Eglises d'Asie

Mgr Georges Colomb : « La France est un bel et bien un pays de mission car la foi n’y est plus transmise »

Publié le 16/03/2016




Le 9 mars dernier, à midi, la nomination par le pape François de Mgr Georges Colomb à la tête du diocèse de La Rochelle était rendue publique. Dès cet instant, ce dernier abandonnait son mandat de supérieur général de la Société des Missions Etrangères de Paris (MEP). Nous avons profité de ses derniers …

… moments de présence au siège des MEP, rue du Bac, à Paris, pour l’interviewer sur la signification que revêt pour lui la nomination d’un missionnaire MEP à la tête d’un diocèse français.

Eglises d’Asie : « Hier missionnaire en Chine, demain évêque à La Rochelle. La nomination de l’excellent P. Colomb est un symbole qui se passe de commentaire. » C’est ainsi que tweetait Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire La Vie, le 9 mars, jour de l’annonce de votre nomination par le pape. De quoi votre nomination est-elle le symbole ?

Tout d’abord, il ne m’appartient pas de commenter ma nomination comme évêque, successeur des apôtres. Ensuite, si le pape a nommé un missionnaire MEP comme évêque, c’est sans doute qu’il estime que l’expérience missionnaire peut apporter quelque chose à l’Eglise de France.

Justement, que peut apporter cette expérience missionnaire ?

Aujourd’hui, l’Eglise de France est de plus en plus une Eglise internationale : avec un nombre important de personnes étrangères vivant dans les diocèses de France, et aussi avec la présence de plus en plus nombreuse de prêtres étrangers qui y vivent : prêtres-étudiants qui exercent une activité pastorale à temps partiel, prêtres fidei donum, religieux et religieuses. Je n’ai pas de chiffres précis en tête, mais c’est une réalité dans l’Eglise de France, y compris dans le diocèse de La Rochelle et Saintes.

Nommer un missionnaire, c’est peut-être aussi se dire que ses idées, ses intuitions forgées au cours de son expérience de missionnaire ne seront pas nécessairement les mêmes que celles d’un prêtre local. En France, les évêques sont généralement nommés dans un diocèse qui n’est pas le leur, de manière à ce qu’ils y apportent un regard extérieur. Dans mon cas, s’y ajoute le fait que mon expérience pastorale a été forgée au contact de réalités étrangères à la France. Le missionnaire est confronté à des situations que nous n’avons pas forcément en France.

Enfin – mais, là encore, il ne m’appartient pas de le dire : ces quinze dernières années, vous savez que j’ai contribué à mettre en œuvre, ici, aux Missions Etrangères de Paris, une pastorale de la jeunesse, une pastorale des vocations, avec différentes composantes : le volontariat, par lequel entre 150 et 180 jeunes sont envoyés chaque année en Asie pour des missions qui vont de six mois à deux ans, les différentes conférences que nous avons pu lancer, etc.

Faut-il en déduire que le pape cherche des profils missionnaires ailleurs que dans le terreau diocésain ?

Je n’en sais rien. Demandez-lui ! Je constate simplement que le pape peut nommer évêques des prêtres qui n’ont pas eu d’expérience en pastorale dans le cadre d’un diocèse. Je pense à Mgr Hervé Gosselin, responsable du Foyer de charité de Tressaint, en Bretagne. Il a été nommé le 9 novembre dernier, alors qu’il était pressenti pour devenir à l’été 2016 le prochain responsable général des 78 Foyers de charité répartis dans le monde. Eh bien, plutôt que cela, le pape l’a nommé à Angoulême !

Pour ma part, je connais bien sûr l’Eglise de France et, au fil de ces dernières années passées à Paris au service des MEP, j’ai souvent célébré la messe dans de nombreux diocèses en France, mais, bien entendu, ce n’est pas la même chose que d’y exercer entièrement et pleinement un ministère de prêtre. Si donc le pape choisit des prêtres qui ont un profil un peu différent que celui du prêtre diocésain « classique » pour devenir évêque, c’est qu’il a ses raisons.

