duong Van Minh dans la religion traditionnelle (chamanisme) de certains H’mongs des provinces du nord-ouest vietnamien date de 1989. Ce n’est pourtant que récemment qu’il a été publiquement question de cette nouvelle religion. Elle avait d’abord été la cible …

… de plus en plus fréquente de la critique et des attaques virulentes de la presse officielle, en particulier des divers organes de la Sécurité publique (Công An, An Ninh Thu Dô), qui lui ont attribué des visées politiques et indépendantistes.

Cette réforme religieuse ne fut vraiment connue du grand public, il y a quelques mois, que lorsqu’une importante délégation de H’mongs venant des provinces montagneuses du nord-ouest s’est rendue dans la capitale pour y faire connaître ses plaintes en matière religieuse. Les délégués H’mongs ont campé dans un jardin public de Hanoi et ont diffusé pour un large public le récit de la persécution subie par eux. Deux récents articles d’Eglises d’Asie s’étaient fait l’écho de la plainte des H’mongs et de la répression menée par les autorités à leur endroit.

Si la religion traditionnelle des H’mongs (chamanisme) est bien connue et a fait l’objet d’une copieuse littérature en diverses langues (1), on ne savait en revanche que très peu de choses de la nouvelle religion et de la réforme religieuse accomplie par Duong Van Minh, sinon qu’elle avait remplacé les anciennes coutumes funéraires, qui se déroulaient autrefois à l’intérieur des maisons, par des cérémonies célébrées dans des lieux de culte extérieurs, systématiquement détruits aujourd’hui par les pouvoirs publics, comme le montrent certaines vidéos.

Un journaliste indépendant, Jean-Baptiste Nguyên Huu Vinh, originaire du diocèse catholique de Vinh, a remédié à cette lacune. Il connaît bien la situation religieuse des H’mongs du nord-ouest, auxquels il s’intéresse depuis longtemps. Il a réussi à rencontrer Duong Van Minh, le fondateur de cette religion, aujourd’hui très malade. L’ensemble de ses recherches ont paru sur le blog « Bôn Phuong », le 11 et 12 février 2014, sous le titre de « Rencontre avec Duong Van Minh » (2 et 3).

Dans son entretien, Duong Van Minh décrit ainsi la situation religieuse des H’mongs avant qu’il ne leur propose la réforme religieuse décrite sous le nom de « Bo Ma », le renoncement aux esprits : « Avant 1989, mes compatriotes et moi-même étions fort attardés. Nous croyions aux esprits, nous les vénérions et leur offrions des sacrifices. Les porcs, les buffles et les bœufs sacrifiés aux esprits, ainsi que les funérailles étaient pour nous quelque chose de très pesant. Le fils du défunt, qu’il soit riche ou pauvre, devait suspendre la dépouille de son père dans la maison pendant neuf jours et neuf nuits (au minimum sept jours et sept nuits) pour qu’il devienne un esprit. Chacun des enfants devait abattre un buffle, un bœuf. »

Dans son introduction au récit de la rencontre, le journaliste Jean-Baptiste Nguyên Huu Vinh parlant de l’emprise des esprits sur la vie des H’mongs avait écrit que « les esprits tyrannisaient les H’mongs tout au long de leur vie, depuis bien avant leur naissance jusqu’à très longtemps après leur mort ».

Duong Van Minh a ensuite ainsi résumé la réforme religieuse effectuée : « En 1989, à l’issue d’un rêve, j’ai annoncé à tout le monde qu’il fallait renoncer aux esprits et croire au Ciel. Dans la langue h’mông, on l’appelle ‘Vang Chu’ et dans la langue commune (le vietnamien) ‘Ông Troi’ (‘Monsieur le Ciel’). Selon cette nouvelle religion, il ne faut faire du tort à personne, ne pas dépenser le bien d’autrui, ne pas porter tort à la santé des autres, n’obliger personne à verser une goutte de sueur ou une simple larme… »

Selon Duong Van Minh, cette réforme religieuse s’est effectuée dans un laps de temps très réduit. La transformation des coutumes a pris trois jours pour certaines et trois mois pour d’autres. Elle s’est accomplie avec une grande facilité : « Au début, je me suis contenté de déclarer : ‘Je renonce’… Je ne force personne à me croire ou à me suivre. »

Si la transformation des coutumes religieuses se déroulait sans grosses difficultés au sein des populations montagnardes, cela n’a pas été le cas pour les autorités civiles, qui, dès le début, se sont dressées pour faire obstacle à ce nouveau mouvement religieux. Pour le promoteur de la nouvelle religion, ce fut le début d’une vie d’épreuves. Il dut subir une surveillance de tous les instants, des interrogatoires, des arrestations, la détention ou encore la clandestinité. Lorsque Jean-Baptiste Nguyên Huu Vinh l’a rencontré en février 2014, Duong van Minh était un homme malade, très fatigué et alité sur un grabat. Il a raconté longuement la persécution qu’il a subie : « (…) Dès que le projet de réforme fut connu, immédiatement les autorités de la commune, du district, de la province s’y sont opposé… Le 30 avril 1989, je fus arrêté pour avoir propagé des superstitions et trompé mes compatriotes en vue de les dépouiller de leurs biens. Je fus interné pendant cinq ans (…). »

Le récit de ces vingt-cinq années de vie raconté par le promoteur de la religion nouvelle n’est qu’une suite d’arrestations, d’interrogatoires très souvent musclés, de périodes de clandestinité, de surveillance incessante par la police.

Gravement malade depuis une dizaine d’années, il a d’abord été soigné à l’hôpital Bach Mai de Hanoi, puis transporté à l’hôpital de la Sécurité publique, où l’on alternait pour lui soins et interrogatoires. Depuis le mois de septembre 2013, il a été replacé en cellule. Au moment de l’entretien avec le journaliste, il avait été provisoirement autorisé à quitter cette cellule (4).

(eda/jm)