Bhopal : une nouvelle loi contre les violences faites au nom de la protection de la vache
Publié le 04/07/2019
Mgr Leo Cornelio, archevêque de Bhopal, a salué le renforcement des sanctions contre les responsables des violences menées au nom de la protection de la vache sacrée. Des groupes extrémistes hindous ont lancé une vague de lynchages à travers l’Inde ces dernières années, au nom de la protection de la vache, et visant principalement les minorités religieuses. Ces groupes s’en prennent aux musulmans et aux autres minorités suspectées de stocker du bœuf et de transporter des vaches pour les abattre, ce qui est interdit dans une majorité d’États indiens. Le gouvernement de l’État de Madhya Pradesh prévoit d’amender la loi afin d’autoriser l’emprisonnement des coupables de telles violences, avec une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 50 000 roupies (725 dollars US) d’amende.
Le 26 juin, le cabinet de l’État a approuvé les changements de la loi, qui jusque-là ne mentionnait pas de peine spécifique pour ces crimes. Le Madhya Pradesh est dirigé par le parti du Congrès. Si l’amendement est confirmé par le corps législatif de l’État, ce sera la première loi à préciser les peines condamnant les violences liées à la protection de la vache. « Cet amendement est une bonne décision, parce que ces violences sont devenues très inquiétantes, en particulier contre les chrétiens et les musulmans », confie Mgr Cornelio, qui ajoute que ces peines peuvent aider à dissuader les groupes extrémistes, dont les violences sont une « menace à la liberté » des minorités religieuses en Inde. « Leurs actions illégales et arbitraires » ont menacé les droits fondamentaux à travers le pays, à savoir le droit à « la liberté de pensée, de religion et d’expression, et par-dessus tout, elles ont menacé l’État de droit ». Cette nouvelle loi a été décidée alors qu’en mai dernier, trois personnes, dont une femme, ont été attachées à un arbre et battus, dans l’État du Madhya Pradesh. Cinq personnes ont été arrêtées suite à l’indignation publique, suscitée par une vidéo des violences qui a été diffusée sur les réseaux sociaux. Les victimes, un couple musulman et leur chauffeur hindou, étaient accusées de transporter du bœuf. Les attaques contre les minorités et les groupes marginalisés comme les Dalits (intouchables) ont augmenté depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Narendra Modi et de son parti pro hindou du BJP (Bharatiya Janata Party), lors des élections nationales de 2014. Narendra Modi a déjà condamné ces violences par le passé, mais selon un rapport d’Human Rights Watch, les autorités ont retardé des enquêtes sur les attaques afin de s’attirer le soutien des nationalistes hindous. Selon le rapport de l’organisation, publié en février, 44 personnes – dont 36 musulmans – ont été tuées par des attaques liées à la protection de la vache entre mai 2015 et décembre 2018. Dans 24 États indiens sur 29, la loi interdit ou limite l’abattage du bétail. Ces restrictions ont de lourdes conséquences sur les musulmans et sur les Dalits, dont beaucoup travaillent dans les métiers du cuir ou dans l’élevage. L’an dernier, la Cour Suprême a appelé le gouvernement fédéral à voter de nouvelles lois afin de mieux lutter contre le problème. Mais pour Govind Yadav, juriste, le problème n’est pas lié à la loi mais à un manque de volonté politique pour l’appliquer. « Le pays a suffisamment de lois. Mais l’incapacité à les appliquer conduit à des situations comme des lynchages publics, au nom de la protection de la vache », déplore-t-il. « Si les coupables obtiennent le soutien des autorités, aucune loi ne pourra résoudre la situation. »
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