Eglises d'Asie

« Banh Mi Bac Ai » (Pain de charité) : l’initiative d’une paroisse de Hué auprès des pauvres

Publié le 12/04/2019




Depuis l’an dernier, la paroisse de Phu Hau, dans l’archidiocèse de Hué dans le centre du pays, a lancé une initiative appelée « Banh Mi Bac Ai » (Pain de charité). À l’aide d’une boulangerie gérée par l’église locale et grâce à la participation des volontaires, les catholiques distribuent chaque matin des « banh mi », des sandwichs vietnamiens à base de baguettes, de rôti de porc et de crudités marinées, auprès des pauvres et des patients des hôpitaux locaux. L’archidiocèse de Hué compte environ 72 000 catholiques et 150 prêtres, sur une population de 2,1 millions de personnes habitant dans les deux provinces centrales de Thua Thien Hue et de Quang Tri.

Tous les matins depuis plusieurs mois, à Hué dans le centre du Vietnam, Mary Tran Thi Sen et son mari préparent une cinquantaine de « banh mi », des sandwichs vietnamiens à base de baguettes, de rôti de porc et de crudités marinées, avant d’aller les distribuer gratuitement aux personnes dans le besoin à l’aide de leur vieux vélomoteur. Ils vont aussi chercher le pain dans une boulangerie du quartier gérée par l’église locale. Mary, une mère de cinq enfants de la paroisse de Phu Hau, explique qu’elle et son mari ont commencé ces distributions fin 2018, après avoir eux-mêmes bénéficié de la charité chrétienne. Durant le carême, qui est vécu de différentes façons à travers le pays, ils ont intensifié leurs actions. Mary confie que les catholiques de la région lui ont lancé une bouée de sauvetage il y a quatre mois, en lui donnant une charrette qu’elle utilise désormais pour vendre ses produits dans la rue. « Nous donnant du pain aux pauvres, humblement et respectueusement. Nous les traitons comme nos clients et nous leur apportons l’amour de Dieu », ajoute Mary, 52 ans. « Même si nous-mêmes ne gagnons pas grand-chose, nous essayons d’aider les personnes dans le besoin durant le carême », poursuit Mary, qui s’est convertie au catholicisme il y a six mois. Son mari, de son côté, travaille comme menuisier. « Pour les catholiques, le carême est une occasion idéale pour se lancer dans des œuvres de charité et pour annoncer la foi catholique », assure le curé de la paroisse du couple, le père Francis Xavier Nguyen Thien Nhan. Le père Nhan explique que la boulangerie de la paroisse, gérée par une dizaine de volontaires, produit 200 miches de pain par jour, qui sont distribués gratuitement aux pauvres et aux patients des hôpitaux locaux. Le prêtre confie que les catholiques de la paroisse couvrent l’essentiel du coût du projet, appelé « Banh Mi Bac Ai » (Pain de charité). Les sandwichs sont enveloppés dans du papier décoré avec quelques mots tirés de l’Évangile : « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. » « Ils peuvent lire la Parole de Dieu en mangeant », commente le prêtre, qui a lancé l’opération l’année dernière.

« Les patients sont l’image-même du Christ souffrant »

Le père Nhan explique que beaucoup de non catholiques célèbrent Noël et participent aux mariages et aux enterrements chrétiens dans son église. Certains d’entre eux envoient même leurs enfants participer aux cours de catéchisme ou aux événements culturels de la paroisse, qui accueille une quinzaine de nouveaux par an et qui compte 763 catholiques, pour la plupart des agriculteurs, sur une population locale de 13 500 habitants. Sœur Josephine Huynh Thi Ly, de la congrégation des Sœurs de Saint Paul de Chartres qui va fêter ses 160 ans en 2020, indique que le père Nhan fournit également du pain à près de 150 personnes devant leur couvent. Sœur Ly se réveille à 3 heures du matin tous les jours, et prépare la viande et les légumes avec deux autres religieuses afin de confectionner les « banh mi ». La religieuse explique que les affamés font la queue devant le couvent dès l’aube. La religieuse, qui travaille à l’hôpital central de Hué, confie que beaucoup de patients passent plusieurs mois dans l’établissement sans avoir les moyens de se nourrir correctement ou de payer les frais médicaux. Sœur Josephine ajoute que les religieuses leur offrent également du « chao » (un porridge à base de riz et de poulet). « Nous essayons de les réconforter en leur donnant de bons repas », explique-t-elle. « Les patients sont l’image-même du Christ souffrant. » Le père John Baptiste Le Van Nghiem, à la retraite, confie que durant le carême, les volontaires distribuent des repas gratuits à 150 patients des hôpitaux alentours. Le père Nghiem s’occupe également d’un restaurant qui prépare des repas bon marché. En février, Le Thi Toan a ainsi reçu des repas gratuits quand son mari était hospitalisé pour un cancer de l’intestin. « Nous sommes profondément reconnaissants envers la communauté catholique pour nous avoir aidés dans ces temps difficiles », ajoute Le Thi Toan, bouddhiste. La Vietnamienne de 59 ans a également bénéficié d’une aide de dix millions de dongs (432 dollars) pour le traitement de son mari, grâce aux dons collectés par l’église locale. Nam, 58 ans, ajoute que l’Église est venue en aide à de nombreux malades, demandeurs d’emploi ou victimes d’inondations : « Nous sommes très heureux de partager ce que nous avons avec nos frères et sœurs. » L’archidiocèse de Hué compte environ 72 000 catholiques et 150 prêtres, sur une population de 2,1 millions de personnes habitant dans les deux provinces centrales de Thua Thien Hue et de Quang Tri.

(Avec Ucanews, Hué)


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