Eglises d'Asie

Au moins 18 morts dans un attentat contre la cathédrale de Jolo

Publié le 29/01/2019




Un double attentat suicide a provoqué la mort d’au moins 18 personnes et blessé au moins 83 personnes, le dimanche 27 janvier dans la cathédrale Notre-Dame du Mont Carmel, à Jolo dans la province de Sulu, dans le sud des Philippines. L’attaque s’est produite près d’une semaine après le référendum qui s’est déroulé dans le sud de l’archipel le 21 janvier, à propos d’une nouvelle région musulmane autonome plus étendue à Mindanao. Depuis Panama, le pape François a confié sa prière pour les victimes et pour la paix dans la région.

Suite au double attentat qui a tué au moins 18 personnes et blessé plus de cent autres personnes, dimanche 27 janvier dans la cathédrale Notre-Dame du Mont Carmel, à Jolo dans la province de Sulu, dans le sud des Philippines, les évêques philippins ont dénoncé l’attaque comme un acte de terrorisme « odieux ». Le groupe État islamique a revendiqué les explosions qui se sont déclenchées durant la messe. Cinq soldats, un membre des garde-côtes et 12 civils ont été tués lors de l’attaque, qui a également fait au moins 83 blessés. Le groupe, qui revendique souvent la responsabilité de ce genre d’attaques terroristes, a publié une déclaration affirmant que deux kamikazes ont déclenché leurs ceintures explosives à l’intérieur de l’église et près de l’entrée. Une première explosion a secoué l’intérieur de l’église ; une deuxième s’est produite près de l’entrée, tuant au moins cinq militaires venus aider les blessés. L’attaque, l’une des plus meurtrières de ces dernières années à Mindanao, a eu lieu moins d’une semaine après un référendum sous haute tension dans le sud de l’archipel, portant sur une nouvelle région musulmane autonome plus étendue dans l’île de Mindanao.

La conférence des évêques des Philippines a condamné l’attentat comme un acte de terrorisme. Les évêques ont appelé les chrétiens à « s’unir avec tous les musulmans et toutes les communautés indigènes qui aiment la paix afin de combattre l’extrémisme violent ». « Nous voulons témoigner toute notre sympathie aux familles des soldats et des civils qui ont été tués par les explosions », a confié Mgr Romulo Valles, archevêque de Davao, président de la conférence épiscopale. Le pape François, depuis Panama où il se trouvait pour la célébration finale des Journées mondiales de la jeunesse, a également exprimé sa tristesse suite à l’attaque. « J’élève mes prières pour les morts et pour les blessés », a-t-il confié. « Que le Seigneur, le prince de la paix, convertisse les cœurs des violents et donne aux habitants de cette région une coexistence paisible. »

« Morts pour leur foi »

Le père Romeo Saniel, administrateur apostolique de Jolo, a déclaré que ceux qui ont été tués sont « morts pour leur foi chrétienne ». « Ils sont restés courageusement à Jolo malgré les menaces et l’insécurité. Aucun mot ne peut décrire la tristesse et la douleur que nous ressentons aujourd’hui », a-t-il ajouté. Dans une déclaration commune, le cardinal Orlando Quevedo et Mgr Angelito Lampon, archevêque de Cotabato, ont décrit les explosions comme « la profanation la plus détestable d’un lieu sacré ». Mgr Quevedo a été curé de paroisse à Jolo tandis que Mgr Lampon était jusqu’à récemment vicaire apostolique de Jolo. « En tant qu’ancien membres du clergé de Jolo, nous condamnons fermement l’attentat de la cathédrale de Jolo », soulignent-t-ils. L’attaque qui s’est produite « le jour du Seigneur lors d’un moment de culte sacré » est « l’action de personnes malfaisantes au mépris total du caractère sacré de la vie et de la dignité humaine », ont-ils ajouté. Les évêques appelent les forces de l’ordre à poursuivre rapidement les coupables en justice. La province de Sulu, majoritairement musulmane, est depuis longtemps le foyer de plusieurs groupes extrémistes qui ont affirmé leur allégeance aux réseaux terroristes du groupe État islamique et d’al-Qaeda.

Selon les autorités, le motif de l’attaque est en « représailles » suite à la mort d’un chef du groupe Abu Sayyaf l’année dernière, lié à al-Qaeda. Le porte-parole régional de l’armée, le lieutenant-colonel Gerry Besana, a déclaré que les enquêteurs avaient retrouvé des images des vidéosurveillance des terroristes peu avant les attaques. Selon le gouverneur de la région musulmane autonome, Mujiv Hataman, seul le groupe Abu Sayyaf avait les moyens de mener un tel attentat. « Cela ressemble fort à leur méthode », affirme-t-il. Mujif ajoute qu’il ne voit aucun lien entre l’attaque et le référendum du 21 janvier. « Abu Sayyaf ou l’État islamique n’ont pas déclaré leurs positions sur la loi organique Bangsamoro, qu’ils soient pour ou contre », ajoute le gouverneur. Le Front islamique de libération Moro, qui est entré dans des accords de paix avec le gouvernement en 2014, a déclaré qu’il mènerait sa propre enquête. Hadji Murad Ibrahim, porte-parole du groupe, a assuré que l’attaque « n’est certainement pas liée au référendum ». Il a précisé que la loi organique Bangsamoro a été votée « pour la paix et pour protéger non seulement les droits de musulmans mais également de tous les non-Moros comme les chrétiens ». « Nous ne cherchons pas à diviser les gens. Au contraire, nous sommes en train d’unir les musulmans et les chrétiens », a-t-il ajouté. Le gouvernement philippin s’est engagé, de son côté, à traquer les coupables. « Nous poursuivrons jusqu’au bout du monde les responsables impitoyables qui sont derrière ce crime ignoble », a déclaré le porte-parole du président Rodrigo Duterte, Salvador Panelo. « La loi sera pour eux sans pitié. »

Une voix collective contre la culture de violence

Suite à l’attentat, les évêques ont voulu briser ce qu’ils décrivent comme leur « silence collectif » de ces derniers mois à propos de « beaucoup de problèmes inquiétants » qui troublent le pays. Dans un communiqué publié le 28 janvier à Manille, les évêques ont demandé pardon aux fidèles « pour le temps qu’il a fallu pour trouver une voix collective ». Les évêques confient qu’ils sont témoins de « la culture de violence qui se répand peu à peu dans notre pays ». Pour eux, les explosions dans la cathédrale de Jolo « sont une nouvelle preuve du cycle de haine qui détruit notre société ». Les évêques ont également dénoncé les « propos cruels » qui ont été prononcés contre des évêques, « blessant l’Église catholique au cœur ». En effet, depuis son élection en 2016, le président Duterte s’est attaqué à l’Église à plusieurs reprises dans ses propos. « Nous avons reçu ces paroles en silence et avec beaucoup de tristesse », ajoutent les évêques, qui expliquent s’être inspirés du pape François « qui nous dit que parfois, la meilleure réponse est le silence et la prière ». Les évêques expliquent qu’ils respectent « la liberté de conscience et de religion » des gens, y compris celle des catholiques qui ont perdu la foi. Toutefois, ils ajoutent que « la liberté d’expression n’autorise pas à insulter la religion des autres, en particulier nos convictions les plus profondes ». Les évêques invitent les fidèles à « rester vigilants » malgré les menaces. « Comme membre du peuple de Dieu, nous devons apprendre à être courageux, à rester unis et à veiller les uns sur les autres. »

(Avec Ucanews, Manille)


CRÉDITS

Photo 1 Philippine military's Western Mindanao Command ; photo 2 Jire Carreon