Eglises d'Asie

Arunachal Pradesh : plus de 10 000 chrétiens manifestent à Itanagar pour défendre leurs droits

Publié le 05/11/2020




Le 2 novembre à Itanagar, capitale de l’Arunachal Pradesh, plus de 10 000 chrétiens ont manifesté contre les autorités locales. Les chrétiens de la région protestent depuis le 6 octobre, après l’arrestation du pasteur d’une Église locale (Tawang Christian Revival Church), accusé d’avoir rénové l’église sans autorisation. Selon le père Felix Anthony, porte-parole de l’Église catholique dans le nord-est de l’Inde, le BJP empêche la construction de nouvelles églises ou la rénovation des lieux de culte. Les chrétiens, qui représentaient 18 % de la population locale en 2001, étaient près de 30 % en 2011, sur 1,3 million d’habitants.

Le 2 novembre à Itanagar, capitale de l’État de l’Arunachal Pradesh, des chrétiens manifestent contre les autorités locales concernant le refus de rénovation d’une église.

Le 2 novembre dans l’État de l’Arunachal Pradesh, dans le nord-est de l’Inde, plus de 10 000 chrétiens ont manifesté contre le gouvernement local, accusé d’avoir violé leur liberté de culte en refusant d’accorder un permis de construction pour la rénovation d’une église. Les chrétiens de l’Arunachal Pradesh protestent contre les autorités depuis le 6 octobre, quand la police de Tawang, près de la frontière chinoise, a arrêté Joseph Singhi, pasteur d’une secte néo-chrétienne locale (Tawang Christian Revival Church). L’homme a été accusé d’avoir construit une église sur un terrain public sans accord du gouvernement. « Le droit à la liberté de religion est inscrit dans notre Constitution. Mais le gouvernement de l’État refuse de nous autoriser à construire des églises. Où pouvons-nous prier et nous rassembler ? » demande Taw Tebin, qui a participé à la manifestation, organisée à Itanagar, capitale de l’Arunachal Pradesh, par le Forum chrétien œcuménique de l’Arunachal (ACF). Taw Tebin assure que des chrétiens de toutes confessions se sont rassemblés pacifiquement pour attirer l’attention des autorités locales sur leurs revendications. « Aucune autre communauté religieuse ne se voit imposer des restrictions semblables sur leurs lieux de culte », souligne-t-il.

Les responsables chrétiens de la région affirment qu’ils sont victimes de la discrimination imposée par le gouvernement de l’État, dirigé par le parti nationaliste hindou du BJP (Bharatiya Janata Party). Les chrétiens sont pourtant majoritaires dans la région ; en 2011, ils représentaient 30 % de la population de l’État sur 1,3 million d’habitants, contre 18 % en 2001, selon les statistiques officielles. Les hindous ne représentent que 29 % de la population locale. Le reste de la population de l’Arunachal Pradesh est majoritairement de confessions animistes. Les groupes extrémistes hindous et le BJP s’efforcent de faire de l’Inde une nation exclusivement hindoue ; dans ce but, ils continuent de résister contre la croissance du christianisme dans la région, expliquent les responsables chrétiens de l’Arunachal Pradesh. Mais le gouvernement local maintient que l’église Tawang Christian Revival a été construite sur un terrain appartenant au gouvernement, et que sa rénovation ne peut être autorisée dans le cadre d’un ordre de la Cour Suprême de 2009, interdisant la construction de lieux de culte sur des terrains publics. Les chrétiens de la région affirment qu’une petite structure est en place depuis 1999 à Tawang – où se trouvent également un monastère bouddhiste et un centre bouddhiste.

Un droit constitutionnel

Quand les responsables ont voulu rénover l’église en 2015, certains groupes s’y sont opposés « en écartant continuellement notre dossier », assure Taw Tebin, membre du forum ACF. Il ajoute que beaucoup de structures religieuses dans la région, dans de nombreux villages, ont été construites sur des terrains publics ou communautaires. Il assure que traditionnellement, personne n’empêche leur construction. « Aujourd’hui, ces obstacles sont créés spécifiquement contre les chrétiens, chaque fois qu’ils tentent de rénover leurs lieux de culte ou de construire de nouvelles églises », poursuit-il. Il ajoute que l’Église baptiste de Tawang, construite elle aussi sur un terrain public en 1997, rencontre des difficultés similaires. « On compte plusieurs exemples semblables », explique-t-il. Toko Teki, président du forum ACF de l’Arunachal, estime que les gens présentent à tort le conflit en cours à Tawang comme une confrontation entre les communautés chrétiennes et bouddhistes – ces derniers étant majoritaires dans le village. « Ce n’est pas le cas, nous avons des relations cordiales. Ce n’est pas une confrontation avec nos frères et sœurs bouddhistes », assure-t-il.

Dans la région, les bouddhistes représentent 11 % de la population (contre une moyenne nationale de 0,7 %). « Nous n’avons pas l’intention de tenter de convertir les bouddhistes et de faire de Tawang un district chrétien, comme on nous l’a accusé », souligne-t-il. À la suite de la manifestation, les responsables chrétiens ont déclaré que le gouvernement local a promis de créer un comité indépendant chargé d’étudier les plaintes en question. Toutefois, ils ont promis de continuer de manifester. « Constitutionnellement, nous avons le droit de construire des lieux de culte. Nous ne demandons rien d’autre en dehors du cadre de la loi. » Le père Felix Anthony, porte-parole de l’Église catholique dans le nord-est de l’Inde, explique que le gouvernement « s’obstine à empêcher les chrétiens de construire des églises, mais les autres groupes religieux n’ont pas droit au même traitement ». « Nous ne sommes pas différents des autres communautés locales. Nous ne méritons pas d’être discriminés à cause de nos croyances religieuses », souligne le prêtre.

(Avec Ucanews)


CRÉDITS

DR