Eglises d'Asie

Deux activistes catholiques condamnés à de lourdes peines

Publié le 13/02/2018




Les affaires étrangères américaines ont protesté contre la condamnation d’un homme à quatorze ans de prison pour avoir aidé des pêcheurs vietnamiens à poursuivre en justice une aciérie taïwanaise contre ses déversements toxiques.

Deux activistes environnementaux catholiques ont été emprisonnés au Vietnam, après avoir aidé des centaines de pêcheurs à poursuivre en justice une aciérie taïwanaise accusée d’avoir pollué les eaux côtières. Hoang Duc Binh, 35 ans, a été condamné à quatorze ans de prison pour avoir « résisté aux officiers en service » et pour avoir « abusé de la liberté démocratique à l’encontre des intérêts de l’état et des intérêts et droits des organisations et des citoyens ». Un autre activiste, Nguyen Nam Phong, 38 ans, a également été accusé de s’opposer aux officiers en service et a été condamné à deux ans de prison.
Les deux accusés ont été jugés le 6 février par la cour populaire de Dien Chau, dans la province de Nghe An. Dix proches de Hoang Duc Binh ont été détenus par la police et auraient été battus après avoir demandé à assister au procès. La mère de Binh et la femme de Phong sont les seules à avoir pu entrer.
« Le tribunal a transgressé toutes les règles et n’a avancé aucune preuve. Ils ont été condamnés selon des accusations faites uniquement par procuration », affirme Ha Huy Son, l’un des trois avocats soutenant les accusés. Son, l’un des seuls avocats à oser défendre les droits des activistes au Vietnam, explique que les accusés ont demandé aux juges de fournir des vidéos et des preuves, mais que leurs demandes ont été refusées. Le juge a utilisé la police comme témoin durant le procès, ajoute Son.

Le Département d’État américain inquiet

« Aucun tribunal au monde, à part ceux du Vietnam, n’accuse les gens sans preuve », assure Son. « J’affirme que le procès était injuste et que deux citoyens ont été condamnés par erreur. Binh et Phong sont innocents. » Le Département d’État américain a publié un communiqué partageant sa « profonde inquiétude » quant aux condamnations et peines de Binh et Phong : « Les arrestations, condamnations et lourdes peines envers les activistes pacifiques ont tendance à augmenter depuis début 2016, c’est très troublant. »
Le journal administré par le gouvernement, Nghe An, a accusé Binh, vice-président de Phong Tra Lao Dong Viet, une organisation indépendante fondée en 2008 pour promouvoir les droits des travailleurs, d’avoir publié des vidéos diffamant les autorités et déformant la vérité, et d’avoir aidé des groupes demandant le dédommagement des pêcheurs ayant perdu leur gagne-pain après le déversement toxique d’une aciérie appartement au groupe Formosa Plastics en 2016. L’accident a affecté 200 kilomètres de côte et a dévasté la vie aquatique.

L’aciérie Formosa soutenue par les autorités

En février 2017, Binh et Phong se sont joints à des centaines de personnes voyageant depuis la paroisse de Song Ngoc afin de déposer une plainte contre l’aciérie de Formosa, auprès de la cour populaire de la ville de Ky Anhdans la province voisine de Ha Tinh. Le journal Nghe An a accusé le groupe d’avoir causé un embouteillage dans la rue principale de la ville.
Binh avait demandé à Phong, qui conduisait, de ne pas ouvrir la porte de la voiture malgré la demande de la police. Le père John-Baptist Nguyen Dinh Thuc, qui conduisait la procession, explique que Phong a refusé d’ouvrir la porte afin de protéger les personnes se trouvant dans la voiture, dont deux religieuses, car les autorités locales et les forces de l’ordre avait bloqué la route et attaqué brutalement des centaines de personnes. Certains officiers de police ont brisé les essuie-glaces de la voiture et frappé le véhicule.
Le père Thuc, un environnementaliste, confie qu’il a demandé deux fois au tribunal à servir de témoin durant le procès, mais qu’il n’a jamais obtenu de réponse. Il a également demandé au tribunal de libérer sans condition deux victimes innoncentes. Les activistes ajoutent que cette condamnation de quatorze ans pour Binh est l’une des peines les plus sévères jamais imposées à un activiste au Vietnam. Pour eux, c’est une menace cherchant à dissuader les protestations contre le groupe Formosa, soutenu par le gouvernement. Le diocèse de Vinh compte environ 550 000 catholiques, et couvre les provinces de Nghe An, Ha Tinh et Quang Binh.