Eglises d'Asie

La démission du Premier ministre Xanana Gusmao marque la fin d’une époque pour le Timor-Oriental

Publié le 09/02/2015




Après la défaite de Jose Ramos Horta lors des élections présidentielles de mars 2012, la démission, acceptée ce lundi, du Premier ministre ‘Xanana’ Gusmao (Jose Alexandre Gusmao de son vrai nom) marque la fin d’une époque – celle des héros de l’indépendance – et ouvre la voie à l’émergence de nouveaux leaders.

A l’issue d’une réunion du gouvernement, ce 9 février à Dili, le président Taur Matan Ruak a annoncé qu’il avait « accepté la demande de démission » de son Premier ministre, présentée le 6 février, et lancé les consultations en vue de la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale, lesquelles devraient « aboutir à la fin de cette semaine ». L’ancien ministre de la Santé, Rui Araujo, pourrait se voir confier les rênes du futur gouvernement.

Pour les habitants de ce pays peuplé de 1,2 million d’habitants, la démission de Xanana Gusmao, surnommé le « Nelson Mandela est-timorais », n’a pas constitué une surprise. Dirigeant historique de la résistance armée à l’occupant indonésien, entre 1975 et 1999, élu président de la toute nouvelle République du Timor Leste (Timor-Oriental) en 2002, nommé ensuite Premier ministre en 2007, Xanana Gusmao, désormais âgé de 68 ans, ne faisait pas fait mystère de sa volonté de démissionner afin de laisser la place à une nouvelle génération de leaders politiques.

Courant 2014, Xanana Gusmao avait fait part de son désir de se retirer de la scène politique, indiquant même la date de septembre pour démissionner. Pour les observateurs locaux, sa démission ne pouvait tarder s’il voulait véritablement s’effacer avant les élections présidentielles prochaines, prévues pour 2017.

Pour autant, celui qui a toujours affirmé qu’il ne cherchait pas à faire une carrière politique ne disparaît pas entièrement du paysage politique. Signe de la faiblesse des élites en place, il se pourrait même qu’il reste au gouvernement, à un poste certes moins exposé que celui de Premier ministre mais qui garantirait aux jeunes institutions est-timoraises de ne pas revivre les tensions des années 2006-2008 qui avaient failli leur être fatales. A cette époque, un groupe de pétitionnaires de l’armée originaires de la partie occidentale du pays, s’estimant discriminés par rapport à ceux de l’est, avait tenté un coup d’Etat, contraignant le pouvoir à demander, en mai 2006, le retour d’une force internationale d’interposition.

Les années qui viennent, d’ici les élections de 2017, s’avèrent délicates pour le pays. Le gouvernement que dirigeait Xanana Gusmao avait très nettement perdu en popularité, les accusations de corruption et de népotisme se multipliant à son égard. Plusieurs ministres ont été accusés d’avoir touché des pots-de-vin. La population, très jeune et en forte croissance, tarde à voir se concrétiser les emplois promis par le plan de développement établi en 2011 – un plan de développement à l’horizon 2030 qui peut certes s’appuyer sur un fonds de 10 milliards de dollars alimenté par les redevances liées à l’exploitation offshore des hydrocarbures, mais qui doit impérativement diversifier une économie qui, à ce jour, reste dépendante à plus de 90 % des ressources en pétrole et en gaz.

Dans l’immédiat, le rival de toujours de Xanana Gusmao, Mari Alkatiri, qui a été Premier ministre de 2002 à 2006, ne devrait pas se poser en recours. Au contraire, il a, il y a quelques mois de cela, affirmé que le pays avait « besoin de stabilité et de paix », ajoutant : « Des confrontations (passées), nous avons réalisé que nous avions besoin l’un de l’autre. » Mais, cette hypothèque levée, la transition ne sera sans doute pas aisée. Depuis Djakarta, à l’Institut pour l’analyse politique des conflits, think-tank indonésien, on estime qu’« il ne sera pas facile à un pays dont les institutions demeurent faibles de s’adapter à un système de gouvernement moins personnalisé » ; on ajoute cependant que le retrait des figures historiques de l’indépendance du Timor-Oriental est « une étape nécessaire » au processus de maturation politique.

Outre Xanana Gusmao, qui avait vécu des années caché dans la jungle à diriger l’aile militaire du Fretilin (Front révolutionnaire pour l’indépendance du Timor-Oriental) et qui avait aussi connu les geôles indonésiennes, Jose Ramos Horta incarnait le visage politique de la résistance est-timoraise. En 1996, le prix Nobel de la paix était venu co-récompenser Jose Ramos Horta pour cet engagement, le co-récipiendaire du prix norvégien n’étant autre que Mgr Carlos Ximenes Belo, à l’époque évêque catholique de Dili.

Depuis, dans ce pays qui figure au rang des pays les plus catholiques du monde (entre 95 et 99 % de la population se déclarent catholiques), l’Eglise, dont les institutions éducatives et de santé tiennent une place considérable dans le pays, a su renouveler ses principaux cadres. Mgr Belo, nommé évêque de Dili à l’âge de 40 ans en 1988, a démissionné en 2002.

En 2004, le Saint-Siège érigeait le diocèse de Baucau, confié depuis cette date à Mgr Basilio Do Nascimento. Et, en 2010, afin d’accompagner l’essor de cette jeune Eglise, le Saint-Siège a érigé un troisième diocèse, celui de Maliana, confié à Mgr Norberto Do Amaral. Toutefois, si l’Eglise a su protéger l’âme du peuple est-timorais à l’époque de l’occupation indonésienne et prôner depuis la justice et la réconciliation ainsi que la nécessité d’un développement juste pour tous, elle n’échappe pas elle aussi au temps qui passe : ce 9 février, à l’âge de 71 ans, l’évêque de Dili, Mgr Ricardo Da Silva, successeur de Mgr Belo, a présenté sa démission au pape François.

(eda/ra)