Parmi ces raisons, peut-on considérer que la France est un pays de mission ? En tant que MEP, vous avez été envoyé en Chine pour une mission ad extra (en-dehors de votre culture) ; or, vous êtes nommé pour une mission ad intra (dans votre pays, votre culture). Cela signifie-t-il qu’il n’y a plus de distinction entre la mission ad extra et la mission ad intra ?

La France, pays de mission, on le sait depuis longtemps. La parution du livre La France, pays de mission ? date de 1943. Mais je tiens ici à lever un quiproquo : ce n’est pas parce que la France est un pays de mission que tous les prêtres qui y œuvrent sont des missionnaires. Aujourd’hui, tout le monde se dit missionnaire. Certes, mais il y a une différence entre annoncer l’Evangile à La Rochelle et annoncer l’Evangile en Chine. Etre missionnaire en Chine, cela suppose l’effort d’apprendre une langue, de s’immerger dans une culture et un pays où il y a une ou des religions différentes. Il faut donc, à mon sens, garder à l’esprit cette distinction entre missionnaire et prêtre diocésain. De même, ce n’est pas parce qu’on prie tous les jours que l’on est un contemplatif. Les contemplatifs, pour moi, ce sont les carmélites, les moines, qui ont fait de la prière leur vie même. Ils sont entrés au couvent pour cela.

Ce préambule étant posé, il est vrai que la France est bel et bien un pays de mission, parce que la foi n’est plus transmise. Il suffit de regarder les clignotants qui s’affichent : combien d’enfants sont catéchisés aujourd’hui ? Bien sûr, les messes de confirmation sont pleines et cela donne une impression de nombre, on remplit une église, mais quand on fait le rapport du nombre d’enfants qui sont confirmés et du nombre d’enfants qui sont scolarisés dans l’enseignement public et dans l’enseignement catholique réunis, le ratio est ridiculement bas. Donc, la foi n’est plus transmise et la France est un pays de mission à cet égard.

De même, si les statistiques indiquent que les baptisés sont encore majoritaires en France, chacun sait que la pratique religieuse n’est pas la même qu’il y a quarante ans. On en vient à considérer comme pratiquant celui qui va à la messe une fois par mois. Cette mesure-là est déjà, par elle-même, révélatrice. A Singapour, au Vietnam, les gens vont à la messe tous les jours. Je prends là des exemples qui sont peut-être extrêmes, mais, à bien des égards, dire que la France est un pays de mission est une vérité de La Palice aujourd’hui. Ajoutez à cela la raréfaction des prêtres – et des vocations féminines – et la baisse du nombre des séminaristes.

Dans ce cadre, que tout le monde connaît, tous les prêtres ne sont pourtant pas des missionnaires. J’appelle missionnaires en France, les prêtres étrangers qui viennent y exercer leur ministère et qui font cet effort que doit faire le missionnaire d’apprendre une langue, une culture, une histoire, une Eglise locale.

En ce sens-là, et pour ce qui me concerne, oui, j’ai beaucoup à apprendre du diocèse de La Rochelle et Saintes. J’ai tout à apprendre et je n’ai pas caché que je n’y avais quasiment jamais mis les pieds avant la conférence de presse donnée le 10 mars, aux côtés de Mgr Bernard Housset. Le diocèse est donc tout nouveau pour moi, mais malgré tout, c’est la France, c’est mon pays ; même si chaque diocèse a ses particularités, il y a des points communs avec ce que j’ai connu ailleurs en France. Je compte bien me rendre sur place avant mon ordination pour commencer ce nécessaire travail d’« inculturation » ! Je prends cette nouvelle mission qui m’est confiée comme un défi. C’est bien ainsi que je l’ai comprise et acceptée lorsque le nonce m’a appelé pour me faire savoir la nouvelle !

Avez-vous choisi votre devise épiscopale ?

Oui, j’ai retenu cette affirmation de Saint Paul : « Ma grâce te suffit. » [2 Corinthiens 12,9]

(eda/ra)