Eglises d'Asie

Une quinzaine de communautés tribales de Surigao fuient leurs foyers

Publié le 19/07/2018




Au moins 1600 Philippins, originaires de quinze communautés tribales des villes de San-Agustin et Lianga, dans la province de Surigao del Sur dans le sud de l’archipel, ont dû fuir leurs foyers le 16 juillet, suite à la poursuite des opérations militaires dans la région. Selon Katribu, une alliance nationale des populations indigènes, au moins 25 000 personnes ont dû fuir leurs communautés depuis juillet 2016 face aux opérations militaires.

Plus de mille membres des communautés tribales de la province de Surigao del Sur, dans le sud du pays, ont dû fuir leurs foyers le 16 juillet suite à la poursuite des opérations militaires dans la région. Au moins 1 600 personnes de quinze communautés différentes ont quitté les villes de Lianga et de San Agustin. Parmi les personnes déplacées, 568 élèves et 48 enseignants de huit écoles communautaires ont trouvé refuge dans un gymnase du village de Diatagon, après avoir marché près de dix heures depuis le village de Han-ayan. Un communiqué du groupe tribal Mapasu affirme avoir été forcé de fuir à cause « des soldats qui ont provoqué la frayeur » des résidents. Les chefs de la tribu affirment que la présence des soldats dans la région a été la source de harcèlement sexuel, de menaces et de violations des droits des communautés indigènes.
« Les habitants ne peuvent plus retourner dans leurs fermes de peur d’être attaqués par les militaires, ce qui est arrivé à des membres de la communauté lors d’opérations militaires précédentes », affirme le communique du groupe. Celui-ci remarque que les écoles communautaires sont également affectées, parce que les soldats patrouillent dans l’enceinte des écoles, y compris durant les heures de classe, « ce qui plonge les élèves et les enseignants constamment dans la peur ». Le 14 juin, l’armée a installé un avant-poste à la sortie du village de Diatagon. Le major Erza Balagtey, porte-parole du Commandement militaire de l’Est de Mindanao, a repoussé les accusations de la tribu en expliquant que ses soldats étaient ici « pour protéger la communauté, pas pour l’importuner ».

25 000 personnes déplacées depuis 2016

« Nos troupes sont dans la région à cause des menaces des rebelles communistes qui rendent régulièrement visite à ces communautés et qui les mettent en danger », selon Erza Balagtey. Il affirme que le gouvernement local a exigé la présence des militaires afin de résoudre le problème. Balagtey repousse également l’affirmation de « déplacements massifs de personnes indigènes », expliquant que les photos qui circulent sur les médias sociaux datent de 2015. « Il y a seulement une centaine de personnes qui auraient été évacuées et qui sont venues de différents lieux, loin du village où nos troupes sont positionnées. »
Les chefs de tribu ont échangé avec le gouvernement et les militaires le 11 juillet, afin d’exprimer le besoin pour eux « d’évacuer pour des raisons de sécurité ». « Nous avons subi des menaces d’accusations criminelles si nous poursuivions notre plan de quitter nos villages pour aller trouver refuge en ville », continue le communiqué. Le père Raymond Montero-Ambray, du diocèse de Tandag, ouvrira ses églises aux personnes déplacées en tant que « lieux de refuge et d’asile ». « Les populations indigènes ont dû fuir parce qu’elles avaient peur pour leurs vies. C’est légitime et personne ne peut leur retirer leurs droits de protéger leurs enfants des forces armées », confie le prêtre.
Ce n’est pas la première fois que les populations tribales ont dû fuir leurs villages. Le 1er septembre 2015, au moins 4 000 personnes ont quitté leurs foyers après que des groupes paramilitaires ont tué trois de leurs chefs. Le chef de tribu Jalandoni Campos affirme que les sociétés d’exploitation minière essaient d’entrer dans leur village depuis les années 1970. « C’est la véritable raison pour laquelle il y a des opérations militaires et des camps armés dans les villages », poursuit-il. Le père Ambray affirme que le gouvernement accuse les communautés tribales locales de soutenir les communistes et les rebelles à cause de leur opposition aux activités minières. « C’est injuste de cataloguer ces communautés comme ennemies de l’État simplement parce qu’elles essaient de défendre leurs droits sur leurs terres », ajoute le prêtre. Katribu, une alliance nationale des organisations des communautés indigènes, affirme qu’au moins 25 000 personnes ont fui leurs communautés depuis juillet 2016, à cause de la campagne anti rebelles du gouvernement. Selon le réseau Sauvez nos écoles (Save Our Schools Network), au moins 11 000 élèves des communautés tribales ont été affectés par les évacuations forcées suite aux activités militaires.

(Avec Ucanews, Manille)